ATHÉISME

Gédéon TALLEMANT DES RÉAUX / Historiettes (1) / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1960
Arnaut du Fort :
« Une fois qu'un moine, faisant la priere, disoit à ses soldats qu'il ne leur servoit de rien d'estre vaillans, que Dieu seul donnoit les victoires, il le renvoya bien viste en lui disant : "Vous gastez mes gens, il leur faut dire que Dieu est toujours du costé de ceux qui frappent le plus fort." Le marquis de la Force dit à un moine qui disoit : "Recommandez-vous bien à Nostre-Dame", qu'il falloit dire : "A Nostre-Dame de frappe-fort." »
<Famille des Arnauts, p.506>

MONTESQUIEU / Mes pensées / OEuvres complètes I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1949

« Il est très surprenant que les richesses des gens d'Église aient commencé par le principe de pauvreté. »
<2059 p.1535>

Jonathan SWIFT / Pensées sur divers sujets loraux et divertissants / OEuvres / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1965

« Nous avons juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres. »
<p.569>

Claude Adrien HELVÉTIUS / Pensées et réflexions / Oeuvres complètes (tome 14) / Paris, Didot 1795 [BnF]

« La religion a fait de grands maux, et peux de petits biens. »
<XI p.116>

« On n'appelle pas fou un homme qui croit manger le bon Dieu, mais celui qui se dit Jésus-Christ. »
<XCV p.144>

CHAMFORT / Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes / Garnier-Flammarion 1968

« M. de Voltaire, voyant la religion tomber tous les jours, disait une fois : "Cela est pourtant fâcheux ; car de quoi nous moquerons-nous ? - Oh ! lui dit M. Sabatier de Cabre, consolez-vous ; les occasions ne vous manqueront pas plus que les moyens. - Ah ! monsieur, repris douloureusement M. de Voltaire, hors de l'église point de salut." »
<868 p.245>

« Je ne sais quel homme disait : "Je voudrais voir le dernier des rois étranglé avec le boyau du dernier des prêtres." »
<899 p.252>

Du bon usage de la religion :
« Le baron de la Houze, ayant rendu quelques services au pape Ganganelli, ce pape lui demanda s'il pouvait faire quelque chose qui lui fût agréable. Le baron de la Houze, rusé garçon, le pria de lui faire donner un corps saint. Le pape fut très surpris de cette demande de la part d'un Français. Il lui fit donner ce qu'il demandait. Le baron, qui avait une petite terre dans les Pyrénées, d'un revenu très mince, sans débouché pour les denrées, y fit porter son saint, le fit accréditer. Les chalands accoururent, les miracles arrivèrent, un village d'auprès se peupla, les denrées augmentèrent de prix, et les revenus du baron triplèrent. »
<1227 p.317>

Joseph JOUBERT / Carnets / nrf Gallimard 1938-1994
« Car tout sentiment religieux est un sentiment servile et quiconque s'agenouille devant Dieu se façonne à se prosterner devant un roi. »
<t.1 p.119>

« Il n'est pas nécessaire que de pareilles idées soient vraies, il suffit qu'elles nous rendent plus religieux. Dès qu'il n'est pas évident qu'elles sont fausses, il est de la saine philosophie de les admettre par la seule raison qu'elles sont aptes à remplir leur destination qui est, non de nous rendre savants (dans des matières où on ne peut l'être) mais de nous rendre pieux. Ce ne sont pas des conclusions qu'on veut par de tels arguments. On veut des sentiments pour toute conséquence et si les prémices sont propres à les amener, alors on a bien opéré et aussi juste qu'un géomètre qui a déduit un corollaire d'un axiome. »
<14 juin 1797 t.1 p.218>

« Si la prière ne change pas notre destin, elle change nos sentiments, utilité qui n'est pas moindre. »
<26 novembre 1800 t.1 p.400>

Benjamin CONSTANT / De la religion (1824) / Actes Sud 1999
« Si le sentiment religieux est une folie, parce que la preuve n'est pas à côté, l'amour est une folie, l'enthousiasme un délire, la sympathie une faiblesse, le dévouement un acte insensé. »
<Préface, p.31>

Georg Christoph LICHTENBERG / Le miroir de l'âme / Domaine romantique José Corti 1997
« Lorsqu'ils virent qu'ils ne pouvaient point lui faire une tête de catholique, ils résolurent au moins de lui couper sa tête de protestant. »
<D 581 p.233>

« Quand une bigote épouse un dévot, cela ne donne pas toujours un couple en éjaculation*. »
<F 1133 p.327>

* Éjaculation : Terme de la vie dévote. Nom donné à certaines prières courtes et ferventes, qui se prononcent à quelque occasion passagère, comme si elles se jetaient vers le ciel. (Littré)

Claude Michel CLUNY / Le silence de Delphes - journal littéraire 1948-1962 / SNELA La Différence 2002
« Un curé épouse une nonne ; mariage d'oraisons. »
<1961 p.216>

Alphonse KARR / Les Guêpes (quatrième série) / Calmann Lévy 1885
« Quelque riche que soit devenue l'Église, elle n'a pas pour cela cessé d'être humble, et, pour montrer cette humilité, elle ne laisse jamais passer une occasion de demander l'aumône. »
<Mars 1843, p.232>

Edmond et Jules de GONCOURT / Journal (t.2) / Robert Laffont - Bouquins 1989
« M. de Marcellus, le grand seigneur chrétien, ne communiait à son château qu'avec des hosties timbrées à ses armes. Un jour, le desservant s'aperçut avec terreur que la provision d'hosties armoriées était épuisée. Il se risqua à tendre une hostie commune, plébéienne, l'hostie de tous, à la noble bouche dévote, en s'excusant avec ce mot véritablement admirable : "À la fortune du pot, monsieur de Comte !". »
<4 mai 1868 p.149>

Léon GAMBETTA / Discours et plaidoyers politiques (t.6) / Paris, G.Charpentier 1882 [BnF]
« Et je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant du cléricalisme ce qu'en disait un jour mon ami Peyrat* : Le cléricalisme ? voilà l'ennemi ! »
<Discours sur les menées ultramontaines, prononcé le 4 mai 1877 à la Chambre des députés p.354>

* Alphonse Peyrat (1812-1891) journaliste puis sénateur de la Seine. Il écrivit plusieurs ouvrages sur la question religieuse.

Friedrich NIETZSCHE / Humain, trop humain. (1878-1879) / OEuvres I / Robert Laffont - Bouquins 1990
« Qu'on parcoure une à une les thèses morales exposées dans les chartes du christianisme, et l'on trouvera partout que les exigences sont tendues outre mesure, afin que l'homme n'y puisse pas suffire : l'intention n'est pas qu'il devienne plus moral, mais qu'il se sente le plus possible pécheur. »
<141 p.522>

Friedrich NIETZSCHE / Le Gai Savoir. (1882-1887) / OEuvres II / Robert Laffont - Bouquins 1990
« Encens. - Le Bouddha dit : "Ne flatte pas ton bienfaiteur !" Que l'on répète ces paroles dans une église chrétienne ; - immédiatement elles nettoient l'air de tout ce qui est chrétien. »
<142 p.139>

Gustave FLAUBERT / Bouvard et Pécuchet / Garnier-Flammarion 1966
« Le comte objecta que le christianisme, pas moins, avait développé la civilisation.
"Et la paresse, en faisant de la pauvreté une vertu.
- Cependant, monsieur, la morale de l'Evangile ?
- Eh ! eh ! pas si morale ! Les ouvriers de la dernière heure sont autant payés que ceux de la première. On donne à celui qui possède, et on retire à celui qui n'a pas. Quant au précepte de recevoir des soufflets sans les rendre et de se laisser voler, il encourage les audacieux, les lâches et les coquins."  »
<p 291>

Georges DARIEN / La Belle France (1900) / Voleurs ! / Omnibus Presses de la Cité 1994
« La France est catholique parce que la femme est catholique. Et la femme est catholique parce qu'elle n'est pas libre. »
<p.1272>
« Nous savons que le prêtre est une gueuse, la procureuse du bon Dieu, une créature qui n'a aucun titre, physique ou moral, à la qualification d'homme. Un homme ne fait pas voeu de chasteté, ne se condamne point au célibat à perpétuité, ne se promène pas dans les rues avec une robe de chienlit, ne se fait pas le receleur moral des détrousseurs de malheureux, ne leur fournit pas toutes les fausses clefs et les couteaux empoisonnés dont ils ont besoin, et n'a pas pour métier d'absoudre le Crime qui vient de lui graisser la patte. Un homme ne représente pas Dieu sur la terre, ne l'avale point tous les matins, comme une huître, entre deux grands coups de vin blanc, et ne passe point son temps à déposer des pains à cacheter dans les gosiers de ses contemporains. L'imbécillité et l'infamie du sacerdoce sont de plus en plus apparents. Nietzsche n'exagérait pas quand il disait que le temps approche vite où le prêtre sera regardé partout comme le type le plus bas, le plus faux, le plus répugnant de toutes les variétés de l'espèce humaine. »
<p.1274>

Jules RENARD / Journal / Robert Laffont - Bouquins 1990
« Toutes les religions se ressemblent par la quête. »
<20 février 1896 p.255>
« La vie n'était pas si gaie ! La religion a fait de la mort quelque chose de terrible et d'absurde. »
<6 mars 1905 p.758>

Léon BLOY / Exégèse des lieux communs / Mercure de France 1968
«  La religion est si consolante.
On ne doit rien aux gens qui crèvent de misère, puisqu'ils ont la religion pour les consoler. Il ne tient qu'à eux de manger leurs croûtes avec délices ou même de se réjouir en ne mangeant absolument rien. Les ventres creux sont des tambours excellents pour l'entraînement des miséreux à la conquête du Paradis. Tant pis pour eux s'ils ne comprennent pas leur bonheur. »
<p.229>

Rémy de GOURMONT / Épilogues (2) / Mercure de France 1923
« Les hérésies m'ont toujours semblé très curieuses pour l'étude de la psychologie humaine. Cela répond au besoin qu'ont les hommes de limiter la dose d'absurde qu'ils consentent à croire. »
<juillet 1901, p.281>

Rémy de GOURMONT / Épilogues (3) / Mercure de France 1923
« Le christianisme n'a pas inventé la pudeur ; il en a inventé l'hypocrisie. »
<août 1902, p.81>

Ambrose BIERCE / Le Dictionnaire du Diable (1911) / Éditions Rivages 1989
« Déluge n. Premier essai remarqué de baptême collectif, qui lessiva tous les péchés (et les pécheurs) de la création. »
<p.71>

« Prier v. Demander que les lois de l'univers soient annulées en faveur d'un unique pétitionnaire, indigne de son propre aveu. »
<p.225>

Henry BECQUE / L'Esprit d'Henry Becque / nrf Gallimard 1927
« Le déluge n'a pas réussi, il est resté un homme. »
<p.119>

Sigmund FREUD / L'avenir d'une illusion (1927) / Quadrige PUF 1995
Religion, névrose universelle :
« [...] l'homme de croyance et de piété est éminemment protégé contre le danger de certaines affections névrotiques ; l'adoption de la névrose universelle le dispense de la tâche de former une névrose personnelle. »
<p.45>

Paul VALÉRY / Tel Quel / OEuvres II / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1960
« Sans les religions, les sciences n'eussent pas existé, car la tête humaine n'aurait pas été habituée à s'écarter de l'apparence immédiate et constante qui lui définit la réalité »
<p.722>

Paul LÉAUTAUD / Journal littéraire / Mercure de France 1986
« La religion, comme je disais, est peut-être un instrument de force, mais oppressif seulement. Qu'est-ce qu'un individu qui a besoin de croire pour être fort, et à qui la religion enseigne de se résigner ici-bas, dans l'espoir des jouissances célestes. Le fort est celui qui considère que la vie a son but et sa fin en elle-même et que le bonheur est ici et s'y doit trouver, sans aucun espoir de le trouver dans une autre vie. »
<20 février 1906 I p.271>

« Varenne et Dyssord racontent de ces histoires dont on ne sait qui les invente et qui sont souvent fort drôles. Celle-ci par exemple, tout à fait de circonstance après la messe à laquelle nous venons d'assister. Une femme s'approche de l'autel pour communier, tenant un petit enfant dans ses bras. Au moment que le prêtre lui présente l'hostie, l'enfant étend le bras pour la saisir : "Caca !" lui dit le prêtre pour l'arrêter. C'est merveilleux ! À la fois drôle, et à la fois satirique touchant cette merveilleuse religion. »
<9 novembre 1923 I p.1381>

« Cérémonie à Saint-Germain-des-Prés. Régnier à côté de moi, séparé par une balustrade. Comme moi, il reste assis au lieu de se lever à plusieurs reprises comme le veut le rite. Je regarde le prêtre qui officie préparer sa communion : le vin dans le ciboire, l'hostie cassée et plongée dans le vin, le ciboire recouvert de la plaquette, le prêtre traçant au-dessus avec la main des signes mystérieux. Absolument comme un prestidigitateur : Messieurs, Mesdames, vous voyez ce chapeau. Il n'y a rien dedans. Je le pose sur cette table. Attention : Un, deux, trois, et le chapeau repris un pigeon s'en échappe. Les pigeons, ici, ce sont les fidèles. »
<22 février 1928 I p.2193>

« J'ai raconté à Vallette, tantôt, avec intention, la petite scène de ce Gorgouloff avec son drapeau. "Vous savez, lui ai-je dit, ce n'est pas loin des gens qui saluent drapeau dans la rue." Il s'est tout de suite cabré : "C'est un symbole. On a fait de grandes choses avec les symboles. On a amené les hommes à se sacrifier à une idée. C'est tout de même beau de se sacrifier à une idée." Je ne me suis pas laissé faire : "C'est de l'aliénation mentale. Comme les premiers chrétiens qui se laissaient dévorer pour démontrer leur foi. Des aliénés. Tout ce qui est sentiment religieux est aliénation mentale à un degré ou un autre. L'homme sur le champ de bataille qui court avec entrain à la mort : un aliéné provisoire. L'être qui prête un pouvoir magique, surnaturel, à un objet quelconque : croix, statuette, etc., etc., un aliéné partiel. Tout ce qui est superstition, croyance aveugle, est un degré de folie. »
<18 mai 1932 II p.975>

Paul LÉAUTAUD / Passe-temps / OEuvres / Mercure de France 1988
« À un bout de l'an de Guillaume Apollinaire, à Saint-Thomas d'Aquin, dans une chapelle voisine, des gens communiaient. Ils étaient là à genoux devant l'autel. Le prêtre assistant se mit à cracher dans son mouchoir. Celui qui officiait se mettait les doigts dans le nez. Il offrit ensuite, des mêmes doigts, l'hostie à ses clients. Je regardais la physionomie de ces gens retournant s'asseoir, le visage confit en recueillement et précaution. Aucun rapport, décidément, entre le Saint-Esprit et l'esprit. »
<p.282>

Henri JEANSON / Jeanson par Jeanson / Ed. René Chateau 2000
« Chacun ses dégoûts. J'aime beaucoup manger du curé. Ne serait-ce que pour avoir le plaisir de le vomir ensuite. »
<Le Canard enchaîné, 29 mai 1946, p.297>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« Le christianisme, avant tout, console ; mais il y a des âmes naturellement heureuses et qui n'ont pas besoin d'être consolées. Alors, celles-ci, le christianisme commence par les rendre malheureuses, n'ayant sinon pas d'action sur elles. »
<p.44>

« Le catholicisme est inadmissible. Le protestantisme est intolérable. Et je me sens profondément chrétien. »
<10 février 1912 p.367>

« Les persécutions ont toujours (ou presque), jusqu'à présent, au nom d'une religion. Que la libre pensée à son tour persécute, la religion trouve cela monstrueux. Mais peut-on vraiment dire qu'il y ait persécution ? J'ai toujours quelque peine à accepter pour vrai ce qu'on a tout intérêt à nous faire croire. »
<1 juillet 1931 p.1058>

Maurice DONNAY / L'esprit de Maurice Donnay / nrf Gallimard 1926
« On exagère beaucoup les dangers de la libre-pensée. C'est la libre arrière-pensée seulement qui pourrait nous inspirer des craintes. »
<p.109>

ALAIN / Propos I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1956
« Nous sommes empoisonnés de religion. Nous sommes habitués à voir des curés qui sont à guetter la faiblesse et la souffrance humaines, afin d'achever les mourants d'un coup de sermon qui fera réfléchir les autres. Je hais cette éloquence de croque-mort. Il faut prêcher sur la vie, non sur la mort ; répandre l'espoir, non la crainte ; et cultiver en commun la joie, vrai trésor humain. C'est le secret des grands sages, et ce sera la lumière de demain. Les passions sont tristes. La haine est triste. La joie tuera les passions et la haine. Mais commençons par nous dire que la tristesse n'est jamais ni noble, ni belle, ni utile. »
<5 octobre 1909 p.61>

Jacques PRÉVERT / Spectacle (1951) / OEuvres complètes I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1992
« Les religions ne sont que les trusts des Superstitions. »
<Intermède, p. 377>

Emil CIORAN / Syllogismes de l'amertume (1952) / OEuvres / Quarto Gallimard 1995
« Depuis deux mille ans, Jésus se venge sur nous de n'être pas mort sur un canapé. »
<p.789>

Emil CIORAN / Carnets 1957-1972 / nrf Gallimard 1997
« Le monothéisme judéo-chrétien est le stalinisme de l'Antiquité. »
<4 juin 1969 p.736>

Paul LEVY / Quelques aspects de la pensée d'un mathématicien / Albert Blanchard 1970
« Chez moi, c'est l'esprit scientifique qui a détruit la croyance en Dieu ; et je pensais qu'il la détruirait de même chez tous les hommes. J'aurais aussi cru, a priori, que les deux guerres mondiales auraient nui aux religions ; on aurait pu penser que Dieu, s'Il existe, ne les aurait pas permises. C'est le contraire qui s'est produit. En présence de ces catastrophes, on a écouté les voix qui bercent la misère humaine plutôt que celle de la raison.
Et pourtant je crois encore que la science finira par nuire aux religions, mais pas comme je l'avais cru d'abord, en démontrant vraiment que Dieu n'existe pas. Mais le développement de l'esprit scientifique amènera de plus en plus les hommes à réexaminer sans cesse les fondements de leurs croyances, et à ne pas croire aveuglément ce qu'on leur a appris dans leur enfance. Il faudra "reconsidérer" les religions, et il me paraît fatal qu'elles résistent mal à ce perpétuel examen. Combien de temps durera leur décadence ? Faudra-t-il quelques générations ou quelques siècles ? Je ne sais pas. Mais je crois que, dans quelques milliers d'années, on ne considérera plus les cathédrales gothiques que comme des vestiges d'une religion disparue, et qu'aucune autre n'aura remplacée. »
<p.185-186>

Félix LE DANTEC / L'athéisme / Flammarion 1907
« Ce qu'il y a de plus douloureux devant le mystère de la maladie, c'est de rester inactif ; avoir l'illusion de faire quelque chose est un grand soulagement ; la prière procure ce soulagement à ceux qui croient ; ne leur retirons pas cette consolation, parce que nous n'y pouvons prétendre. »
<p.61>

André COMTE-SPONVILLE / Une éducation philosophique / PUF 3e ed 1992
« À un enfant qui meurt, et aux parents de cet enfant, ferez-vous, si la religion les console, l'éloge de l'athéisme ? Qu'on ne se méprenne pas : cela, à mon sens, ne prouve rien contre l'athéisme et beaucoup contre la religion. "L'âme d'un monde sans âme, disait Marx, l'esprit d'un monde sans esprit..." C'est la misère qui fait la religion, et c'est pourquoi celle-ci est misérable. Qui interdirait l'opium au mourant ? Et que sommes-nous d'autres, hors l'oubli ou le divertissement, que des mourants ? »
<p.332>

François CAVANNA / Lettre ouverte aux culs-bénits / Albin Michel 1994
« Toutes les religions ont une explication de la "création" du monde, tous les livres sacrés commencent par là.
Pas une seule religion n'a soupçonné quelle est la véritable forme de la Terre, la nature du ciel et des étoiles, les lois de la gravitation, les rapports entre la Terre, la Lune, le Soleil et les planètes, la constitution du corps humain, le rôle des micro-organismes dans les maladies, etc.
Tous les livres saints, dès qu'ils se mêlent d'expliquer ce monde créé par le dieu qu'ils exaltent, déconnent à perdre haleine.
~
Tout se passe comme si les livres "sacrés", fondements intouchables de la foi, étaient les oeuvres d'ignorants fumeux et prétentieux, d'illuminés en état d'excitation, de monomaniaques en proie à une idée fixe et n'en sachant pas plus sur la nature des choses que ce qu'en savaient les bonnes gens de leur époque. »
<p.22-23>

« Dites voir, s'ils l'avaient empalé, leur Jésus-Christ, où les porteraient-ils, les stigmates, les élus de Dieu ? »
<p.165>

Roland TOPOR / Pense-bêtes / Le cherche midi éditeur 1992
« Peu à peu, les vieilles religions perdent leur venin, les plus récentes sont les pires. »
<p.172>

Jean-François REVEL / Mémoires / Plon 1997
« J'ai renoncé à trouver un sens à la phrase de Malraux : "Le vingt et unième siècle sera religieux ou ne sera pas", et je ne crois pas qu'elle en ait un. En effet, religieux ou pas, le vingt et unième siècle sera. Mais il risque (et en cela Malraux pourrait avoir raison) d'être plus religieux que le vingtième, dans lequel les idéologies avaient pris en partie la place de la foi pour justifier le besoin humain d'exterminer des mécréants, et de s'en inventer s'il le faut. »
<p.400>

Philippe BOUVARD / Journal 1992-1996 / Le cherche midi éditeur 1997
« En matière de religion, j'éprouve quelque peine à admettre que le monde ait vécu dans le paganisme et l'obscurantisme durant des millions d'années et que le vrai Dieu ne se soit manifesté que voilà deux mille ans, c'est-à-dire hier. »
<p.93>

Jean YANNE / Pensées, répliques, textes et anecdotes / Le cherche midi éditeur 1999
« Si Jésus était mort empalé plutôt que crucifié, il n'y aurait plus que les paratonnerres sur les églises. »
<p.59>

Jean-Marie GOURIO / Brèves de comptoir (t.2) / Robert Laffont - Bouquins 2002
« Pour crucifier Bouddha, faut déjà le soulever ... »
<p.753>

Robert JOLY / Dieu vous interpelle ? Moi, il m'évite... / Editions EPO 2000
« Très brièvement, la religion est la technique de l'intervalle.
Entre ce que l'homme peut se procurer par ses propres moyens, par la technique, la technologie au sens courant (A) et ce qu'il voudrait obtenir ou rêve d'obtenir, il y a un intervalle, lequel est comblé par une technique spécifique, tout autre (B), la religion. La technique B est fonction de la technique A : quand le feu était très difficile à obtenir et à entretenir, la technique B s'en occupait beaucoup. Aujourd'hui qu'on n'a plus qu'à craquer une allumette... Celui qui ferait sérieusement le signe de croix avant d'allumer son briquet serait un superstitieux, réprouvé par ses frères de croyance. Quand la technique A progresse sur un point, la technique B y régresse. C'est ce qui explique que les rogations aient disparu pratiquement autour de nous ; elles survivaient encore dans mon enfance. Les intervalles évoluent : les uns s'en vont ; d'autres s'installent... Ce qui oblige les religions à évoluer, même si cela ne leur plaît guère. Les plus intellectualisées passent leur temps à nier l'évolution ou à la minimaliser quand elle n'est plus niable, et aussi à s'y opposer le plus possible dans d'incessants combats de retardement : voyez l'exégèse catholique et les problèmes éthiques.
Il y aura toujours des intervalles - ne serait-ce que le bonheur et la mort - et c'est très bien ainsi, mais cela veut dire qu'il y aura toujours place pour l'attitude religieuse. L'athée n'attend plus la mort de la religion pour le siècle prochain. »
<p.52>

Jean-François KAHN / Abécédaire mal-pensant / Plon 2007
« Hostie - Pain bizarrement peu apprécié par les musulmans bien qu'il soit étouffe-chrétien. »
<p.228>

Michel de MONTAIGNE / Essais / Garnier 1962
« Le vray champ et subject de l'imposture sont les choses inconnuës. D'autant qu'en premier lieu l'estrangeté mesme donne credit ; et puis, n'estant point subjectes à nos discours ordinaires, elles nous ostent le moyen de les combattre. A cette cause, dict Platon, est-il bien plus aisé de satisfaire parlant de la nature des Dieux que de la nature des hommes, par ce que l'ignorance des auditeurs preste une belle et large carrière et toute liberté au maniement d'une matière cachée.
Il advient de là qu'il n'est rien creu si fermement que ce qu'on sçait le moins, ny gens si asseurez que ceux qui nous content des fables, comme Alchimistes, Prognostiqueurs, Judiciaires, Chiromantiens, Medecins, "id genus omne". »
<t.1 p.245 livre I chap.XXXII>

LA ROCHEFOUCAULD / Maximes / Garnier 1967
« Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des défauts, c'est la facilité que l'on a de croire ce qu'on souhaite. »
<MP 25 p.166>

Joseph JOUBERT / Carnets / nrf Gallimard 1938-1994
« Crédulité. Plus difficile à dissuader qu'à persuader, et plus facile à tromper qu'à détromper. »
<8 avril 1799 t.1 p.290>

Oscar WILDE / Intentions / OEuvres / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1996
« L'homme peut croire l'impossible mais jamais il ne pourra croire à l'improbable. »
<p.802>

Gustave LE BON / Aphorismes du temps présent (1913) / Paris, Les amis de G. Le Bon 1978 [BnF]
« On rencontre difficilement un homme acceptant d'exposer sa vie pour une vérité rationnelle. On en trouve aisément des milliers prêts à se faire tuer pour une croyance. »
<p.217>

Johann Wolfgang von GOETHE / Maximes et réflexions / Paris, Brokhauss et Avenarius 1842 [BnF]
« Mythologie. - Luxe de croyance. »
<p.161>

Arthur SCHOPENHAUER / Aphorismes sur la sagesse dans la vie (1851) / Collection Quadrige / PUF 1943
« Ne combattez l'opinion de personne ; songez que, si l'on voulait dissuader les gens de toutes les absurdités auxquelles ils croient, on n'en aurait pas fini, quand on atteindrait l'âge de Mathusalem. »
<p.142>

Maurice JOLY / Recherches sur l'art de parvenir / Paris Amyot 1868 [BnF Cote LB56-1958]
« Croire à son étoile, à sa prédestination, s'imaginer qu'on entre comme un élément nécessaire dans l'ordre universel, est-ce autre chose qu'une superstition grossière, quand on sait comment la nature se joue de la poussière humaine ? Cependant ce sentiment, qui n'est qu'un acte de déraison, a fait la principale force de presque tous les grands joueurs politiques. »
<p.119>

Ernest RENAN / L'Avenir de la science, Pensées de 1848 (1890) / GF 765 Flammarion 1995
« Il est [...] possible que la ruine des croyances idéalistes soit destinée à suivre la ruine des croyances surnaturelles, et qu'un abaissement réel du moral de l'humanité date du jour où elle a vu la réalité des choses. À force de chimères, on avait réussi à obtenir du bon gorille un effort moral surprenant ; ôtées les chimères, une partie de l'énergie factice qu'elles éveillaient disparaîtra. Même la gloire, comme force de traction, suppose à quelques égards l'immortalité, le fruit n'en devant d'ordinaire être touché qu'après la mort. Supprimez l'alcool au travailleur dont il fait la force, mais ne lui demandez plus la même somme de travail. »
<p.75>

Alphonse KARR / Une poignée de vérités / M. Lévy frères 1866
« D'où vient la bizarrerie du goût qu'ont les hommes de grande taille pour de petites femmes qui ne peuvent pas leur donner le bras ? D'où vient le goût des hommes de petite stature pour des femmes énormes ? D'une prévoyance de la Providence. En effet, si, comme il serait plus naturel de s'y attendre, les hommes de grande taille aimaient les grandes femmes, si un petit homme recherchait une petite femme, il y a longtemps qu'il y aurait sur la terre deux races distinctes - une race de géants et une race de nains, dont l'une opprimerait et peut-être détruirait l'autre. Je parie pour les nains. »
<p.35>

Rémy de GOURMONT / Épilogues (3) / Mercure de France 1923
« La croyance en une cause unique est certainement la plus dangereuse superstition dans laquelle l'humanité puisse tomber. Tout le raisonnement en est faussé ; la vue du monde en est viciée ; on ne peut rien comprendre à la vie, ni même aimer la vie. Il est très probable que la notion de la providence est le mensonge qui a fait le plus de mal aux hommes. Quand on croit à la providence, on n'a pas le droit de rire de la plus grossière pratique fétichiste ; la providence est un fétiche près duquel tous les autres sont raisonnables. »
<septembre 1903, p.199>

Sigmund FREUD / Essais de psychanalyse / Petite Bibliothèque Payot (44) 1973
« Seuls les croyants qui demandent à la science de leur remplacer le catéchisme auquel ils ont renoncé, verront d'un mauvais oeil qu'un savant poursuive et développe ou même qu'il modifie ses idées. »
<Au-delà du principe du plaisir, 1920 p.81>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« On se persuade de tout et l'on croit ce que l'on veut croire. Puis on appelle "réalité supérieure" cette construction de l'esprit. Comment ne serait-elle pas supérieure à tout, dès qu'on y croit ? Et comment y pourrait-on croire, sinon en la croyant supérieure à tout... ?
Et si "la perle de grand prix" pour la possession de laquelle un homme laisse tous ses biens, se découvre une perle fausse ?...
- Qu'importe ? Si celui qui la possède ne le sait pas. »
<4 février 1930 p.967-8>

« Ces idées dont on croit d'abord ne point pouvoir se passer. D'où grand danger d'installer son confort moral sur des idées fausses. Contrôlons, vérifions d'abord. Naguère le soleil tournait autour de la terre ; celle-ci, point fixe, demeurait le centre du monde, foyer d'attention du bon Dieu... Et puis non ! C'est la terre qui tourne. Mais alors, tout chavire ! Tout est perdu !... Pourtant rien n'est changé que la croyance. L'homme doit apprendre à s'en passer. De l'une, puis de l'autre, il se délivre. Se passer de la Providence : l'homme est sevré.
Nous n'en sommes pas là. Nous n'en sommes pas encore là. Cet état d'athéisme complet, il faut beaucoup de vertu pour y atteindre ; plus encore pour s'y maintenir. Le "croyant" n'y verra sans doute qu'invite à la licence. S'il en allait ainsi : vive Dieu ! Vive le sacré mensonge qui préserverait l'humanité de la faillite, du désastre. Mais l'homme ne peut-il apprendre à exiger de soi, par vertu, ce qu'il croit exigé par Dieu ? Il faudrait bien pourtant qu'il y parvienne ; que quelques-uns, du moins, d'abord ; faute de quoi la partie serait perdue. Elle ne sera gagnée, cette étrange partie que voici que nous jouons sur terre (sans le vouloir, sans le savoir, et souvent à coeur défendant), que si c'est à la vertu que l'idée de Dieu, en se retirant, cède la place ; que si c'est la vertu de l'homme, sa dignité, qui remplace et supplante Dieu. Dieu n'est plus qu'en vertu de l'homme. Et eritis sicut dei. (C'est ainsi que je veux comprendre cette vieille parole du Tentateur - lequel, ainsi que Dieu, n'a d'existence qu'en notre esprit - et voir dans cette offre, qu'on nous a dite fallacieuse, une possibilité de salut.)  »
<1947 p.310>

ALAIN / Les idées et les âges / Les Passions et la Sagesse / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1960
« Le conteur, qui veut faire paraître des choses absentes, y réussit bien mieux par le frisson de la peur que par une suite raisonnable de causes et d'effets ; les membres sanglants d'un homme tombant par la cheminée dans la poêle à frire, cela se passe de preuves, par l'épouvante ; tout se trouve lié dans l'imagination par l'impression forte, dès que l'expérience réelle est impossible, ou n'est point faite. Ce qui est indifférent n'est jamais cru, si vraisemblable qu'il soit ; ce qui touche violemment est toujours cru, et l'absurde est bien loin d'y faire obstacle, puisque l'absurde lui-même épouvante. »
<p.215>

ALAIN / Propos I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1956
« Croire est agréable. C'est une ivresse dont il faut se priver. Ou alors dites adieu à liberté, à justice, à paix. Il est naturel et il est délicieux de croire que la république nous donnera tous ces biens ; ou, si la république ne peut, on veut croire que coopération, socialisme, communisme ou quelque autre constitution nous permettra quelque jour de nous fier au jugement d'autrui, enfin de dormir les yeux ouverts comme font les bêtes. Mais non. La fonction de penser ne se délègue point. Dès que la tête humaine reprend son antique mouvement de haut en bas, pour dire oui, aussitôt les tyrans reviennent. »
<5 mai 1931 p.1014>

Francis PICABIA / Dits / Eric Losfeld 1960
« Toutes les croyances sont des idées chauves. »
<p.8>

Vladimir JANKÉLÉVITCH / Philosophie morale / Mille&UnePages Flammarion 1998
« Où allons-nous si les gens commencent à croire vraiment ce qu'on leur dit - et qui est fait pour n'être pas cru ! Qui sait si, au lieu du mensonge, il ne faudra pas finir par leur dire un jour la vérité ? »
<Du mensonge, p.258>

Emil CIORAN / Syllogismes de l'amertume (1952) / OEuvres / Quarto Gallimard 1995
« Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise, elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d'incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence avec la modestie et les bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions... »
<p.792>

Emil CIORAN / De l'inconvénient d'être né (1973) / OEuvres / Quarto Gallimard 1995
« N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi. »
<p.1353>

Alfred SAUVY / Mythologie de notre temps / Petite Bibliothèque Payot (191) 1971
« La croyance en la fortune est une marque d'orgueil et, de ce fait, est antiscientifique. Les dieux ont les yeux fixés sur moi. Ils me veulent du bien... ou bien ils me veulent du mal ; en tout cas, je ne passe pas inaperçu. »
<p.26>

Robert DANTZER / L'illusion psychosomatique / Seuil Ed Odile Jacob 1989
Croyance et maladie :
« Dès qu'on ne cerne pas bien les causes d'une maladie, on a tendance à invoquer la logique de déséquilibre, c'est à dire les facteurs psychosociaux. Les maladies dans lesquelles l'intervention de tels facteurs est postulée ont le plus souvent une étiologie inconnue ou mal établie et les possibilités d'intervention thérapeutique sont habituellement limitées voire inexistantes. Face à une telle incertitude, le modèle de causalité linéaire dans lequel il suffit qu'un événement en précède un autre pour qu'il en soit une cause possible devient prépondérant. Le caractère spectaculaire de la cause postulée suffit à la rendre crédible, surtout si sa possibilité d'intervention est entretenue par la culture ambiante. À partir du moment où la croyance s'est établie, elle s'entretient d'elle-même par l'attention sélective accordée aux autres cas venant renforcer la possibilité d'intervention des facteurs psychiques. La croyance est antinomique du sens critique. »
<p.44-45>

Jean-François REVEL / Mémoires / Plon 1997
« Ce qui m'intéresse rétrospectivement, dans ma mésaventure gurdjieffienne, c'est l'expérience que je fis sur mon propre cas de l'aptitude des hommes à se persuader de la vérité de n'importe quelle théorie, de bâtir dans leur tête un attirail justificatif de n'importe quel système, fût-ce le plus extravagant, sans que l'intelligence et la culture puissent entraver cette intoxication idéologique. »
<p.155>

Jean-François REVEL / La grande parade / Plon 2000
« Je suis toujours un peu inquiet quand j'entends quelqu'un faire l'éloge d'une personnalité politique en disant d'elle, sans préciser : "C'est un homme ou une femme de conviction." Laquelle ? ou lesquelles ? Tout est là, me semble-t-il. Hitler aussi était un homme de convictions, hélas ! Comme on aurait préféré qu'il ne crût à rien ! »
<p.24>

CREDO

Joseph JOUBERT / Carnets / nrf Gallimard 1938-1994
« Ne pas : - Définir ce qui est connu : un bavardage. Obscurcir ce qui est clair : barbouillage. Mettre en question ce qui est en fait : mauvaise foi, ignorance. Rendre abstrait ce qui est palpable : charlatanisme. Et offrir des difficultés qui ne s'offrent pas elles-mêmes ou n'ont qu'une vaine apparence : chicane. »
<30 juillet 1797 t.1 p.222>

Gustave FLAUBERT / Correspondance I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1973
« Il faut mettre son coeur dans l'art, son esprit dans le commun du monde, son corps où il se trouve bien, sa bourse dans sa poche, son espoir nulle part. »
<À Louise Colet, 20 décembre 1846 p.421>

Edmond et Jules de GONCOURT / Journal (t.3) / Robert Laffont - Bouquins 1989
« Daudet disait :
Mon père répétait : "L'homme qui se lève à quatre heure du matin... c'est fortune faite !" Mon père se levait à quatre heures du matin, et sa vie a été une suite de mauvaises affaires de catastrophes, de ruines.
Daudet ajoutait :
Ma mère répétait : "Les familles nombreuses, Dieu les bénit !" Et de ses dix-sept enfants, il n'y en a que trois de vivants ! »
<24 juillet 1894, p.996>

Alphonse KARR / En fumant / M. Lévy frères 1862
« Trois jocrissades que je ne suis pas honteux d'avoir trouvées : - N'ayez pas de voisins, si vous voulez vivre en paix avec eux. - J'aime mieux ne pas avoir de meubles et qu'ils soient à moi. - En politique, plus ça change, plus c'est la même chose. »
<p.54>

Léon BLOY / Le mendiant ingrat / Journal I / Robert Laffont - Bouquins 1999
« 1° Tout ce qui arrive est adorable. - 2° Accord parfait de la liberté divine et de la liberté humaine. De toute éternité, Dieu sait que, tel jour, tel individu accomplira librement un acte nécessaire. - 3° Enfin tout ce qui n'est pas strictement, exclusivement, éperdument catholique, doit être jeté aux latrines.
En conséquence de ces trois points, je prononce que tout individu qui ne pense pas exactement comme moi est, tôt ou tard, dans la nécessité absolue de s'avouer lui-même chenapan, cafard ou imbécile ; »
<31 juillet 1894, p.97>

Georges COURTELINE / Philosophie / OEuvres / Robert Laffont - Bouquins 1990
« QUELQUES AVIS QUI, ÉTANT SAGES, SONT FORCÉMENT DE NOMBRE LIMITÉ
Dis ce que tu penses.
Paye ce que tu dois.
Ne vends pas plus cher que ça ne vaut.
Méfie-toi des conseils, mais suis les bons exemples.
Laisse la clé sur le buffet si tu ne veux pas qu'on te vole.
Ne perds jamais de vue que le bon beurre est la base de la bonne cuisine, et souviens-toi que faire le malin est le propre de tout imbécile.
Enfin - uti, non abuti, nous recommande la sagesse antique - , use de tout, mais n'abuse de rien. Bois - sans excès ; fume - sans excès ; aime - sans excès ; et que, toujours, la bonne qualité de l'objet détermine ton choix et le fixe. Mieux vaut boire trop de bon vin qu'un petit peu de mauvais et pratiquer l'amour avec deux belles filles qu'avec une seule vieille femme en ruine. L'agrément y trouve son compte, et l'économie animale plus encore. »
<p.826>

Ambrose BIERCE / Le Dictionnaire du Diable (1911) / Éditions Rivages 1989
« Décalogue n. Ensemble de commandements, au nombre de dix - chiffre suffisant si l'on veut s'en tenir à une stricte observance, mais toutefois légèrement insuffisant si l'on préfère avoir l'embarras du choix. Voici l'édition révisée du Décalogue, strictement ajustée à ce méridien :

Tu n'adoreras pas un autre Dieu que moi :
Cela revient trop cher d'en célébrer plus d'un.

Ne feras ni d'images ni de statues sacrées,
Car les marchands du temple ont l'exclusivité.

N'utiliseras pas en vain le nom de Dieu,
Attends le bon moment où ça fait son effet

Tu ne travailleras pas la journée du Sabbat,
Ce jour est consacré aux matchs de football.

En bon fils garderas chez toi tes vieux parents ;
Ça vient en déduction de ta déclaration.

Jamais tu ne tueras, ni ne seras complice ;
D'ailleurs tu jetteras la facture du boucher.

Tu n'embrasseras pas la femme de ton voisin,
Sauf si la tienne a succombé à ses caresses.

Tu ne voleras pas. Le vol est pernicieux ;
La carambouille dans les affaires est bien plus sûre.

Tu n'apporteras jamais de faux témoignages ;
Fais-toi seulement l'écho des racontars publics.

Enfin tu cesseras de convoiter en vain
Ce que par bec et ongles tu n'as pu obtenir. »
<p.69>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951

« Je n'admets pas que rien me nuise ; je veux que tout me serve, au contraire. J'entends tourner tout à profit. »
<p.203>

Jean COCTEAU / Journal d'un inconnu / Grasset 1953
« Je songe au credo de Gide : Je n'admets pas que rien me nuise, je veux que tout me serve, au contraire. J'entends tourner tout à mon profit.
C'est le credo de la visibilité. Pour obtenir le credo de l'invisibilité (le mien), il n'y a qu'à tirer un négatif de ces phrases, et y joindre ces lignes d'Héraclite : Pour Dieu tout est bon et juste. Les hommes, au contraire, conçoivent certaines choses comme justes, d'autres comme injustes. »
<p.85>

ALAIN / Propos I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1956
« Je parlerais tout à fait autrement aux jeunes lionceaux dès qu'ils commencent à aiguiser leurs griffes sur les manuels de morale, sur les catéchismes, sur toutes coutumes, sur tous barreaux. Je leur dirais : n'ayez peur de rien ; faites ce que vous voulez. N'acceptez aucun esclavage, ni chaîne dorée, ni chaîne fleurie. Seulement, mes amis, soyez rois en vous-mêmes. N'abdiquez pas. Soyez maîtres des désirs et de la colère aussi bien que de la peur. Exercez-vous à rappeler la colère comme un berger rappelle son chien. Soyez rois sur vos désirs. Si vous avez peur, marchez tranquillement à ce qui vous fait peur. Si vous êtes paresseux, donnez-vous une tâche. Si vous êtes indolent, pliez-vous aux jeux athlétiques. Si vous êtes impatient, donnez-vous des pelotons de ficelle à démêler. Si le ragoût est brûlé, donnez-vous le luxe royal de le manger de bon appétit. Si la tristesse vous prend, décrétez la joie en vous-même. Si l'insomnie vous retourne comme une carpe sur l'herbe, exercez-vous à rester immobile, et à dormir au commandement. Après cela, mes bons amis, puisque vous serez rois en vous, agissez royalement, et faites ce qui vous semblera bon. »
<4 avril 1910 p.72>

François CAVANNA / Lettre ouverte aux culs-bénits / Albin Michel 1994
« Conseils pour la route :
Pars de zéro.
Mets tout à plat.
Rejette toute tradition.
Méprise tout rituel
Ne respecte aucun tabou.
Tiens tout symbole pour ce qu'il est : du vent
Pisse sur le sacré.
N'écoute aucune parole "révélée".
Fuis ceux qui ont la vérité par la foi.
Crache à la gueule des charlatans du "merveilleux".
Ris de tout, pleure de tout, mais selon ton humeur.
Éduque ta raison, tu n'as rien d'autre.
N'admets pour provisoirement acceptable que ce que ta raison estime dûment démontré.
Laisse de côté les questions sans réponse.
Fuis la métaphysique.
Ne te conduis pas en fonction d'une morale transcendante.
Mais que ta morale soit faite des règles nécessaires à la vie de chacun dans une société harmonieuse et fraternelle.
... Sauf, bien sûr, si les hommes noirs prennent le pouvoir et rallument les bûchers. Dans ce cas, mon fils, fais semblant ! »
<p.117>

Philippe BOUVARD / Journal 1992-1996 / Le cherche midi éditeur 1997
« À l'égard de la propriété, de l'amour, de la fortune et du succès, j'applique "la règle des Dudu" : rien n'est dû, rien n'est durable. »
<p.234>

FOI

VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique / Garnier 1967.
« Or l'histoire du déluge étant la chose la plus miraculeuse dont on ait jamais entendu parler, il serait insensé de l'expliquer : ce sont des mystères qu'on croit par la foi ; et la foi consiste à croire ce que la raison ne croit pas, ce qui est encore un miracle. »
<p.251>

Alfred de VIGNY / Journal d'un poète / Paris, A. Lemerre 1885 [BnF]
« On parle de la foi. Qu'est-ce, après tout, que cette chose si rare ? - Une espérance fervente. - Je l'ai sondée dans tous les prêtres qui disaient la posséder et n'ai trouvé que cela. - Jamais la certitude. »
<1843, p.188>

Isidore DUCASSE (LAUTRÉAMONT) / Poésies (1870) / GF 528 - Flammarion 1990
« Repoussez l'incrédulité : vous me ferez plaisir. »
<I p.329>

Ernest RENAN / L'Avenir de la science, Pensées de 1848 (1890) / GF 765 Flammarion 1995
« La foi sera toujours en raison inverse de la vigueur de l'esprit et de la culture intellectuelle. Elle est là derrière l'humanité attendant ses moments de défaillance, pour la recevoir dans ses bras et prétendre ensuite que c'est l'humanité qui s'est donnée à elle. Pour nous, nous ne plierons pas ; nous tiendrons ferme comme Ajax contre les dieux ; s'ils prétendent nous faire fléchir en nous frappant, ils se trompent. Honte aux timides qui ont peur ! Honte surtout aux lâches qui exploitent nos misères et attendent pour nous vaincre que le malheur nous ait déjà à moitié vaincus. »
<p.119>

Lucien ARRÉAT / Réflexions et maximes / F. Alcan 1911 [BnF]
« La foi berce le doute pour l'endormir ; mais le doute a le sommeil léger, il s'éveille et crie quand elle balance le berceau trop rudement. »
<p.65>

Friedrich NIETZSCHE / Humain, trop humain. (1878-1879) / OEuvres I / Robert Laffont - Bouquins 1990
« À vrai dire, la foi n'a pas encore réussi à déplacer de vraies montagnes, quoique cela ait été affirmé par je ne sais plus qui ; mais elle sait placer des montagnes où il n'y en a point. »
<225 p.783>

Ambrose BIERCE / Le Dictionnaire du Diable (1911) / Éditions Rivages 1989
« Foi n. Croyance sans preuve dans ce qui est affirmé par quelqu'un qui parle sans savoir, ou qui pense sans comparer. »
<p.107>

Paul VALÉRY / Tel Quel / OEuvres II / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1960
« Le débat religieux n'est plus entre religions, mais entre ceux qui croient que croire a une valeur quelconque, et les autres. »
<p.643>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« La bonne foi est une vertu essentiellement laïque, que remplace la foi tout court. »
<13 décembre 1927 p.864>

« La foi comporte un certain aveuglement où se complaît l'âme croyante ; quand elle échappe aux entraves de la raison, il lui semble qu'elle bat son plein. Elle n'est que dévergondée. »
<7 avril 1929 p.919>

André GIDE / Journal 1939-1949 Souvenirs / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1954
« La Foi soulève des montagnes ; oui : des montagnes d'absurdités. Je n'oppose pas à la Foi le doute ; mais l'affirmation : ce qui ne saurait être n'est pas. »
<1947 p.309>

Gustave LE BON / Aphorismes du temps présent (1913) / Paris, Les amis de G. Le Bon 1978 [BnF]
« Ne pas croire les choses possibles, c'est les rendre impossibles. Une des forces de la foi est d'ignorer l'impossible. »
<p.219>

Philippe BOUVARD / Maximes au minimum / Robert Laffont 1984
« Et si la foi n'était qu'une forme très particulière de l'aliénation mentale ?  »
<p.55>

« On appelle "mauvaise foi" les convictions d'autrui qu'on ne partage pas... »
<p.56>

Georges ELGOZY / Le Contradictionnaire ou l'esprit des mots / Denoël 1967
« La bonne foi, c'est celle de nos amis ; la mauvaise, celle de nos ennemis.
Ne dites pas le contraire : vous seriez de mauvaise foi, vous aussi. »
<p.131>

Paul MASSON / Pensées d'un Yoghi / Paris, L.Vanier 1896 [BnF]
« Je ne sais pourquoi la foi du charbonnier me paraît toujours un peu intéressée. N'aura-t-il pas à alimenter les feux éternels ? »
<105 - p.26>

André FROSSARD / Les Pensées / Le cherche midi éditeur 1994
« Il semble que la foi du charbonnier soit un peu moins vive depuis la découverte du pétrole. »
<p.124>

« Qu'est-ce que la foi ?... Ce qui permet à l'intelligence de vivre au-dessus de ses moyens. »
<p.126>

« D'après certains savants travaux, la montagne des Dix commandements ne se trouverait plus sur le Sinaï : ce n'est plus la foi, c'est le doute, maintenant, qui déplace les montagnes. »
<p.128>

« Il devrait être entendu une fois pour toutes parmi les fidèles que toutes les reliques sont authentiques, qu'il suffit en tout cas qu'on ait prié devant elles pour qu'elles le deviennent. »
<p.132>

Frédéric DARD / Les pensées de San-Antonio / Le cherche midi éditeur 1996
« La foi, c'est prier un doute pour qu'il protège des réalités. »
<p.185>

Jean-François REVEL / Mémoires / Plon 1997
« La bonne foi n'étant pas la vertu la plus répandue chez l'homme, c'est fréquemment à propos de l'accessoire que l'on vous fait un procès, pour mieux éluder l'essentiel. »
<p.248>

MIRACLE

Michel de MONTAIGNE / Essais / Garnier 1962

« Il est vray semblable que le principal credit des miracles, des visions, des enchantemens et de tels effects extraordinaires, vienne de la puissance de l'imagination agissant principalement contre les ames du vulgaire, plus molles. On leur a si fort saisi la creance qu'ils pensent voir ce qu'ils ne voyent pas. »
<t.1 p.102 livre I chap.XXI>

VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique / Garnier 1967.
Impossibilité des miracles :
« Pourquoi Dieu ferait-il un miracle ? Pour venir à bout d'un certain dessein sur quelques êtres vivants ! Il dirait donc : "Je n'ai pu parvenir par la fabrique de l'univers, par mes décrets divins, par mes lois éternelles, à remplir un certain dessein ; je vais changer mes éternelles idées, mes lois immuables, pour tâcher d'exécuter ce que je n'ai pu faire par elles." Ce serait un aveu de sa faiblesse, et non de sa puissance. Ce serait, ce semble, dans lui la plus inconcevable contradiction. »
<p.315>

« Nommez-moi un peuple chez lequel il ne soit pas opéré des prodiges incroyables, surtout dans des temps où l'on savait à peine lire et écrire. »
<p.316>

« Ceux qui fortifient leurs raisonnements par la science vous diront que les Pères de l'Église ont avoué souvent eux-mêmes qu'il ne se faisait plus de miracles de leur temps. Saint Chrysostome dit expressément : "Les dons extraordinaires de l'esprit étaient donnés même aux indignes, parce que l'Église avait besoin de miracles ; mais aujourd'hui ils ne sont pas même donnés aux dignes, parce que l'Église n'en a plus besoin." Ensuite il avoue qu'il n'y a plus personne qui ressuscite les morts, ni même qui guérisse les malades. »
<p.318>

« Un gouvernement théocratique ne peut être fondé que sur des miracles ; tout doit y être divin. Le grand souverain ne parle aux hommes que par des prodiges ; ce sont là ses ministres et ses lettres patentes. »
<p.581>

Lorédan LARCHEY / L'Esprit de tout le monde - Joueurs de mots (1891) / Berger-Levrault 1892
« Mme DU DEFFANT
- Nierez-vous, Madame, lui disait le cardinal de Polignac, que saint Denis décapité ait porté sa tête entre les mains pendant une lieue ?
- Que me fait une lieue, dit-elle ! Il n'y a que le premier pas qui coûte. »
<p.196>

Denis DIDEROT / Pensées philosophiques / OEuvres / t.I Philosophie / Robert Laffont - Bouquins 1994
« Tous les peuples ont de ces faits, à qui, pour être merveilleux il ne manque que d'être vrais ; avec lesquels on démontre tout, mais qu'on ne prouve point ; qu'on n'ose nier sans être impie, et qu'on ne peut croire sans être imbécile. »
<48 p.34>

Alexandra DAVID-NÉEL / Mystiques et magiciens du Tibet / Plon 1929 Pocket 1921
« Un jour, le Bouddha voyageant avec quelques-uns de ses disciples rencontra un yoguin émacié, seul, dans une hutte au milieu de la forêt.
Le Maître s'arrêta et s'enquit du temps pendant lequel l'ascète avait vécu à cet endroit pratiquant des austérités. "Vingt-cinq années, répondit le yoguin. - Et quel résultat avez-vous obtenu après de si durs efforts, demanda encore le Bouddha. - Je suis capable de traverser une rivière en marchant sur l'eau, déclara fièrement l'anachorète. - Ah ! mon pauvre ami ! répliqua le Sage avec commisération. Avez-vous vraiment gaspillé tant de temps pour cela, alors qu'il suffit d'une obole pour être transporté dans le bac du passeur !" »
<p.223>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« "Ce qu'il y a de plus extraordinaire peut-être dans le besoin de l'extraordinaire, c'est que c'est, de tous les besoins de l'esprit, celui qu'on a le moins de peine à contenter." (Nodier. Ossianisme.-Examen critique des Dictionnaires.) »
<p.143>

Michel AUDIARD / Audiard par Audiard / Ed. René Chateau 1995
« De 1858 à 1972, guérisons miraculeuses à Lourdes reconnues par les autorités médicales : trente-quatre. Guérisons miraculeuses constatées par les autorités religieuses : soixante-douze.
Accidents mortels de circulation sur la route du pèlerinage : quatre mille deux cent soixante-douze. »
<Vive la France, p.108>

DIEU

Saint AUGUSTIN / Les Confessions / OEuvres I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1998
« Voici ma réponse à l'objection : "Que faisait Dieu, avant de créer le ciel et la terre ?"
Je ne veux pas faire cette réponse badine qui fut proposée un jour, dit-on, pour éluder cette redoutable question : "Dieu préparait l'enfer pour les curieux" ; plaisanter est une chose, réfléchir en est une autre. »
<Livre XI, xii, 14 p.1038>

François RABELAIS / Le Tiers Livre / OEuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1955
« En ceste façon nostre âme, lorsque le corps dort et que la concoction [= digestion] est de tous endroictz parachevée, rien plus n'y estant nécessaire jusques au réveil, s'esbat et reveoit sa patrie, qui est le ciel.
De là receoit participation insigne de sa prime et divine origine, et en contemplation de ceste infinie et intellectuale sphære, le centre de laquelle est en chascun lieu de l'univers, la circunférence poinct (c'est Dieu scelon la doctrine de Hermès Trismegistus) à laquelle rien ne advient, rien ne passe, rien ne déchet, tous temps sont præsens, note non seulement les choses passées mouvemens inférieurs, mais aussi les futures, et, les raportent à son corps, et par les sens et organes d'icelluy les exposant aux amis, est dicte vaticinatrice et prophète. »
<Chapitre XIII, p.371>

Blaise PASCAL / Pensées / OEuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1954
« Que l'homme contemple [...] la nature entière dans sa haute et pleine majesté ; qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers ; que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit, et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part*. »
<Premère partie, chapitre I, Disproportion de l'homme. p.1105>

* Contrairement aux (mauvaises) citations qu'on lit parfois, pour Pascal, ce n'est pas Dieu, mais la nature qui est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Le texte de la Pléiade est identique à celui de l'édition de 1670 (Chapitre XXII Connaissance générale de l'homme, p.170).

DESCARTES / Discours de la méthode / OEuvres philosophiques Tome I / Garnier 1963

Argument ontologique :
« Car, par exemple, je voyais bien que, supposant un triangle, il fallait que ses trois angles fussent égaux à deux droits ; mais je ne voyais rien pour cela qui m'assurât qu'il y eut au monde aucun triangle. Au lieu que, revenant à examiner l'idée que j'avais d'un Être parfait, je trouvais que l'existence y était comprise, en même façon qu'il est compris en celle d'un triangle que ses trois angles sont égaux à deux droits, ou en celle d'une sphère que toutes ses parties sont également distantes de son centre, ou même encore plus évidemment ; et que par conséquent, il est pour le moins certain, que Dieu, qui est cet Être parfait, est ou existe, qu'aucune démonstration de géométrie le saurait être. »
<Quatrième partie p.608>

Umberto ECO / Kant et l'ornithorynque / LdP 15026 Grasset & Fasquelle 1999
« De toutes les réfutations de l'argument ontologique, la plus vigoureuse semble exprimée par la simple question : "Mais qui a jamais dit que l'existence était une perfection ?" Une fois admis que la pureté absolue consiste dans le Non-être, la plus grande perfection de Dieu serait alors de ne pas exister. Le fait de le penser (ou de pouvoir le penser) comme existant serait l'effet de notre étroitesse d'esprit, capable en lui attribuant l'existence de salir ce qui a le droit suprême et la chance inimaginable de ne pas être. »
<Sur l'être, p.29>

Jean de LA BRUYÈRE / Les Caractères / OEuvres / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« L'impossibilité où je suis de prouver que Dieu n'est pas me découvre son existence. »
<p.452 XVII (13)>

« La religion est vraie, ou elle est fausse : si elle n'est qu'une vaine fiction, voilà, si l'on veut, soixante années perdues pour l'homme de bien, pour le chartreux ou le solitaire : ils ne courent pas un autre risque. Mais si elle est fondée sur la vérité même, c'est alors un épouvantable malheur pour l'homme vicieux : l'idée seule des maux qu'il se prépare me trouble l'imagination ; la pensée est trop faible pour les concevoir, et les paroles trop vaines pour les exprimer. Certes, en supposant même dans le monde moins de certitude qu'il ne s'en trouve en effet sur la vérité de la religion, il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu. »
<p.461 XVII (35)>

MONTESQUIEU / Spicilège / OEuvres complètes II / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« Mystère de la Grâce. On voit dans la même chaire Dieu tendre la main au pécheur le plus endurci et réprouver le juste pour quelques fautes. »
<p.1307>

VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique / Garnier 1967.
Nécessité pratique de l'existence de Dieu :
« Je ne voudrais pas avoir affaire à un prince athée, qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier : je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souverain, avoir affaire à des courtisans athées, dont l'intérêt serait de m'empoisonner : il me faudrait prendre au hasard du contre-poison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples, que l'idée d'un Etre suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits. »
<p.43 article Athée, Athéisme>

« Le grand objet, le grand intérêt, ce me semble, n'est pas d'argumenter en métaphysique, mais de peser s'il faut, pour le bien commun de nous autres animaux misérables et pensants, admettre un Dieu rémunérateur et vengeur, qui nous serve à la fois de frein et de consolation, ou de rejeter cette idée en nous abandonnant à nos calamités sans espérances, et à nos crimes sans remords. »
<p.518>

Insuffisance de la justice humaine :
« Dès que les hommes vécurent en société, ils durent s'apercevoir que plusieurs coupables échappaient à la sévérité des lois. Ils punissaient les crimes publics : il fallut établir un frein pour les crimes secrets ; la religion seule pouvait être ce frein. »
<p.178>

Le supérieur ne peut provenir de l'inférieur :
« Nous sommes des êtres intelligents ; or des êtres intelligents ne peuvent avoir été formés par un être brut, aveugle, insensible : il y a certainement quelques différences entre les idées de Newton et des crottes de mulet. L'intelligence de Newton venait donc d'une autre intelligence. »
<p.459-460>

Argument d'intention : Toute machine a un constructeur :
« Quand nous voyons une belle machine, nous disons qu'il y a un bon machiniste, et que, ce machiniste a un excellent entendement. Le monde est assurément une machine admirable : donc il y a dans le monde une admirable intelligence, quelque part où elle soit. Cet argument est vieux et n'en est pas plus mauvais. »
<p.460>

Argument d'autorité :
« ... Spinosa lui-même admet cette intelligence, c'est la base de son système. Vous ne l'avez pas lu et il faut le lire. Pourquoi voulez-vous aller plus loin que lui, et plonger par un sot orgueil votre faible raison dans un abîme où Spinosa n'a pas osé descendre ? »
<p.461>

Sur les idolâtres :
« L'erreur n'était pas d'adorer un morceau de bois ou de marbre, mais d'adorer une fausse divinité représentée par ce bois et ce marbre. La différence entre eux et nous n'est pas qu'ils eussent des images et que nous n'en ayons point : la différence est que leurs images figuraient des êtres fantastiques dans une religion fausse, et que la nôtre figurent des êtres réels dans une religion véritable. »
<p.238>

VOLTAIRE / OEuvres de Voltaire (tome 13) / Paris, Firmin-Didot 1833 [BnF]
«      Si les cieux, dépouillés de son empreinte auguste,
     Pouvaient cesser jamais de le manifester,
     Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. »
<Épitre CXI, À l'auteur du livre des trois imposteurs, p.265>

Denis DIDEROT / Pensées philosophiques / OEuvres / t.I Philosophie / Robert Laffont - Bouquins 1994
« Il y a des gens dont il ne faut pas dire qu'ils craignent Dieu, mais bien qu'ils en ont peur. »
<8 p.20>

« Le Dieu des chrétiens est un père qui fait grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants. »
<16 p.42>

CHAMFORT / Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes / Garnier-Flammarion 1968
« À propos des choses de ce bas monde, qui vont de mal en pis, M... disait : "J'ai lu quelque part, qu'en politique il n'y avait rien de si malheureux pour les peuples que les règnes trop longs. J'entends dire que Dieu est éternel ; tout est dit." »
<769 p.223>

Louis-Ambroise de BONALD / OEuvres complètes t.3 / Paris, J-P Migne 1859
« Les gens qui aiment la dispute devraient ne disputer que sur ce qu'ils ne peuvent jamais éclaircir ; alors la dispute serait intéressante, parce qu'elle serait interminable. Mais disputer sur l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, la vie future, etc., ce n'est pas la peine. Il n'y a qu'à attendre. »
<Pensées, p.1383>

Victor HUGO / Choses vues / Histoire / OEuvres complètes / Robert Laffont - Bouquins 1987
« M. Arago avait une anecdote favorite. Quand Laplace eut publié sa Mécanique céleste, disait-il, l'empereur le fit venir. L'empereur était furieux. " - Comment, s'écria-t-il en apercevant Laplace, vous fait tout le système du monde, vous donnez les lois de toute la création et dans tout votre livre vous ne parlez pas une seule fois de l'existence de Dieu ! - Sire, répondit Laplace, je n'avais pas besoin de cette hypothèse." »
<p.686>

Edmond et Jules de GONCOURT / Journal (t.1) / Robert Laffont - Bouquins 1989
« Il y a des gens qui admirent Dieu en tout : s'il a fait des champignons vénéneux, c'est pour être la providence des faits divers. »
<16 août 1865 p.1185>

Le Comte de LAUTRÉAMONT / Les chants de Maldoror (1869) / GF 528 - Flammarion 1990
« L'Éternel a créé le monde tel qu'il est : il montrerait beaucoup de sagesse si, pendant le temps strictement nécessaire pour briser d'un coup de marteau la tête d'une femme, il oubliait sa majesté sidérale, afin de nous révéler les mystères au milieu desquels notre existence étouffe, comme un poisson au fond d'une barque. »
<II 3 p.139>

Friedrich NIETZSCHE / Le Gai Savoir. (1882-1887) / OEuvres II / Robert Laffont - Bouquins 1990
« "Est-il vrai que le bon Dieu est présent partout ? demanda une petite fille à sa mère : mais je trouve cela inconvenant." - Une indication pour les philosophes ! »
<p.32>

« Luttes nouvelles. - Après la mort de Bouddha, l'on montra encore pendant des siècles son ombre dans une caverne, - une ombre énorme et épouvantable. Dieu est mort : mais, à la façon dont sont faits les hommes, il y aura peut-être encore pendant des milliers d'années des cavernes où l'on montrera son ombre. - Et nous - il nous faut encore vaincre son ombre ! »
<108 p.121>

« Si Dieu avait voulu devenir un objet d'amour, il aurait dû commencer par renoncer à rendre la justice : - un juge, et même un juge clément, n'est pas un objet d'amour. »
<140 p.138>

Michel ONFRAY / Traité d'athéologie / Grasset & Fasquelle 2005
«  Dieu respire encore. Dieu est mort ? Cela reste à voir... Pareille bonne nouvelle aurait produit des effets solaires dont on attend toujours, et en vain, la moindre preuve. En lieu et place d'un champ fécond découvert par une pareille disparition on constate plutôt le nihilisme, le culte du rien, la passion pour le néant, le goût morbide du nocturne des fins de civilisations, la fascination pour les abîmes et les trous sans fond où l'on perd son âme, son corps, son identité, son être et tout intérêt à quoi que ce soit. Tableau sinistre, apocalypse déprimante... »
<p.37>

Aurélien SCHOLL / L'Esprit d'Aurélien Scholl / nrf Gallimard 1925

« Les preuves de l'existence de Dieu, par Guibollard :
- Voyons, si Dieu n'existait pas, comment aurait-il eu un fils ? »
<p.154>

Jean-Marie GOURIO / Brèves de comptoir (t.1) / Robert Laffont - Bouquins 2002

« Si Dieu meurt, c'est Jésus qui hérite de tout ! »
<p.317>

Charles BAUDELAIRE / Fusées / OEuvres complètes I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1975
« Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister. »
<p.649>

Lorédan LARCHEY / L'Esprit de tout le monde - Riposteurs (1893) / Berger-Levrault 1893
« Présenté par Arsène Houssaye à Louis Veuillot, Baudelaire dit à brûle-pourpoint avec le ton incisif qui lui était particulier quand il voulait stupéfier :
- Je ne crois pas en Dieu.
- Oh ! qu'il en sera contrarié ! fait Veuillot d'un air dolent. »
<p.134>

« Entendant dire que Dieu avait fait l'homme à son image, Fontenelle murmura :
- L'homme le lui a bien rendu. »
<p.39>

Émile BERGERAT / Les soirées de Calibangrève / Flammarion 1892 [BnF cote 8-Z-13067]
« Dieu, pour se prouver, devait faire la faim plus rare et le meurtre moins facile. »
<Cinquante pensées noires, p.113>

Alphonse ALLAIS / OEuvres posthumes / Robert Laffont - Bouquins 1990
« Quand le bon Dieu, sortant enfin de son antique routine, se résolut à mettre un peu d'ordre dans le chaos, il s'occupa d'abord de séparer la Lumière des Ténèbres.
Les mémoires de l'époque sont assez chiches de détails sur la façon dont s'opéra cette division.
Les ecclésiastiques prétendent que le Créateur n'eut qu'à prononcer les mots Fiat lux et que la lumière fut ; mais pour tout homme un peu versé dans la pratique des sciences physiques, il est clair que les choses ne s'accomplirent pas aussi facilement.
Quoi qu'il en soit, l'opération laissa fort à désirer.
La science actuelle, qui a déjà construit des appareils photographiques infiniment plus parfaits que l'oeil humain, est en train de reconnaître le peu de conscience ou tout au moins l'étrange ignorance dont Dieu fit preuve en cette occasion.
Dieu, à qui nous reconnaissons, d'ailleurs, une foule d'autres mérites, a agi, dans tout cela, comme un enfant. »
<Le Journal, 28 février 1896 p.301>

Jules RENARD / Journal / Robert Laffont - Bouquins 1990
« Dieu, celui que tout le monde connaît, de nom. »
<14 avril 1894 p.171>

« Je croirai à tout ce qu'on voudra, mais la justice de ce monde ne me donne pas une rassurante idée de la justice dans l'autre. Dieu, je le crains, fera encore des bêtises : il accueillera les méchants au Paradis et foutra les bons dans l'Enfer.
Un chat qui dort vingt heures sur vingt-quatre, c'est peut-être ce que Dieu a fait de plus réussi.
Oui, Dieu existe, mais il n'y entend rien, pas plus que nous.
Ah ! il l'a, lui, le divin sourire !
C'est à nous de réparer ses injustices ! Nous sommes plus que des dieux.
J'ignore s'il existe, mais il vaudrait mieux, pour son honneur, qu'il n'existât point. »
<26 janvier 1906 p.812>

« Dieu, modeste, n'ose pas se vanter d'avoir créé le monde. »
<3 septembre 1906 p.845>

« Très attaqué, Dieu se défend par le mépris, en ne répondant pas. »
<28 janvier 1908 p.913>

Paul-Jean TOULET / Monsieur du Paur homme public / OEuvres complètes / Robert Laffont - Bouquins 1986
« On raconte que Dieu a créé l'homme à son image. Il nous a donné là une faible idée de ses charmes. Toutes fois que je rencontre N... qui est bas de ventre, court-jambé, avec une tête piriforme et des aubergines pour mains, j'ai envie de lui dire : Est-ce que vous n'avez pas honte de représenter la divinité de cette façon-là ? »
< §a p.262>

Paul-Jean TOULET / Le carnet de monsieur du Paur / OEuvres complètes / Robert Laffont - Bouquins 1986

« C'est encore adorer ses Dieux que de leur jeter des pierres. »
<p.288>

Alfred JARRY / La chandelle verte / OEuvres / Bouquins, Robert Laffont 2004
« La machine remplace fort bien Dieu. Elle est en progrès sur Dieu pour cette raison, que l'homme l'a construite non à son image, mais d'une puissance inattendue. »
<15 juin 1903, p.1019>

Antoine de SAINT-EXUPÉRY / Carnets / folio Gallimard 1999
« Que m'importe que Dieu n'existe pas ! Dieu donne à l'homme de la divinité. »
<p.106>

Albert EINSTEIN / Pensées intimes / Éditions du Rocher 2000
« Je ne crois pas en un Dieu personnel et je ne l'ai jamais caché. Bien au contraire, je l'ai exprimé clairement. S'il y a quelque chose en moi qui peut être qualifié de religieux, c'est l'admiration sans limites pour la structure du monde, pour autant que la science soit en mesure de la révéler. »
<Lettre à un admirateur, 22 mars 1954, Archives Einstein 39-525. p.144>

Dieu ne joue pas aux dés.
« La mécanique des quanta est tout à fait digne de considération. Mais une voix intérieure me dit que ce n'est pas le vrai Jacob. La théorie a beaucoup à offrir, mais elle ne nous rapproche guère des secrets de l'Ancien. En tout cas, je suis convaincu qu'Il ne joue pas aux dés. »
<Lettre à Max Born, 4 décembre 1926, Archives Einstein 8-180.p.153>

André GIDE / Journal 1939-1949 Souvenirs / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1954
« Il est bon de laisser croire à l'enfant que Dieu le voit, car il doit agir comme sous le regard de Dieu et faire de cela sa conscience. »
<10 avril 1942 p.114>

Paul VALÉRY / Mélange (1939) / OEuvres I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1957
« L'homme vaut-il la peine de déranger un Dieu pour le "créer" ? »
<p.314>

Paul VALÉRY / Mauvaises pensées et autres / OEuvres II / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1960
« EX NIHILO : Dieu a tout fait de rien. Mais le rien perce. »
<p.907>

Paul LÉAUTAUD / Journal littéraire / Mercure de France 1986
« Je me disais en descendant qu'il n'est décidément pas drôle d'être né à cette époque, bien que toutes aient dû se valoir et avoir leurs événements embêtants. Etre né Adam, par exemple, Adam avec Eve. Il est vrai qu'ils devaient être assommés par le Seigneur, avec ses observations à chaque instant : "Vous abîmez le jardin. Marchez dans les allées. Faites attention aux fleurs, etc., etc." Pas moyen d'être tranquilles. »
<6 août 1936 II p.1677>

Woody ALLEN / Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture. Opus 2. / Solar 1973
« Non seulement Dieu n'existe pas, mais essayez d'avoir un plombier pendant le week-end ! »
<p.43>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« Je ne puis me satisfaire du nihilisme absolu de Roger Martin du Gard. Je ne m'en écarte pas, ne le repousse pas, mais prétends passer outre, le traverser. C'est par-delà, que je veux reconstruire. Il me parait monstrueux que l'homme ait besoin de l'idée de Dieu pour se sentir d'aplomb sur terre ; qu'il soit forcé de consentir à des absurdités pour édifier quoi que ce soit de solide ; qu'il se reconnaisse incapable d'exiger de lui-même ce qu'obtenaient artificiellement de lui des convictions religieuses, de sorte qu'il laisse aller tout à néant sitôt qu'on dépeuple son ciel. »
<20 octobre 1927 p.854>

Raymond QUENEAU / Journaux (1914-1965) / nrf Gallimard 1996
« L'infini n'existe pas. L'univers est fini quoique illimité. Il n'y a pas de place pour Dieu. »
<18 mai 1920 p.65>

François JACOB / Le jeu des possibles / Fayard 1981
Contre l'argument d'intention :
« Tout au long de l'Origine des espèces, Darwin insiste sur les imperfections de structure et de fonction du monde vivant. Il ne cesse de souligner les bizarreries, les solutions étranges qu'un Dieu raisonnable n'aurait jamais utilisées. Et l'un des meilleurs arguments contre la perfection vient de l'extinction des espèces. On peut estimer à plusieurs millions le nombre des espèces animales vivant actuellement. Mais le nombre des espèces qui ont disparu après avoir peuplé la terre à une époque ou une autre doit, d'après un calcul de G.G. Simpson, s'élever à quelques cinq cents millions au moins. »
<p.70>

Philippe BOUVARD / Maximes au minimum / Robert Laffont 1984
« Si Dieu nous avait vraiment fait à son image, il y aurait moins de chirurgiens esthétiques. »
<p.37>

Roland TOPOR / Pense-bêtes / Le cherche midi éditeur 1992
« Dieu voit tout, entend tout, confond tout. »
<p.65>

François CAVANNA / Lettre ouverte aux culs-bénits / Albin Michel 1994
« Que Dieu existe ou non n'a aucune importance. Il ne s'ensuit aucune influence sur notre conduite.
Dieu, par définition, est inconnaissable. Sa nature et, à plus forte raison, ses desseins, ne nous sont pas accessibles. Si vraiment il existe et nous a voulus tels que nous sommes, c'est-à-dire incapables de le concevoir tout en étant torturés par la question de son existence et par celle de nos fins dernières, laissons-lui le soin de gérer tout cela. Il l'a créé ? Qu'il s'en démerde ! »
<p.14>

« Si vraiment ce monde où nous sommes a été créé, créé par quelqu'un qu'il est convenu d'appeler Dieu, alors tout se passe comme si ce personnage doué du pouvoir de créer (par définition) était un arriéré mental incohérent et brouillon, un impulsif à tendances sadiques, un caractériel infantile... En somme, un enfant dieu débile et dangereux qu'on aurait isolé dans un coin lointain d'univers pour qu'il fiche la paix au monde en faisant joujou sur son tas de sable à arracher les pattes des mouches. Les mouches, c'est nous. »
<p.135>

José ARTUR / Les Pensées / Le cherche midi éditeur 1993
« Dieu ne recevra jamais le prix Nobel de la paix. »
<p.23>

«  "Mon Dieu, soyez humain" est l'invocation la plus bête du monde. »
<p.39>

COLUCHE / Pensées et anecdotes / Le cherche midi éditeur 1995
« Dieu a créé l'homme à son image, et la gonzesse à l'idée qu'il s'en faisait, ça peut paraître dégueulasse, mais ça partait d'un bon sentiment. »
<p.154>

Emil CIORAN / Des larmes et des saints (1937) / OEuvres / Quarto Gallimard 1995
« Il m'arrive d'éprouver une sorte de stupeur à l'idée qu'il ait pu exister des "fous de Dieu", qui lui ont tout sacrifié, à commencer par leur raison. Souvent il me semble entrevoir comment on peut se détruire pour lui dans un élan morbide, dans une désagrégation de l'âme et du corps. D'où l'aspiration immatérielle à la mort. Il y a quelque chose de pourri dans l'idée de Dieu ! »
<p.311>

Emil CIORAN / De l'inconvénient d'être né (1973) / OEuvres / Quarto Gallimard 1995
« Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante. »
<p.1340>

Gustave LE BON / Aphorismes du temps présent (1913) / Paris, Les amis de G. Le Bon 1978 [BnF]
« Il ne faut pas croire à la multiplicité des dieux. Sous des noms divers, les hommes de tous les âges n'ont guère adoré qu'une divinité : l'Espérance. »
<p.207>

Philippe BOUVARD / Journal 1992-1996 / Le cherche midi éditeur 1997
« Qu'adviendra-t-il de l'humanité si, dans un siècle ou dans un millénaire, l'homme s'avisait avec certitude que Dieu n'existe pas ? Les religions - et les guerres qu'elles ont suscitées - deviendraient sans objet, la moitié de la littérature n'aurait plus aucun sens, des centaines de partitions seraient privées de leur substance, des milliers de tableaux deviendraient ridicules, les trois quarts de la morale s'écrouleraient tandis que des dizaines de milliers de professionnels de la génuflexion se retrouveraient à la rue. On conserverait la foi pour moins que cela. »
<p.88>

« Si Dieu n'existe pas, je plains ceux qui, pour conquérir là-haut un paradis hypothétique, ont transformé ici-bas leur vie en un enfer de contraintes et de renoncements. »
<p.116>

« Si l'homme est vraiment ce que le créateur a fait de mieux, ça ne vaut pas la peine de s'agenouiller devant lui. »
<p.122>

Pierre PERRET / Les pensées / Le cherche midi éditeur 1997
« Trouvez-moi un seul curé pressé d'aller au paradis ! »
<p.147>

François NOURISSIER / À défaut de génie / nrf Gallimard 2000
« La rhétorique de la foi, la majuscule mise à Dieu et même à Ses pronoms personnels, la déférence qui entoure, où qu'on regarde, les zélateurs du sentiment religieux, tout ce battage métaphysique me paraît appartenir, mystérieusement, au même ordre que la convention qui confère leur valeur vénale à l'or, au diamant, au saphir, à l'émeraude. Cailloux ! Simples conventions, mises au point en leur temps par des négociants, par commodité, et qu'on s'étonne de voir encore respectées. »
<p.102>

Robert JOLY / Dieu vous interpelle ? Moi, il m'évite... / Editions EPO 2000
« "Expliquer" l'univers par un Créateur n'est en aucune façon une explication. Nous connaissons l'univers, au moins en partie, et déjà pas mal, et de plus en plus. Un Dieu créateur est lui, totalement inconnu et inexplicable. On n'explique pas le peu (admettons) connu par l'inconnaissable. Cela ne revient qu'à multiplier l'obscurité, obscurum per obscurius. »
<p.30>

Jean YANNE / Je suis un être exquis / Le cherche midi éditeur 2001
« - Vous avez lu l'Ancien Testament ?
- Non. Qui a hérité ? »
<p.47>

Jean L'ANSELME / Pensées et Proverbes de Maxime Dicton / Rougerie 1991
« Il en est de Dieu comme du Père Noël, on a tout à gagner à y croire en oubliant d'être adulte le plus longtemps possible. »
<p.82>

ENFER

Georg Christoph LICHTENBERG / Le miroir de l'âme / Domaine romantique José Corti 1997
« Monsieur de Camper racontait qu'un missionnaire peignit l'enfer de si ardente façon à une communauté de Groenlandais, et tant parla de sa chaleur, que ceux-ci commencèrent d'éprouver le désir d'y aller. »
<G 11 p.339>

CHAMFORT / Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes / Garnier-Flammarion 1968

« La Fontaine, entendant plaindre le sort des damnés au milieu du feu de l'Enfer, dit : "Je me flatte qu'ils s'y accoutument, et qu'à la fin, ils sont là comme le poisson dans l'eau." »
<780 p.226>

Paul MASSON / Pensées d'un Yoghi / Paris, L.Vanier 1896 [BnF]
« Les gens bien doués sont condamnés d'avance à brûler plus longtemps que les autres dans le Purgatoire, étant plus riches en phosphore. »
<72 - p.18>

CONFESSION

SÉNÈQUE / Lettres à Lucilius / Robert Laffont - Bouquins 1993
« Pourquoi nul ne confesse-t-il ses vices ? C'est qu'on est encore engagé sous leur empire. Conter son rêve, c'est être revenu à l'état de veille. S'avouer ses vices est un signe de santé. »
<VI Lettre 53-8 p.723>

VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique / Garnier 1967.
« Louis XI, la Brinvilliers se confessaient dès qu'ils avaient commis un grand crime, et se confessaient souvent, comme les gourmands prennent médecine pour avoir plus d'appétit. »
<p.147-148>

Friedrich NIETZSCHE / Humain, trop humain. (1878-1879) / OEuvres I / Robert Laffont - Bouquins 1990
« Confession. - On oublie sa faute quand on l'a confessée à un autre, mais d'ordinaire l'autre ne l'oublie pas. »
<568 p.670>

Pierre VÉRON / L'Esprit de Pierre Véron / nrf Gallimard 1927
« Péché : - Avoué, il est à moitié pardonné ; oui, mais caché, il est pardonné tout à fait. »
<Le Carnaval du Dictionnaire. p.156>

Carl Gustav JUNG / Ma vie - Souvenirs, rêves et pensées / folio 2291 Gallimard 1973
« Tout thérapeute devrait avoir une possibilité de contrôle auprès d'un tiers, pour que lui soit administré ainsi un autre point de vue. Le pape lui-même a un confesseur. Je conseille toujours aux analystes : "Ayez un confesseur, homme ou femme !" Car les femmes sont très douées pour ce rôle. Elles ont une intuition souvent excellente, une critique pertinente et peuvent percer à jour le jeu des hommes, parfois aussi les intrigues de leur anima. Elles découvrent des aspects que l'homme ne voit pas. C'est pourquoi jamais encore une femme n'a été convaincue que son mari était un surhomme ! »
<p.160>

Philippe BOUVARD / Maximes au minimum / Robert Laffont 1984
«  Le fait qu'on se confesse de plus en plus à la radio et de moins en moins dans les églises semble indiquer que la publicité est plus précieuse que le pardon... »
<p.32>

Emil CIORAN / Carnets 1957-1972 / nrf Gallimard 1997
« La confession la plus vraie est celle que nous faisons indirectement, en parlant des autres. »
<p.122>

André COMTE-SPONVILLE / L'amour la solitude / Ed. Paroles d'Aube 1996
« On m'a rapporté qu'un jour Malraux interrogea un vieux prêtre, pour savoir ce qu'il retenait de toute une vie de confesseur, quelle leçon il tirait de cette longue familiarité avec le secret des âmes... Le vieux prêtre lui répondit : "Je vous dirai deux choses : la première, c'est que les gens sont beaucoup plus malheureux qu'on ne le croit ; la seconde, c'est qu'il n'y a pas de grandes personnes." C'est beau, non ? Le secret, c'est qu'il n'y a pas de secret. Nous sommes ces petits enfants égoïstes et malheureux, pleins de peur et de colère... »
<p.96>

MYTHE

Joseph JOUBERT / Carnets / nrf Gallimard 1938-1994
« Les enfants et les esprits faibles demandent si le conte est vrai. Les esprits sains examinent s'il est moral, s'il est naïf, s'il se fait croire. »
<9 septembre 1799 t.1 p.304>

« Qu'importe qu'un vieux récit contienne un événement fabuleux ou un événement réel, si la même autorité qui nous l'a fait adopter en l'inculquant dans notre esprit y implique une moralité qui contient des maximes vraies, utiles, nécessaires, indispensables ? »
<31 janvier 1800 t.1 p.329>

Alfred SAUVY / Mythologie de notre temps / Petite Bibliothèque Payot (191) 1971
« Après la guerre, a été créé le mythe réactionnaire et bêtifiant de la "Belle époque". Les jeunes ont été incités à croire que ce fut un temps de fêtes, autour de la place Pigalle.
Il n'était pas question des 100 000 vagabonds ou mendiants qui traînaient dans Paris, de la mortalité infantile 6 fois plus forte que l'actuelle, de la semaine de 60 heures, sans congés, sans sécurité sociale, non plus que du taudis et de l'expulsion avec saisie des meubles (sauf le lit, par mesure... d'humanité). »
<p.23>

« En matière de records, le chiffre rond paraît une barrière , une sorte de mur du son. "Le mur des 20 mètres sera-t-il franchi un jour, au poids ?", a-t-on dit longtemps, comme si ce nombre présentait une difficulté particulière. Jugement d'autant plus puéril que les Américains, seuls intéressés en ce temps, comptent en pieds. »
<p.32>

François JACOB / Le jeu des possibles / Fayard 1981
« C'est probablement une exigence de l'esprit humain d'avoir une représentation du monde qui soit unifiée et cohérente. Faute de quoi apparaissent anxiété et schizophrénie. Et il faut bien reconnaître qu'en matière d'unité et de cohérence, l'explication mythique l'emporte de loin sur la scientifique. Car la science ne vise pas d'emblée à une explication complète et définitive de l'univers. Elle n'opère que localement. Elle procède par une expérimentation détaillée sur des phénomènes qu'elle parvient à circonscrire et définir. Elle se contente de réponses partielles et provisoires. Qu'ils soient magiques, mythiques ou religieux, au contraire, les autres systèmes d'explication englobent tout. Ils s'appliquent à tous les domaines. Ils répondent à toutes les questions. Ils rendent compte de l'origine, du présent et même du devenir de l'Univers. On peut refuser le type d'explication offert par les mythes ou la magie. Mais on ne peut leur dénier unité et cohérence car, sans la moindre hésitation, ils répondent à toute question et résolvent toute difficulté par un simple et unique argument a priori. »
<p.26-27>

DESTIN

MACHIAVEL / Le Prince / Le livre de poche / Librairie Générale Française 1983
« Je n'ignore pas cette croyance fort répandue : les affaires de ce monde sont gouvernées par la fortune et par Dieu ; les hommes ne peuvent rien y changer, si grande soit leur sagesse ; il n'existe même aucune sorte de remède ; par conséquent il est tout à fait inutile de suer sang et eau à vouloir les corriger, et il vaut mieux s'abandonner au sort. Opinion qui a gagné du poids en notre temps, à cause des grands bouleversements auxquels on assiste chaque jour, et que nul n'aurait jamais pu prévoir. Si bien qu'en y réfléchissant moi-même, il m'arrive parfois de l'accepter. Cependant, comme notre libre arbitre ne peut disparaître, j'en viens à croire que la fortune est maîtresse de la moitié de nos actions, mais qu'elle nous abandonne à peu près l'autre moitié. »
<p.130>

VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique / Garnier 1967.
« Ou le monde subsiste par sa propre nature, par ses lois physiques, ou un Etre suprême l'a formé suivant ses lois suprêmes : dans l'un et l'autre cas, ces lois sont immuables ; dans l'un et l'autre cas, tout est nécessaire ; les corps graves tendent vers le centre de la terre, sans pouvoir tendre à se reposer en l'air. Les poiriers ne peuvent jamais donner d'ananas. L'instinct d'un épagneul ne peut être l'instinct d'une autruche. Tout est arrangé, engendré, limité. »
<p.164-165>

« Il est contradictoire que ce qui fut hier n'ait pas été, que ce qui est aujourd'hui ne soit pas ; il est aussi contradictoire que ce qui doit être puisse ne pas devoir être.
Si tu pouvais déranger la destinée d'une mouche, il n'y aurait nulle raison qui pût t'empêcher de faire le destin de toutes les autres mouches, de tous les autres animaux, de tous les hommes, de toute la nature ; tu te trouverais au bout du compte plus puissant que Dieu. »
<p.165>

Sur le raisonnement paresseux :
« Il y a des gens qui vous disent : "Ne croyez pas au fatalisme ; car alors tout vous paraissant inévitable, vous ne travaillerez à rien, vous croupirez dans l'indifférence, vous n'aimerez ni les richesses, ni les honneurs, ni les louanges ; vous ne voudrez rien acquérir, vous vous croirez sans mérite comme sans pouvoir ; aucun talent ne sera cultivé, tout périra par l'apathie."
Ne craignez rien, messieurs, nous aurons toujours des passions et des préjugés, puisque c'est notre destinée d'être soumis aux préjugés et aux passions ; nous saurons bien qu'il ne dépend pas plus de nous d'avoir beaucoup de mérite et de grands talents que d'avoir les cheveux bien plantés et la main belle ; nous serons convaincus qu'il ne faut tirer vanité de rien, et cependant nous aurons toujours de la vanité. »
<p.166-167>

Joseph JOUBERT / Carnets / nrf Gallimard 1938-1994
« Il faut être caillou dans le torrent, garder ses veines et rouler sans être dissous (ni dissolu). »
<25 avril 1812 t.2 p.345>

Victor HUGO / Faits et croyances / Océan / OEuvres complètes / Robert Laffont - Bouquins 1989
« De certaines destinées ont deux noms. Le premier est comme la préface de l'autre. On est Poquelin avant d'être Molière, Arouet avant d'être Voltaire, et Bonaparte avant d'être Napoléon. Cela tient à ce que ces hommes ont deux aspects, valet de chambre et génie, courtisan et roi, soldat républicain et empereur. »
<1860 p.227>

Friedrich NIETZSCHE / Humain, trop humain. (1878-1879) / OEuvres I / Robert Laffont - Bouquins 1990
« La prétention, ultime consolation. - Si l'on s'arrange pour voir dans un insuccès, dans son insuffisance intellectuelle ou sa maladie le sort auquel on était prédestiné, l'épreuve que l'on doit subir, ou le châtiment mystérieux d'une faute antérieure, on se rend par là son propre être plus intéressant et l'on s'élève par la pensée au-dessus de ses semblables. Le pécheur orgueilleux est une figure connue dans toutes les sectes religieuses. »
<590 p.674>

« Le fataliste. - Il faut que tu croies à la fatalité - la science peut t'y forcer. Ce qui naîtra alors de cette croyance - la lâcheté et la résignation ou la grandeur et la droiture - témoignera du terrain où cette semence fut jetée ; mais non point de la semence elle-même, car d'elle toutes choses peuvent sortir. »
<363 p.817>

Jerome K. JEROME / Arrière-pensées d'un paresseux (1898) / Arléa 1998
« Dans ma jeunesse, la question qui me préoccupait au premier chef était la suivante : "Quel genre d'homme vais-je décider d'être ?" À dix-neuf ans, c'est une question que l'on se pose. À trente-neuf, on dit : "Si seulement le destin n'avait pas fait de moi l'homme que je suis." »
<p.15>

Ambrose BIERCE / Le Dictionnaire du Diable (1911) / Éditions Rivages 1989
« Destinée n. Justification du Tyran pour ses crimes, excuse de l'imbécile pour ses échecs. »
<p.73>

Léon DAUDET / Le stupide XIXe siècle (1922) / Souvenirs et polémiques / Robert Laffont - Bouquins 1992
« Ce qu'on appelle la destinée physiologique n'est souvent qu'une mauvaise hygiène. Ce qu'on appelle la destinée psychologique n'est souvent qu'une mauvaise éducation. Ce qu'on appelle la fatalité n'est le plus souvent qu'incurie politique et légèreté. S'il est une leçon que l'âge apporte à celui qui lit et réfléchit, c'est que les possibilités de l'homme, dans le bien, sont infinies ; alors que ses possibilités dans le vice et dans le mal sont assez courtes ; c'est que sa responsabilité est entière et reste entière. »
<p.1198>

ALAIN / 81 chapitres sur l'esprit et les passions / Les Passions et la Sagesse / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1960
« Le fatalisme est une disposition à croire que tout ce qui arrivera dans le monde est écrit ou prédit, de façon que, quand nous le saurions, nos efforts ne feraient pas manquer la prédiction, mais au contraire, par détour imprévu, la réaliseraient. Cette doctrine est souvent présentée théologiquement, l'avenir ne pouvant pas être caché à un Dieu très clairvoyant ; il est vrai que cette belle conclusion enchaîne Dieu aussitôt ; sa puissance réclame contre la prévoyance. Mais nous avons jugé ces jeux de paroles. Bien loin qu'ils fondent jamais quelque croyance, ils ne sont supportés que parce qu'ils mettent en argument d'apparence ce qui est déjà l'objet d'une croyance ferme, et mieux fondée que sur des mots. Le fatalisme ne dérive pas de la théologie ; je dirais plutôt qu'il la fonde. Selon le naïf polythéisme, le destin est au-dessus des dieux. »
<p.1173>

« Ces temps de destruction mécanique ont offert des exemples tragiques de cette détermination par les causes sur lesquels des millions d'hommes ont réfléchi inévitablement. Un peu moins de poudre dans la charge, l'obus allait moins loin, j'étais mort. L'accident le plus ordinaire donne lieu a des remarques du même genre ; si ce passant avait trébuché, cette ardoise ne l'aurait point tué. Ainsi se forme l'idée déterministe populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi raisonnable. Seulement l'idée fataliste s'y mêle, on voit bien pourquoi, à cause des actions et des passions qui sont toujours mêlées aux événements que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir là, et que c'était sa destinée, ramenant ainsi en scène cette opinion de sauvage que les précautions ne servent à rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers l'idée déterministe ; elle répond au fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on l'a vu. »
<p.1178-1179>

ALAIN / Propos I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1956
« Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivés qu'à une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ? Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils n'ont point flatté et ne flattent point. Pouvoir par le jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours méprisé l'argent ? L'argent va à ceux qui l'honorent. Trouvez-moi seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point pu. Je dis qui ait voulu. Espérer ce n'est pas vouloir. Le poète espère cent mille francs ; il ne sait de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa nature, comme le crocodile fait ses écailles et l'oiseau ses plumes. On peut appeler aussi destinée cette puissance intérieure qui finit par trouver passage ; mais il n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien armée et composée, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus. Ce que m'exprimait un sage, disant que la prédestination de Calvin ne ressemblait pas mal à la liberté elle-même. »
<3 octobre 1923 p.542>

Sacha GUITRY / Pensées / Cinquante ans d'occupations / Omnibus Presses de la Cité 1993
« Je n'ai pas présente à l'esprit la définition du Fataliste par Tolstoï - j'ignore même si cette question existe dans son oeuvre, mais elle en émane du moins, et je croirais volontiers que, être fataliste, ce n'est pas tellement croire en Dieu. C'est bien plutôt, je pense, une sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque total de volonté. C'est une espèce de renoncement que l'on veut croire momentané et, tandis que la confiance en soi somnole, c'est une résignation passive et presque souriante en présence d'une volonté supérieure - que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volonté du Destin, d'autres la volonté de Dieu, et qui n'est, somme toute, en général que la volonté des autres. »
<p.50>

Jean COCTEAU / Le Rappel à l'ordre / Romans, Poésies, OEuvres diverses / La Pochothèque LdP 1995
« Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache." Ainsi l'homme boude son beau destin. »
<p.448>

Jean COCTEAU / La difficulté d'être / Romans, Poésies, OEuvres diverses / La Pochothèque LdP 1995
« De tous les problèmes qui nous embrouillent, celui du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ? la chose est écrite à l'avance et nous pouvons l'écrire, nous pouvons en changer la fin ? La vérité est différente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure. Ce que nous croyons exécuter à la suite, s'exécute d'un bloc. Le temps nous le dévide. Notre oeuvre est déjà faite. Il ne nous reste pas moins à la découvrir. C'est cette participation passive qui étonne. Et il y a de quoi. Elle laisse le public incrédule. Je décide et je ne décide pas. J'obéis et je dirige. C'est un grand mystère. »
<p.887>

Robert MUSIL / L'homme sans qualités / Editions du Seuil - Points 1956
« Alors, Ulrich se souhaita d'être un homme sans qualités. Mais les choses ne sont pas tellement différentes chez les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore, dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver à ce qu'ils sont, à leurs distractions, leur conception du monde, leur femme, leur caractère, leur profession et leurs succès ; mais ils ont le sentiment de n'y plus pouvoir changer grand-chose. On pourrait même prétendre qu'ils ont été trompés, car on n'arrive jamais à trouver une raison suffisante pour que les choses aient tourné comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi bien pu tourner autrement ; les événements n'ont été que rarement l'émanation des hommes, la plupart du temps ils ont dépendu de toutes sortes de circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes, ils leur sont simplement tombés dessus à un moment donné. Dans leur jeunesse, la vie était encore devant eux comme un matin inépuisable, de toutes parts débordante de possibilités et de vide, et à midi déjà voici quelque chose devant vous qui est en droit d'être désormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour où un homme est assis là tout à coup, avec qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connaître, et qu'on s'était figuré tout différent. Mais le plus étrange est encore que la plupart des hommes ne s'en aperçoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est venu à eux, dont la vie s'est acclimatée en eux, les événements de sa vie leur semblent désormais l'expression de leurs qualités, son destin est leur mérite ou leur malchance. Il leur est arrivé ce qui arrive aux mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est accroché à eux, ici agrippant un poil, là entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillotés jusqu'à ce qu'ils soient ensevelis dans une housse épaisse qui ne correspond plus que de très loin à leur forme primitive. Dès lors, ils ne pensent plus qu'obscurément à cette jeunesse où il y avait eu en eux une force de résistance : cette autre force qui tiraille et siffle, qui ne veut pas rester en place et déclenche une tempête de tentatives d'évasion sans but ; l'esprit moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre établi, sa disponibilité à toute espèce d'héroïsme, au sacrifice comme au crime, son ardente gravité et son inconstance, tout cela n'est que tentatives d'évasion. »
<T.1 p.163-164>

MYSTICISME

Edmond et Jules de GONCOURT / Journal (t.1) / Robert Laffont - Bouquins 1989
« Lu saint Augustin, saint Jérôme, etc. : une des choses qui compromettent le plus Dieu, après la religion, ce sont les livres mystiques. Sorti de la lecture de tous ces mystiques comme d'une maison de fous et d'un hôpital d'âmes. »
<septembre 1857 p. 297>

Friedrich NIETZSCHE / Le Gai Savoir. (1882-1887) / OEuvres II / Robert Laffont - Bouquins 1990
« Explications mystiques. - Les explications mystiques sont considérées comme profondes ; en réalité il s'en faut de beaucoup qu'elles soient même superficielles. »
<126 p.133>

Paul LÉAUTAUD / Journal littéraire / Mercure de France 1986
« Les obsèques du Maréchal Joffre, comme celles du même genre, cette glorification, cette apothéose, ce transport solennel d'un corps mort, cette sorte de déification de ce qui n'est plus rien, au fond c'est encore un reste des vieilles superstitions, c'est tout près des idolâtries des peuplades sauvages, cela n'a absolument rien de très relevé, au contraire. Le tombeau de Napoléon, le corps de Lénine, conservé dans un cercueil de verre et exposé à la vénération du peuple, l'exposition du corps du maréchal Joffre, la conservation de l'épée de celui-ci ou du chapeau de celui-là, tout cela se tient : c'est un mysticisme extrêmement primitif qui survit. »
<13 janvier 1931 II p.669>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951
« Nombreux sont ceux qui confondent mysticisme et spiritualité, et qui croient que l'homme ne peut que ramper, si la religion ne le soulève ; qui croient que seule la religion peut empêcher l'homme de ramper. »
<4 janvier 1933 p.1153>

ALAIN / Les idées et les âges / Les Passions et la Sagesse / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1960
« La Magie consiste toujours à agir par des signes en des choses où le signe ne peut rien. Par exemple les faiseurs de pluie, dont Frazer, en son Rameau d'or, nous rapporte les pratiques, sont des hommes qui signifient pluie par une mimique énergique, soit qu'ils lancent ici et là des gouttelettes d'eau, soit qu'ils courent en élevant des masses de plumes qui figurent des nuages. En quoi ils ne font autre chose que parler et demander, choisissant seulement de tous les langages le plus clair et le plus pressant. Tel est le plus ancien mouvement de l'homme, par la situation de l'enfance, qui n'obtient d'abord qu'en demandant, qu'en nommant et montrant la chose désirée. Aussi il est tout à fait inutile de supposer, en la croyance du magicien, quelque relation mystique entre l'image et la chose ; il suffit de considérer les effets constants du langage dans le monde humain, puisque c'est de ce monde que nous prenons nos premières idées. Ces sorciers, donc, signifient énergiquement ce qu'ils désirent, à la manière des enfants. Comme d'après une constante expérience, ils savent que, dans le monde humain, il faut répéter le signe sans se lasser, ainsi ils se gardent de douter de leur puissance, se croyant tout près du dernier quart d'heure ; et l'événement leur donne raison , puisque la pluie finit toujours par arriver. »
<p.79-80>

Henry de MONTHERLANT / Carnets 1930-1944 / Essais / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1963
« J'ai lu vingt volumes sur les grands mystiques. Ils ne m'ont pas convaincu que l'état mystique soit d'un ordre supérieur à celui du vertige ou du mal de mer. »
<Carnet XXVI p.1128>

Robert DANTZER / L'illusion psychosomatique / Seuil Ed Odile Jacob 1989
« Le mysticisme est le refuge classique de ceux qui se mettent en doute et n'arrivent plus à supporter le matérialisme ambiant : le grand neurophysiologiste anglais Sir John Eccles était persuadé de pouvoir comprendre le fonctionnement du cerveau à partir de l'étude des propriétés du neurone. Malgré ses efforts, il n'a pas réussi à trouver l'esprit dans le neurone. Il en a déduit que l'esprit est immatériel et qu'il constitue un don du ciel. »
<p.282-283>
M.M Liège le 11 mai 2020