F Communisme = Marxisme

Longtemps, la bourgeoisie tant libérale que catholique n'entend résoudre les problèmes de la classe ouvrière qu'en créant des œuvres fondées sur le principe de la charité. En 1886, les grèves qui éclatent à Liège puis dans le bassin de Charleroi provoquent une prise de conscience. Le Gouvernement décide la mise en place d'une Commission du Travail chargée d'examiner la situation des ouvriers et de proposer des solutions.

La situation des associations ouvrières en 1886 

Les réponses des chefs d'industries, à la question 37 de l'enquête sur le travail industriel de  «Quels sont les rapports entre les associations ouvrières et les patrons ?», sont assez éclairantes à ce point de vue: les patrons ne reconnaissent l'existence d'aucune association.

Société John Cockerill à Seraing (métallurgie)
«Il n'existe pas ici d'associations ouvrières ayant pour but la solution des questions que peuvent soulever les rapports entre les ouvriers et les patrons.»

Armes - Auguste Francotte, Liège
«Quant à moi et aux ouvriers que j'occupe, je n'en vois pas l'utilité; mais il en est autrement pour la généralité de notre industrie. Je pense qu'un conseil spécial de prud'hommes armuriers (patrons et ouvriers) donnerait un bon résultat. Les différends qui ont surgi, ont dû être vidés par les tribunaux, chose particulièrement onéreuse pour l'ouvrier. La réponse que j'ai faite sur ces points, pour ce qui regarde les ouvriers que j'occupe chez moi, est applicable aux ouvriers du dehors.»

Les ouvriers, témoins à l'enquête, soulignent plutôt le mépris des patrons vis-à-vis de l'ouvrier.

Genot, ouvrier à Liège
«Il n'existe pas de rapports entre les patrons et les associations ouvrières. Quand les patrons viennent dans les ateliers, ils n'adressent jamais la parole à l'ouvrier; s'ils ont une observation à faire, c'est au contremaître qu'ils s'en prennent ou au surveillant; s'il y a erreur, soit de sa faute, ou de celle de l'ingérieur ou de tout autre employé, c'est toujours à l'ouvrier qu'on l'endossera.

Une des principales raisons pour lesquelles l'ouvrier a pris une espèce de haine contre les patrons, c'est l'antipathie qu'ils ont à parler à l'ouvrier, à répondre à leurs réclamations. C'est là leur plus grand tort et une chose bien contraire à leurs intérêts, car j'ai vu plusieurs fois des fautes commises auxquelles les ouvriers étaient étrangers. Si on lui avait demandé une explication, l'on aurait vu que c'était la suite de la négligence du contremaître ou de l'ingénieur. Mais non, l'ouvrier qui avait fait le travail, était regardé de travers ou mis à l'index et les autres s'en frottaient les mains. 
Voici, selon moi, ce que l'on pourrait faire pour obvier à tous ces abus: créer un conseil d'arbitrage mixte et un bureau de travail, mixte aussi, lequel aurait pour mission d'inscrire l'offre et la demande...»