Paroles et Musique: Jean Ferrat 1963 "Jean Ferrat - Vol.1 (1999)

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des millier semblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage.
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux.
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge.
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues.
Les Allemands guettaient du haut des miradors.
La lune se taisait comme vous vous taisiez.
En regardant au loin, en regardant dehors.
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.
On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours.
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour.
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire.
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare.
Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été.
Je twisterais les mots s'il fallait les twister.
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.
Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers.
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés.
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants.
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.