30 citations sur Dieu 

Son existence et son rôle, les mystiques, l'athéisme et l'agnosticisme.
Notez Bien : J'essaie de mettre un peu de tout là-dedans, sans être 
TROP partisan.

J'affirme en effet qu'en l'absence de toute preuve matérielle de la présence ou de l'intervention d'une entité divine dans le champs de l'histoire humaine, et tenant compte cependant de l'étroitesse de la pensée humaine et des dimensions admises par notre cerveau; je ne peux me résoudre qu'à la neutralité sur le terrain de ce débat de l'existence de Dieu.

Il est possible que Dieu existe ; mon sentiment et ma Raison me poussent à croire le contraire ; cependant je ne peux rien décider, et je préfère, plutôt que de croire, écarter toute conclusion, car aucun moyen ne m'est donné d'en vérifier la valeur. 


Ci-dessus : Dieu
 
(portrait-robot d'après description)
EXISTENCE DE DIEU

Arguments théologiques

Rien ne peut exister sans intention, et par conséquent, rien ne peut exister sans créateur ; donc, Dieu existe parce qu'il a créé. 
Argument d'intention : Toute machine a un constructeur : 
« Quand nous voyons une belle machine, nous disons qu'il y a un bon machiniste, et que, ce machiniste a un excellent entendement. Le monde est assurément une machine admirable : donc il y a dans le monde une admirable intelligence, quelque part où elle soit. Cet argument est vieux et n'en est pas plus mauvais. » 
VOLTAIRE.

Contre l'argument d'intention : 
« Tout au long de l'Origine des espèces, Darwin insiste sur les imperfections de structure et de fonction du monde vivant. Il ne cesse de souligner les bizarreries, les solutions étranges qu'un Dieu raisonnable n'aurait jamais utilisées. Et l'un des meilleurs arguments contre la perfection vient de l'extinction des espèces. On peut estimer à plusieurs millions le nombre des espèces animales vivant actuellement. Mais le nombre des espèces qui ont disparu après avoir peuplé la terre à une époque ou une autre doit, d'après un calcul de G.G. Simpson, s'élever à quelques cinq cents millions au moins. » 
François JACOB, Le jeu des possibles, Fayard 1981, p.70

L'argument d'intention va à l'encontre de la définition de Dieu en tant qu'être immuable 
« Dieu a créé, dites-vous ? - Soit. Alors il a changé deux fois : la première fois, lorsqu'il a pris la détermination de créer ; la seconde fois, lorsque mettant à exécution cette détermination, il a accompli le geste créateur. S'il a changé deux fois, il n'est pas immuable. Et s'il n'est pas immuable, il n'est pas Dieu, il n'existe pas. L'être immuable ne peut avoir créé. » 
Sébastien Fauré (1858-1942), Douze preuves de l'inexistence de Dieu, (1934), in: L'imposture religieuse, cahiers du CIRAS, 1997 
Commentaire : au fond, cet argument lui-même peut être contredit : Dieu est peut-être sa propre création, c'est-à-dire qu'il n’existe que pour avoir créé... Ce serait admissible ; mais à ce jeu-là, ce sont toujours les théologiens les plus tordus qui gagnent. 
 

Dieu existe parce qu'on ne peut pas prouver qu'il n'existe pas 
Un argument de la mort qui tue : 
Jean de LA BRUYÈRE / Les Caractères / OEuvres / Bibliothèque de la Pléiade / nrf 
 « L'impossibilité où je suis de prouver que Dieu n'est pas me découvre son existence. » 
<p.452 XVII (13)>

A quoi l'on peut répondre par : 
« Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve. » 
EUCLIDE de Mégare (-450 à -380)

Ou encore, plus cruellement encore : 
"Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister." 
Charles Baudelaire

Un autre argument foudroyant : 
"La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts pour montrer qu'elle n'en est que l'image." 
Blaise Pascal, Pensées 


Ce qui non seulement, ne prouve rien, mais plus grave encore, pourrait fort bien passer pour de la glose théologique de bas étage, presque ridicule de par sa faiblesse et de par les sophismes faciles qu'elle expose... 

Cependant, Dieu est-il une hypothèse nécessaire pour expliquer l'univers ?

« M. Arago avait une anecdote favorite. Quand Laplace eut publié sa Mécanique céleste, disait-il, l'empereur le fit venir. L'empereur était furieux. " - Comment, s'écria-t-il en apercevant Laplace, vous faites tout le système du monde, vous donnez les lois de toute la création et dans tout votre livre vous ne parlez pas une seule fois de l'existence de Dieu ! - Sire, répondit Laplace, je n'avais pas besoin de cette hypothèse." » 
Victor HUGO / Choses vues / Histoire / OEuvres complètes / Robert Laffont - Bouquins 1987, p.686 
 

Dieu a peut-être une origine toute humaine...

Lorédan LARCHEY / L'Esprit de tout le monde - Riposteurs (1893) / Berger-Levrault 1893, p.39 « Entendant dire que Dieu avait fait l'homme à son image, Fontenelle murmura : 
- L'homme le lui a bien rendu. »

« Le grand tournant de l'histoire sera le moment où l'homme prendra conscience que le seul Dieu de l'homme est l'homme lui-même. » 
Ludwig FEUERBACH (1804-1872), L'Essence du christianisme, (1841), Gallimard/Tel, 1992 
 

Critiques possibles de toutes les théologies :

« Si je ne crois pas en Dieu, c'est aussi, et peut-être surtout, parce que je préférerais qu'il existe. C'est le pari de Pascal, si l'on veut, mais inversé. Il ne s'agit pas de penser le plus avantageux - la pensée n'est ni un commerce ni une loterie-, mais le plus vraisemblable. Or Dieu est d'autant moins vraisemblable qu'il est davantage désirable : il correspond tellement bien à nos désirs les plus forts qu'il y a lieu de se demander si nous ne l'avons pas inventé pour cela. (...) La foi nous arrange trop pour n'être pas suspecte. » 
André Comte-Sponville, Pensées sur l'athéisme, Albin Michel, 1999

«"Expliquer" l'univers par un Créateur n'est en aucune façon une explication. Nous connaissons l'univers, au moins en partie, et déjà pas mal, et de plus en plus. Un Dieu créateur est lui, totalement inconnu et inexplicable. On n'explique pas le peu (admettons) connu par l'inconnaissable. Cela ne revient qu'à multiplier l'obscurité, obscurum per obscurius.» 
Robert JOLY / Dieu vous interpelle ? Moi, il m'évite... / Editions EPO 2000, p.30 
En effet, si Dieu explique l'Univers, qu'est-ce qui explique Dieu ?

« La rhétorique de la foi, la majuscule mise à Dieu et même à Ses pronoms personnels, la déférence qui entoure, où qu'on regarde, les zélateurs du sentiment religieux, tout ce battage métaphysique me paraît appartenir, mystérieusement, au même ordre que la convention qui confère leur valeur vénale à l'or, au diamant, au saphir, à l'émeraude. Cailloux ! Simples conventions, mises au point en leur temps par des négociants, par commodité, et qu'on s'étonne de voir encore respectées. » 
François NOURISSIER / À défaut de génie / nrf Gallimard 2000, p.102

 

Et même si Dieu existait...

« Si l'idée même de Dieu prenait une forme palpable, si Dieu lui-même se dressait visible sur les multitudes, le premier devoir de l'homme serait de refuser l'obéissance et de le traiter comme l'égal avec qui l'on discute, mais non comme le maître que l'on subit. » 
Jean JAURES, (1859-1914), Discours à la jeunesse, (prononcé au lycée d'Albi, 1903) 

 

ROLE DE DIEU

Intervention de Dieu dans les destinées humaines : 
« Le Dieu des chrétiens est un père qui fait grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants. » Denis DIDEROT / Pensées philosophiques / OEuvres / t.I Philosophie / Robert Laffont - Bouquins 1994 <16 p.42>

« Epicure a dit: ou Dieu veut empêcher le mal et ne le peut, ou il le peut et ne le veut, ou il ne le peut ni ne le veut, ou il le veut et le peut. S'il le veut et ne le peut, il est impuissant; s'il le peut et ne le veut, il est pervers; s'il ne le peut ni ne le veut, il est impuissant et pervers; s'il le veut et le peut, que ne le fait-il, mon père ? » 
Anatole-François Thibault, dit Anatole FRANCE, (1844-1924), Les dieux ont soif, Calmann-Lévy, 1912

Jules Renard (Journal) 
"J'ignore s'il existe, mais il vaudrait mieux, pour son honneur, qu'il n'existât point. " 
<26 janvier 1906 p.812> 
« Dieu, modeste, n'ose pas se vanter d'avoir créé le monde. » 
<3 septembre 1906 p.845> 
« Très attaqué, Dieu se défend par le mépris, en ne répondant pas. » 
<28 janvier 1908 p.913>
 

Utilité sociale de l'existence de Dieu, des religions qui se rattachent à cette hypothèse et des comportements sociaux que celles-ci engendrent :

Dostoïevski : 
"Si Dieu n'existe pas, tout est permis." 
Les frères Karamazov 
"L'homme n'a inventé Dieu qu'afin de pouvoir vivre sans se tuer." 
Les possédés

« Je ne voudrais pas avoir affaire à un prince athée, qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier : je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souverain, avoir affaire à des courtisans athées, dont l'intérêt serait de m'empoisonner : il me faudrait prendre au hasard du contre-poison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples, que l'idée d'un Etre suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits. » 
VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique <p.43 article Athée, Athéisme>/ Garnier 1967.

"Les hommes sont extrêmement portés à espérer et à craindre, et une religion qui n'aurait ni enfer ni paradis ne saurait guère leur plaire." 
Montesquieu, L'esprit des lois

André GIDE / Journal 1939-1949 Souvenirs / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1954 
« Il est bon de laisser croire à l'enfant que Dieu le voit, car il doit agir comme sous le regard de Dieu et faire de cela sa conscience. » 
<10 avril 1942 p.114> 
« Je ne puis me satisfaire du nihilisme absolu de Roger Martin du Gard. Je ne m'en écarte pas, ne le repousse pas, mais prétends passer outre, le traverser. C'est par-delà, que je veux reconstruire. Il me parait monstrueux que l'homme ait besoin de l'idée de Dieu pour se sentir d'aplomb sur terre ; qu'il soit forcé de consentir à des absurdités pour édifier quoi que ce soit de solide ; qu'il se reconnaisse incapable d'exiger de lui-même ce qu'obtenaient artificiellement de lui des convictions religieuses, de sorte qu'il laisse aller tout à néant sitôt qu'on dépeuple son ciel. » 
<20 octobre 1927 p.854>

"Croire en Dieu c'est avant tout et par dessus tout vouloir qu'il existe." 
"Ce que l'homme cherche dans la religion, c'est de sauver sa propre individualité, de l'éterniser, ce qu'on n'obtient ni avec la science, ni avec l'art, ni avec la morale." 
Miguel de Unamuno, Le sentiment tragique de la vie 

 

EXPERIENCES MYSTIQUES

Emil CIORAN / Des larmes et des saints (1937) / OEuvres / Quarto Gallimard 1995 
« Il m'arrive d'éprouver une sorte de stupeur à l'idée qu'il ait pu exister des "fous de Dieu", qui lui ont tout sacrifié, à commencer par leur raison » 
<p.311>

André GIDE / Journal 1889-1939 / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1951 
« Nombreux sont ceux qui confondent mysticisme et spiritualité, et qui croient que l'homme ne peut que ramper, si la religion ne le soulève ; qui croient que seule la religion peut empêcher l'homme de ramper. » 
<4 janvier 1933 p.1153>

ATHEISME et AGNOSTICISME

Des Athées sont lâchés dans la Société : 
Denis DIDEROT / Correspondance / OEuvres t.V / Robert Laffont - Bouquins 1997 
« Je crois en Dieu, quoique je vive très bien avec les athées. Je me suis aperçu que les charmes de l'ordre les captivaient malgré qu'ils en eussent ; qu'ils étaient enthousiastes du beau et du bon, et qu'ils ne pouvaient, quand ils avaient du goût, ni supporter un mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action. » 
<Lettre à Voltaire du 11 juin 1749 - p.15>

Georg Christoph LICHTENBERG / Aphorismes / Collection Corps 16 - Éditions Findakly 1996 
« Lorsqu'ils rencontrent un homme qui pense librement, les croyants font le même vacarme que les poules découvrant, parmi leurs poussins, un caneton qui va vers l'eau. Ils ne songent pas que des gens vivent aussi sûrement dans cet élément qu'eux-mêmes sur la terre ferme. » 
<p.54>

Ecueils de l'Athéisme : 
Paul-Jean TOULET / Le carnet de monsieur du Paur / OEuvres complètes / Robert Laffont - Bouquins 1986 
« C'est encore adorer ses Dieux que de leur jeter des pierres. » 
<p.288>

Edmond et Jules de GONCOURT / Journal (t.1) / Robert Laffont - Bouquins 1989 
« Lorsque l'incrédulité devient une foi, elle et plus bête qu'une religion. » 
<13 septembre 1862 p.859>

François CAVANNA / Lettre ouverte aux culs-bénits / Albin Michel 1994 
« L'athée qui irait proclamant que l'inexistence de Dieu est démontrée serait en contradiction avec lui-même : il ferait acte de foi, cette foi fût-elle négative. En effet, ayant admis que la question même de l'existence d'un Dieu se situe hors du domaine des questions "permises" et n'a donc pas à être posée puisqu'on ne pourrait y répondre, dans un sens ou dans l'autre, que par des affirmations indémontrables, il la pose quand même et y répond péremptoirement. "Non" est tout aussi téméraire que "Oui". 


L'athée cohérent se garde bien d'accepter la discussion sur ce terrain. Une fois pour toutes, il ignore Dieu et le problème de son existence, il se conduit en tout sans tenir compte de ces chimères. 
L'agnosticisme est un raisonnement. 
L'athéisme est un comportement. 
L'un découle de l'autre. »