Peut-on être chrétien et franc-maçon ?

(20/07/2001)

Les faits eux-mêmes répondent oui aux deux questions. Ces propos audacieux et péremptoires sont ceux d'un évêque de l'Eglise catholique : ils ont été prononcés en l'Hôtel de la Grande Loge de France, rue de Puteaux, à Paris, en décembre 1992, lors d'un colloque sur Chrétiens et Francs-Maçons, par Mgr Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles, avant d'être publiés dans Points de vue initiatiques, revue des francs-maçons de la Grande Loge de France, en 1993 (1).

Reçu, le 22 mars 1994, avec le Père Bernard Marliangeas (O.P.), par le Grand Maître Jean-Louis Mandinaud, au temple Franklin Roosevelt de la Grande Loge de France, pour une conférence de presse commune à propos du lancement du film Jardin caché, co-produit par la Grande Loge de France, Chrétiens-Médias-Yvelines et le Centre Français de Radio-Télévision (2), Mgr Thomas a une fois encore admis la possibilité d'une double appartenance de certains catholiques à la franc-maçonnerie.

C'est, en substance, la thèse qu'ont également défendue, le 28 mai dernier, au centre culturel des Fontaines à Chantilly, trois Jésuites : le père Gonzague Callies, le père Edmond Vandermersch et surtout le père Jean-Marie Glé, du Service Incroyance-Foi, à l'occasion d'une journée d'étude à laquelle participaient Michel Barat, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, ainsi que Jeannine Augé de la Grande Loge Féminine de France.

Faut-il en conclure que la position de l'Eglise à l'égard de la franc-maçonnerie est en train de changer ou qu'elle est susceptible d'évoluer ?

En d'autres termes : est-il possible d'être à la fois chrétien et franc-maçon?
La présente étude a pour objet de rappeler qu'il n'en est rien parce que la philosophie maçonnique est fondamentalement inconciliable avec la doctrine catholique.

La franc-maçonnerie moderne, née de la constitution, par quatre loges londoniennes, le 24 juin 1717, de la Grande Loge de Londres, est-elle, comme elle le prétend, l'héritière des antiques confréries de bâtisseurs de cathédrales ?

La franc-maçonnerie a sans doute, historiquement, de lointaines origines chrétiennes.

Toutefois :
La maçonnerie traditionnelle des constructeurs et tailleurs de pierre qui périclitait depuis plusieurs siècles, mais survivait encore en Angleterre, fut amenée au cours du XVIIè siècle à s'ouvrir à des hommes tout à fait étrangers au métier.

Or, ceux-ci ne tardèrent pas à devenir majoritaires au sein des loges. Aussi la franc-maçonnerie dite spéculative (principalement constituée d'intellectuels) s'est-elle finalement substituée à l'ancienne maçonnerie dite Opérative (celle des gens de métier).

Jusqu'en 1717, la maçonnerie britannique demeura néanmoins fidèle à la religion chrétienne, voire même à l'Eglise catholique romaine. En témoignent les statuts des loges et les obligations qu'ils contenaient old charges) : ceux qui sont parvenus jusqu'à nous invoquent Dieu, la Sainte Trinité, la Sainte Eglise ou la Vierge Marie.

En 1720 ou en 1722, la majeure partie des archives des loges opératives d'antan fut volontairement détruite, à Londres, au cours d'un vaste autodafé, comme si l'on avait voulu qu'aucun maçon ne puisse plus, désormais, s'y reporter.

En outre, la nouvelle charte de la franc-maçonnerie moderne que sont les Constitutions d'Anderson de 1723 (qui furent rédigées par deux pasteurs protestants, James Anderson et Jean-Théophile Désaguliers) ne comporte plus la moindre référence à Dieu ni à la religion chrétienne. L'article 1er concernant Dieu et la religion se contente en effet d'affirmer qu'un maçon est obligé, par son titre, d'obéir à la loi morale, et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux.

Bien que dans les temps anciens les maçons aient été tenus dans chaque pays de pratiquer la religion, quelle qu'elle fût, de ce pays, il est maintenant considéré plus à propos de seulement les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être hommes de bien et loyaux, ou hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou confessions qui aident à les distinguer; de la sorte, la maçonnerie devient le centre d'union et le moyen de nouer une amitié sincère entre des hommes qui n'auraient pu que rester perpétuellement étrangers.

Par rapport aux Anciens Devoirs de la franc-maçonnerie opérative, la rupture saute aux yeux : autrefois chrétienne, la franc-maçonnerie n'est plus, en 1723, que vaguement déiste. Il n'existe plus, désormais, pour Anderson et pour ses frères, écrit un ancien grand maître du Grand Orient de France, qu'une seule obligation religieuse affirmée, c'est l'astreinte à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord... être hommes de bien et loyaux, hommes d'honneur et de probité.

Anderson n'évoque ni Dieu, ni péché originel, ni rédemption, ni enfer, ni paradis, mais une large morale humaine (...).

Ainsi, dès 1723, les Francs-Maçons (...) posent les principes d'une nouvelles morale.
De telles idées devaient mener loin et, valables sous toutes les latitudes, elles constituaient vraiment une religion universelle, au sens étymologique du mot puisqu'elles reliaient les hommes entre eux (3).

Héritière de la Grande Loge de Londres de 1717, la Grande Loge Unie d'Angleterre est incontestablement the mother lodge in the world : la Grande Loge Mère d'où l'ensemble de la franc-maçonnerie moderne est issu.

La franc-maçonnerie a cependant perdu son unité d'origine depuis qu'au XIXè siècle, plusieurs obédiences se sont affranchies de la tutelle de la Grande Loge d'Angleterre.

Il est à noter que, par la grâce de Dieu, toutes les branches de l'arbre maçonnique se détestent fraternellement les unes les autres. « Leurs divisions font notre salut. Il en est de la franc-maçonnerie comme du protestantisme : il y a unité de nom et de haine, mais division à l'infini entre toutes les sectes de la Secte. La division est le caractère des oeuvres de Satan parce que l'unité ne subsiste que dans la vérité et dans la charité, écrivait en 1884 Mgr de Ségur dans son étude sur Les francs-maçons.

Les trois principaux courants qui, de nos jours, divisent la franc-maçonnerie sont très schématiquement les suivants :

La franc-maçonnerie dite régulière, c'est-à-dire celle que reconnaît comme telle la Grande Loge Unie d'Angleterre qui, après avoir plusieurs fois remanié le texte des Constitutions d'Anderson en 1738, en 1784, en 1813 puis en 1929, impose par ses landmarks (principes fondamentaux) la croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers. En France, la seule obédience régulière aux yeux de la Grande Loge Unie d'Angleterre est la Grande Loge Nationale Française (GLNF).

La franc-maçonnerie athée, ou plus précisément agnostique dont l'archétype est le Grand Orient de France. Cette obédience n'est plus reconnue comme régulière par la Grande Loge d'Angleterre depuis l'abandon, au nom de la liberté de conscience, de toute référence au Grand Architecte de l'Univers dans ses statuts en 1877.

En fait, le Grand Orient de France (et la famille de pensée qu'il représente) est plus fidèle au texte initial des Constitutions d'Anderson de 1723, que la Grande Loge d'Angleterre qui en a modifié l'esprit. Il ne fait que tirer les ultimes conséquences des principes maçonniques alors qu'elles restent plus ou moins latentes dans la maçonnerie anglo-saxonne et spécialement dans la branche anglaise (4).

Enfin, la franc-maçonnerie de rite écossais dont certaines obédiences, comme la Grande Loge de France, bien qu'elles travaillent à la gloire du Grand Architecte de l'Univers, ne sont pas reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre parce que pour elles, le Grand Architecte de l'Univers n'est qu'un symbole : La franc-maçonnerie se garde bien de définir le Grand Architecte de l'Univers, et laisse à chacun de ses adeptes pleine latitude pour s'en faire une idée conforme à sa foi et à sa philosophie (5).

En tout état de cause, aucune interprétation particulière ne saurait être imposée à tout franc-maçon, aussi bien en ce qui concerne le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la loi Sacrée, ni aucune lecture privilégiée (6).

Existe-t-il une différence essentielle entre la franc-maçonnerie régulière et les obédiences irrégulières ? Un catholique peut-il appartenir à la franc-maçonnerie régulière au motif qu'elle reconnaît l'existence de Dieu et qu'elle ne serait pas hostile à l'Eglise ? C'est en tout cas ce qu'ont soutenu l'écrivain catholique (et franc-maçon) Alec Mellor ou le R.P. Riquet.

Or, il y aurait beaucoup à dire sur la prétendue neutralité ou la soi-disant bienveillance de la franc-maçonnerie régulière à l'égard de l'Eglise catholique. !

Contrairement aux idées les plus communément répandues, l'anticléricalisme actif et militant n'est pas le propre des obédiences irrégulières. Autrement dit, la régularité maçonnique n'est pas synonyme de respect inconditionnel du catholicisme ou d'absence d'anticléricalisme, note Luc Nefontaine. On connaît par exemple le rôle joué par le Grand Orient d'Italie dans la laïcisation de l'Etat et dans la revendication de l'abolition des Accords du Latran. La maçonnerie américaine elle-même, si tolérante et si ouverte sur le monde, n'a pas été exempte de manifestations anti-catholiques ou anti-papistes (7).

Selon d'éminents historiens de la franc-maçonnerie comme le frère Albert Lantoine, l'évolution de la franc-maçonnerie et ses rapports conflictuels avec l'Eglise catholique s'expliquent par les origines protestantes de la Grande Loge de Londres :

Le mobile des fondateurs de la Franc-maçonnerie, écrit-il, ne fut pas de grouper des penseurs libres mais des croyants de diverses religions. Nous leur prêtons encore, en disant cela, une intelligence beaucoup trop généreuse. Il est beaucoup plus exact de dire qu'on entendait créer un trait d'union entre les deux branches de la religion protestante (avec, en Angleterre, l'hypocrite arrière-pensée d'évincer doucement les catholiques).

La preuve en est dans le tripatouillage des anciens textes, des old charges aux formules trop catholiques auquel se livra le pasteur Anderson... Donc, dès la genèse de l'institution, nous voyons que la lettre n'enferme pas du tout l'esprit, qu'elle est une fallacieuse enseigne pour faire entrer dans cette succursale de la boutique huguenote les hommes réfléchis... (8).

Sans doute est-ce la raison pour laquelle, de nos jours encore, la Grande Loge Unie de Grande Bretagne (...) ainsi que les nombreuses obédiences de l'Amérique du Nord, ne comportent absolument pas de catholiques (...). Ajoutons qu'il en est certainement de même dans tous les pays plus ou moins régis par les normes maçonniques anglo-saxonnes : l'Australie, la Nouvelle-Zélande, auxquelles on pourrait ajouter l'Afrique du Sud (...).

Les franc-maçonneries scandinaves sont strictement régulières, mais d'inspiration nettement luthérienne. Par conséquent, quand on examine cette carte du monde, on est bien obligé de constater que sur le plan chrétien, ce sont les différentes dénominations protestantes qui sont susceptibles d'inspirer spirituellement les Grandes Loges maçonniques, constate pour sa part Yves Marsaudon, Grand Commandeur Honoraire du Suprême Conseil de France (9).

En Angleterre, des liens particulièrement étroits ont toujours existé entre l'Eglise anglicane et la Grande Loge d'Angleterre, qui compte d'ailleurs dans ses rangs de nombreux ecclésiastiques, l'une et l'autre ayant un seul et même chef protocolaire en la personne du souverain lui-même (10).

Faut-il en conclure que la Grande Loge Unie d'Angleterre, à défaut d'être favorable au catholicisme, est au moins d'inspiration chrétienne ?

C'est précisément ce que contestent tant le livre du Révérend méthodiste C. Penney Hunt : The menace of Freemasonry to the christian faith (1930), que l'étude intitulée Darkness visible que le Révérend Walton Hannah publia en 1952 (Je suis fermement convaincu que pour un chrétien, s'engager dans une organisation religieuse, ou quasi religieuse, dont les prières et la croyance en Dieu excluent délibérément le nom de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ est une apostasie, écrivait-il en guise d'introduction), et surtout le livre remarquablement documenté que Stephen Knight fit paraître en 1983 : The brotherhood.

Ce dernier ouvrage eut un tel retentissement en Angleterre qu'en juin 1986, une commission de l'Eglise anglicane élabora un premier rapport intitulé : Freemasonry and Christianity are they incompatible ?

 A la suite duquel le Synode général de l'Eglise anglicane dût lui-même reconnaître, par 394 voix contre 52, d'une part que certains rites maçonniques sont hérétiques et blasphématoires, et d'autre part que l'appartenance à la franc-maçonnerie régulière est incompatible avec la foi chrétienne (déclaration du 13 juillet 1987).

En France, la Grande Loge Nationale Française n'en continue pas moins à séduire de nombreux catholiques, faussement convaincus que la franc-maçonnerie régulière n'a rien d'incompatible avec la foi chrétienne.

Or, l'Eglise catholique condamne depuis plus de 250 ans (1738) la franc-maçonnerie dans son ensemble et non point seulement lorsqu'elle est athée (les papes n'ont d'ailleurs pas attendu l'abandon du Grand Architecte de l'Univers dans les statuts du Grand Orient de France en 1877 pour se prononcer), parce que ses principes sont, dans tous les cas, inconciliables avec la doctrine catholique.

Pourquoi l'Eglise condamne-t-elle la franc-maçonnerie ?
Selon certains historiens et quelques théologiens, seules d'inavouables raisons politiques et purement contingentes (la lutte en Angleterre entre la dynastie des Stuart et celle des Hanovre protestants pour lesquels la franc-maçonnerie anglaise prit parti) seraient à l'origine de l'excommunication des francs-maçons par Clément XII en 1738, et depuis lors, la condamnation de la franc-maçonnerie par l'Eglise serait dépourvue de tout fondement doctrinal sérieux.

Telle est très brièvement résumée la thèse qu'Alec Mellor développait au début des années 60 (11) et que le père Ferrer-Benimeli (s.j.), professeur à l'Université de Saragosse, reprend aujourd'hui à son compte (12).

C'est faire bien peu de cas des condamnations répétées de l'Eglise à l'encontre de la franc-maçonnerie (ou de la secte impie), non seulement par la bulle In Eminenti du 28 avril 1738, par laquelle Clément XII interdit aux catholiques, sous peine d'excommunication, d'entrer dans lesdites sociétés de francs-maçons, ou la bulle Providas du 16 mars 1751 par laquelle Benoit XIV confirme la sentence dictée par son prédécesseur, mais aussi par les mises en garde de :

- Clément XIII en 1758 (A quo die), 1759 (Ut Primum) et 1766 (Christianae republicae salus).
- Pie VI en 1775 (Inscrutabile).
- Pie VII en 1820 (Ecclesiam a Jesu Christo).
- Léon XII en 1825 (Constitution apostolique Quo graviora).
- Pie VIII en 1829 (Traditi Humilitati).
- Grégoire XVI en 1832 (Mirari Vos).
- Pie IX en 1846 (Qui pluribus), en 1849 (Quibus quantique) et en 1865 (Multiplices Inter).
- et surtout Léon XIII en 1884 (Humanum Genus), en 1892 (Lettre à l'épiscopat d'Italie et Lettre au peuple italien, toutes deux datées du 8 décembre).

Selon l'ancien Code de Droit canonique de 1917, les catholiques affiliés à la franc-maçonnerie ou d'autres associations du même genre intrigant contre l'Eglise ou les pouvoirs civils légitimes, encouraient ipso facto l'excommunication réservée au siège apostolique (canon 2335).

Le nouveau code promulgué le 27 novembre 1983 ne mentionne plus expressément la franc-maçonnerie et se contente d'énoncer que quiconque adhère à une association qui agit contre l'Eglise doit être puni d'une juste peine et que quiconque soutient ou dirige une telle association doit être frappé d'interdit (canon 1374). Aussi les catholiques qui adhèrent à la franc-maçonnerie ne sont-ils plus automatiquement excommuniés comme autrefois.

En revanche, et pour couper court à toute interprétation fallacieuse selon laquelle la double appartenance à l'Eglise et à la franc-maçonnerie serait désormais tolérée, la Sainte Congrégation pour la Doctrine de la foi publia le 26 novembre 1983 une déclaration sur la franc-maçonnerie, signée du Cardinal Ratzinger, précisant clairement que le jugement négatif de l'Eglise sur la franc-maçonnerie demeure inchangé, parce que ses principes ont toujours été considérés comme incompatibles avec la doctrine de l'Eglise ; c'est pourquoi il reste interdit par l'Eglise de s'y inscrire. Les catholiques qui font partie de la franc-maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s'approcher de la Sainte Communion (13).

Il ressort donc, non seulement de la déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi du 26 novembre 1983, mais des principaux documents pontificaux relatifs à la franc-maçonnerie que nous avons mentionnés, en particulier l'encyclique Humanum Genus de Léon XIII (20 avril 1884) entièrement consacrée à la secte des francs-maçons, que la franc-maçonnerie est condamnée dans son ensemble (sans distinction de rites ou d'obédiences), parce que ses principes fondamentaux sont absolument incompatibles avec la doctrine de l'Eglise, qu'elle soit déiste ou athée, régulière ou irrégulière.

Concrètement, les motifs essentiels pour lesquels l'Eglise condamne la franc-maçonnerie sont au nombre de trois :

1) - Le naturalisme et le laïcisme

Le naturalisme ne consiste pas tant à nier l'existence de Dieu, qu'à refuser d'en tirer les conséquences dans l'ordre humain. Aussi la société doit-elle être organisée comme si Dieu n'existait pas.

« Il s'agit pour les francs-maçons, proclame Léon XIII dans Humanum Genus, et tous leurs efforts tendent à ce but, il s'agit de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes, et de lui en substituer une nouvelle façonnée à leurs idées, et dont les principes fondamentaux sont empruntés au naturalisme (...) '.

Or, le premier principe des naturalistes, c'est qu'en toutes choses la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Cela posé, s'il s'agit des devoirs envers Dieu, ou bien ils en font peu de cas, ou ils en altèrent l'essence par des opinions vagues et des sentiments erronés. Ils nient que Dieu soit l'auteur d'aucune révélation. Pour eux, en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n'y a ni dogme religieux, ni vérité, ni maître en la parole de qui, au nom de son mandat officiel d'enseignement, on doive avoir foi.

 Or, comme la mission tout à fait propre et spéciale de l'Eglise catholique consiste à recevoir dans leur plénitude et à garder dans une pureté incorruptible les doctrines révélées de Dieu, aussi bien que l'autorité établie pour les enseigner avec les autres secours donnés du ciel en vue de sauver les hommes, c'est contre elle que les adversaires déploient le plus d'acharnement et dirigent leurs plus violentes attaques.(...)

Ainsi, dût-il lui en coûter un long et opiniâtre labeur, elle se propose de réduire à rien, au sein de la société civile, le magistère et l'autorité de l'Eglise ; d'où cette conséquence que les francs-maçons s'appliquent à vulgariser, et pour laquelle ils ne cessent pas de combattre, à savoir qu'il faut absolument séparer l'Eglise et l'Etat.

Par suite, ils excluent des lois aussi bien que de l'administration de la chose publique la très salutaire influence de la religion catholique, et ils aboutissent logiquement à la prétention de constituer l'Etat tout entier en dehors des institutions et des préceptes de l'Eglise.

En France, cette prétention de constituer l'Etat tout entier en dehors des institutions et des préceptes de l'Eglise déboucha, sous la IIIème République, sur tout un arsenal de lois et de règlements tels que :

L'expulsion forcée de 265 congrégations religieuses non autorisées en 1880 (Jésuites, Dominicains, Bénédictins, Franciscains, Carmes...), interdiction de tout enseignement religieux dans les écoles publiques par la loi du 28 mars 1882, la suppression des aumôneries militaires en 1883, la suppression en août 1884 des prières publiques prévues au Parlement dans la Constitution de 1875, la fermeture de la quasi totalité des écoles catholiques du pays (16.000 établissements congréganistes) et l'adoption d'une loi interdisant à toute congrégation d'enseigner en 1904, la rupture en 1904 également des relations diplomatiques entre la France et le Vatican, enfin, le vote de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en décembre 1905, loi selon laquelle la République ne reconnaît plus aucun culte...

Mise en oeuvre par des francs-maçons notoires comme Jules Ferry (ministre de l'Instruction publique de 1879 à 1883) ou Emile Combes (président du Conseil entre 1902 et 1905), et destinée à priver l'Eglise et la foi catholique de toute assise et de toute influence sociales, cette politique (en particulier les lois scolaires relatives à la laïcisation de l'enseignement) sont largement à l'origine de la déchristianisation actuelle du pays.

2 - Le relativisme doctrinal
Un relativisme érigé en dogme : c'est ainsi qu'Henri Tincq, chroniqueur religieux du Monde, résume en quelques mots le tour d'esprit maçonnique (14).

La franc-maçonnerie proclame la relativité de toute vérité. Elle se donne pour objet la recherche de la Vérité dans la Liberté (15)... à condition que nul n'ait jamais la prétention de l'atteindre ou de la connaître avec certitude : N'est libre que celui qui cherche et qui réfléchit... L'homme qui croit n'est plus libre, s'exclamait le frère Jammy Schmidt, orateur du Convent du Grand Orient de France en 1925 (16).

La méthode maçonnique, soutenait Richard Dupuy, grand maître de la Grande Loge de France, le 20 juillet 1968, à l'occasion du Convent de son obédience, c'est la remise en cause perpétuelle de ce qui est acquis (...), c'est la certitude que nous avons, au plus profond de nous-mêmes, de par notre initiation traditionnelle, que nous sommes incapables d'énoncer, une fois pour toutes, une vérité éternelle, une vérité absolue, mais que nous sommes capables de découvrir la vérité à condition que nous ayons la volonté de la rechercher perpétuellement et de remettre en question les certitudes dans lesquelles nous étions assis la veille (17).

Nous nous garderons d'oublier que la franc-maçonnerie est dès l'origine l'ennemie de tout absolu, qu'elle proclame que la vérité n'est jamais acquise (...). Tout est relatif, toute fin est transitoire, tout pouvoir est contestable, rappelait quant à lui l'ancien grand maître du Grand Orient de France, Michel Baroin, sur les ondes de Radio-France, le 4 février 1979.

La vérité n'est ni splendide ni affreuse, elle est inqualifiable, précise pour sa part Gilbert Abergel en tant que grand maître du Grand Orient de France, à propos de la récente encyclique Veritatis Splendor de Jean-Paul II. Elle est inqualifiable. Elle est cet objet quêté : dès lors qu'elle est prétendue atteinte, elle confine au dogme (18).

Nul ne doit affirmer : la vérité vous rendra libres ; c'est au contraire la liberté qui peut conduire à la vérité, soutient l'ancien grand maître de la Grande Loge de France, Henri Tort-Nouguès, (19).

La franc-maçonnerie ne conteste pas forcément l'existence de la vérité, mais elle nie la possibilité d'une connaissance objective de la vérité.

 La liberté de pensée n'est d'ailleurs à ses yeux qu'une absence complète de lien à l'égard d'une vérité immuable, d'un ordre transcendant ; ce qui conduit au refus de se soumettre à l'ordre naturel et à l'ordre surnaturel (20), conception purement subjective et dérivée de la doctrine protestante du libre examen qui fait de la conscience individuelle le juge suprême du bien et du mal, du vrai et du faux.

Enfin, la tolérance dont elle se réclame n'est, en fait, qu'un autre aspect du relativisme qui la caractérise. La tolérance, explique Alain Gérard dans la revue des francs-maçons du Grand Orient de France, ce n'est pas camper sur ses propres positions en attendant que l'autre cède : c'est au contraire accepter à chaque instant de tout remettre en jeu (21).

Cette attitude est, une fois de plus, en totale opposition avec la conception chrétienne de la tolérance qui ne consiste pas à confondre ou à nier le bien et le mal, à pactiser avec l'erreur ou transiger avec elle, mais à faire preuve de patience et de miséricorde envers tout homme.La doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n'est pas dans la tolérance de convictions erronées, quelques sincères qu'elles soient, ni dans l'indifférence théorique ou pratique pour l'erreur où nous voyons plongés nos frères... Si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, il n'a pas respecté leurs convictions erronées... : il les a tous aimés pour les instruire, les convertir, les sauver, proclamait Saint Pie X dans Notre charge apostolique.

Ce relativisme doctrinal n'est pas sans graves implications sur le plan religieux comme sur le plan moral : sur le plan religieux : ce relativisme a nécessairement pour conséquence le refus de tout dogme et de toute révélation.

Au futur apprenti qui sollicite son initiation au grade d'apprenti, c'est-à-dire son admission dans la franc-maçonnerie, il n'est rien demandé d'autre que d'admettre qu'aucune vérité n'est indiscutable et qu'aucune croyance, qu'aune foi (qui n'est qu'espérance) n'est à l'abri du doute, ce qui pour un catholique est naturellement incompatible avec sa profession de foi.

Car, n'en déplaise au Grand Orient de France, la foi n'est pas une expérience, une façon de vivre, une façon d'être : un sentiment éprouvé bien davantage qu'une connaissance ou qu'une adhésion qui n'hésite pas à se remettre en question (22).

Elle est au contraire, rappelle le Catéchisme de l'Eglise Catholique, l'assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélée parce qu'il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu'Il dit (23), et le Magistère de l'Eglise engage pleinement l'autorité reçue du Christ quand il définit des dogmes, c'est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire (24).

D'ailleurs, la franc-maçonnerie n'admet la présence de catholiques dans ses rangs qu'à condition qu'ils acceptent les principes maçonniques de tolérance, d'esprit d'ouverture et de laïcité (25). Il faut absolument, écrivait en 1776, le frère Jacques Mauvillon, qu'en adorant l'architecte suprême avec sincérité, et à leur manière, ils ne condamnent absolument point, et en aucune façon, ceux qui l'adorent de telle autre manière que ce soit (26).

Sur le plan moral : relativiste par essence, la franc-maçonnerie ne saurait admettre qu'une morale objective, universelle et considérée comme intangible puisse s'imposer à l'ensemble de la société. Aussi combat-elle ce qu'elle appelle la morale traditionnelle avec la prétention chimérique d'élaborer dans ses loges une éthique indépendante de l'Eglise et libérée de tous les préjugés du passé : Il n'y a pas de morale universelle à soubassement divin ; la morale étant essentiellement contingente, elle évolue, elle n'est pas transcendantale. Ce qui est vrai aujourd'hui, se révèlera faux demain, soutient Henri Caillavet (27), l'ancien président de la Fraternelle parlementaire (28).

C'est en protestant contre la loi et la morale chrétienne que nous distinguerons et arriverons à créer une place nécessaire à une morale nouvelle dont nous appelons une codification à grands cris. Je n'ai jamais été autant scandalisé que le jour où j'ai entendu dire, à la tribune de la Chambre, par un ministre des Affaires étrangères, que la plus haute autorité morale du monde était à Rome, clamait en 1929, le Frère Zaborowski lors du Convent annuel de son obédience (29). ce (30).

Comment l'Eglise catholique, gardienne de la foi et des moeurs dont dépend le salut des âmes, pourrait-elle trouver le moindre terrain d'entente avec une institution dont l'effort principal tend, sur le plan social et politique, à déchristianiser la société, sa culture et ses lois, et subvertir la morale et les moeurs ?

3 - Le secret maçonnique

Le fameux secret maçonnique excite amplement l'imagination et fait couler beaucoup d'encre.

Il consiste d'abord en ceci qu'un maçon est censé ne jamais dévoiler à de simples profanes l'identité de ses frères. Tout au plus pourra-t-il, s'il le juge utile et nécessaire, révéler sa propre appartenance à la franc-maçonnerie.

Il ne devra pas davantage divulguer à qui que ce soit (y compris en confession...), le contenu des travaux auxquels il a pris part au sein de son atelier, ni divulguer aux frères de grades inférieurs les signes, mots de passe ou symboles propres à chaque grade.

Par-dessus tout, il existe, dit-on, un secret d'une autre nature et parfaitement incommunicable, qui n'est autre que la révélation intérieure illuminant chacun des initiés au fur et à mesure qu'il progresse dans la voie de la Connaissance...

En vérité, le secret qui se justifiait sans doute, pour la franc-maçonnerie dite opérative, par la nécessité de protéger l'art ou les secrets de fabrication propres à chaque corporation, perd toute légitimité dans le cas de la franc-maçonnerie dite spéculative qui ne travaille plus sur des matériaux mais sur des idées, en vue de la reconstruction toujours inachevée du temple de Salomon (c'est-à-dire du temple de l'Humanité).

Dès 1738 (date de la première condamnation de la franc-maçonnerie par la bulle In Eminenti du Pape Clément XII), le secret fut l'un des principaux griefs invoqués par l'Eglise à l'encontre des francs-maçons. Notre Seigneur Jésus-Christ n'a-t-il pas proclamé : « Quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient dévoilées; mais celui qui agit dans la vérité vient à la lumière, pour qu'il apparaisse au grand jour que ses oeuvres sont faites en Dieu (Jn, III, 20-21) ? '.

Or, ainsi que l'écrivait un ancien grand maître de la Grande Loge France, la franc-maçonnerie est et ne peut être qu'une société secrète (32).

Certes, elle s'efforce, de nos jours, d'apparaître sous un jour tranquille et débonnaire : Les obédiences ont pignon sur rue ! Elles s'expriment à la radio, à la télévision ou dans la presse, les grands maîtres sont connus, les temples ont des adresses... (33).

Elle donne également l'apparence d'une institution irréprochablement démocratique : chaque loge élit un Vénérable (son président) et quatre officiers (premier et second surveillant, orateur et secrétaire) pour la diriger ; le Grand Maître (ou président) de l'obédience et son conseil exécutif (le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France, le Conseil Fédéral de la Grande Loge de France, etc.) sont eux-mêmes élus par une assemblée générale (ou convent) comprenant un délégué (représentant élu) par atelier...

Or, qu'on le veuille ou non, la franc-maçonnerie est en fait une superposition de sociétés secrètes dont la base ignore ce qui se passe et ce que l'on décide au sommet.

Les apprentis (1er grade), les compagnons (2ème grade) et les maîtres (3ème grade) ne sont pas admis dans les ateliers supérieurs, dans les loges des hauts grades que l'on appelle chapitres ou aréopages, mais seulement dans les ateliers inférieurs dits loges bleues.

Par contre, les affiliés des hauts grades, formant les chapitres (18ème grade) et les aréopages (30ème grade), ces chevaliers Rose-Croix et ces chevaliers Kadosch, participent obligatoirement aux travaux des loges bleues, et se mêlent ainsi à leurs frères des premiers grades, dont ils inspirent, guident ou surveillent les activités (34).

En d'autres termes, la société secrète inférieure - inférieure par son rang et sa qualité - est conduite, à son insu, par une autre société secrète supérieure, qui est elle-même dirigée de la même manière (...). Tandis que la doctrine de l'Eglise est claire sous tous ses aspects (Pie XII), qu'elle peut être connue de n'importe qui, la maçonnerie dérobe aux regards la source de son génie, ses chefs, ses plans.

Elle n'éclaire ses membres que graduellement à mesure qu'elle les gagne et compromet ; rien ne se fait que dans le secret (35). Ainsi donc les maçons d'un grade supérieur observent leurs frères d'un grade inférieur et n'admettent parmi eux que ceux qu'ils choisissent (36).

Une fois que le dignus intrare a été prononcé, la loge devient pour l'apprenti ou le compagnon un cours du soir. Il y entend des leçons et des conférences sur des sujets de religion, de morale, de philosophie, de sociologie, de politique, on lui remet des jeux de fiches contenant une documentation abondante, et d'ailleurs bien faite, apparemment objective, mais habilement tendancieuse et sectaire, sur toutes les questions proposées à son étude, on lui fournit des thèmes à développer.

En récompense de son zèle, il est admis à un degré supérieur, chargé de fonctions honorifiques et peut espérer gravir un à un tous les échelons qui le séparent de la révélation suprême du grand secret.

La majorité des maçons demeurent toutefois confinés aux degrés inférieurs. Il est indispensable qu'il en soit ainsi. La force de la franc-maçonnerie est faite de l'existence de ce prolétariat à la docilité aveugle et ignorante des véritables desseins de ses chefs (37).

Les grades, écrit Benjamin Fabre, ne sont rien en eux-mêmes. Ils sont plus ou moins pompeux, selon les temps, les lieux, les circonstances. Ils sont conférés à des intervalles plus ou moins éloignés, pour permettre aux supérieurs d'opérer une intelligente sélection ; de faire de leurs disciples des hommes nouveaux ; de les débarrasser des préjugés philosophiques, religieux, politiques ; de les rendre dociles à toutes les impulsions venues d'en haut ; de les conduire, comme par la main, jusqu'au sanctuaire où le vrai but, enfin, se révèle, sans que l'initié s'en étonne, ou que sa conscience, depuis longtemps cautérisée, en soit alarmée (38).

Comment ne pas en conclure, comme l'Osservatore Romano du 23 février 1985, que dans ces conditions, le climat de secret comporte pour les inscrits le risque de devenir les instruments de stratégies qu'ils ignorent ?Déiste dans son principe, note Jean-Claude Lozac 'hmeur, la franc-maçonnerie présente sa théorie par degrés et commence par adopter des formes compatibles avec le christianisme (39).

Par contre, les rituels propres aux grades les plus élevés font clairement apparaître que la haine du catholicisme et la lutte contre l'Eglise sont les traits caractéristiques majeurs de l'institution (40).

Le grade le plus intéressant, le plus significatif des hauts-grades est celui de Rose + Croix, numéroté 18ème degré, expose Jean Marquès-Rivière dans ja trahison spirituelle de la franc-maçonnerie.

Dans ce grade, on voit une parfaite caricature du catholicisme (...). Le signe de ce grade (...) est celui du Bon Pasteur. Il consiste à tenir les bras croisés sur la poitrine, les mains écartées ; le mot de passe est Emmanuel, la réponse étant paix profonde le mot sacré est I.N.R.I. (41) et l'âge, 33 ans (...).

Les trois vertus qui sont enseignées dans ce grade sont la Foi, l'Espérance et la Charité ; nous avons vu précédemment comment il fallait comprendre ces trois vertus dans le langage maçonnique. La tunique dont on revêt le récipiendaire se nomme une chasuble (...). Je mentionnerai également dans ce grade la fameuse cérémonie de la cène, qui se fait le Jeudi Saint. Pour achever de parodier l'Eglise, la table s'appelle l'autel, les verre sont les calices (42).

Quant au grade de Chevalier Kadosch (30ème degré), il est très explicitement un grade de vengeance : celle du meurtre d'Hiram, l'architecte du temple de Salomon qui, selon la légende maçonnique, aurait été assassiné puis enseveli par trois mauvais compagnons (mais ressuscita grâce aux Maîtres envoyés à sa recherche par le roi Salomon)... mais aussi celle de Jacques de Molay, Grand Maître de l'Ordre du Temple, condamné au bûcher en 1314 sous le roi de France Philippe le Bel avec la complicité du pape Clément V.

Aux yeux des francs-maçons (qui revendiquent l'héritage spirituel des Templiers), Clément XV symbolise plus particulièrement l'ignorance, le fanatisme et l'ambition de la papauté (43).

Lors d'un colloque entre chrétiens et francs-maçons organisé en novembre 1992 au centre Sèvres, à Paris, en présence du grand maître de la Grande Loge de France de l'époque, Michel Barat, Mgr Thomas soutenait qu'un catholique peut parfaitement appartenir à une loge maçonnique sans pour autant perdre sa propre foi, puisque la maçonnerie n'est pas une religion (44).

Certes, la franc-maçonnerie se défend ouvertement de constituer une religion nouvelle et concurrente des autres religions, puisqu'elle ne propose aucune théologie de la pensée, aucune doctrine, aucun credo (45).

La franc-maçonnerie, précise pour sa part le Conseil Fédéral de la Grande Loge de France, n'est pas une religion au sens où celle-ci veut apporter aux hommes le salut et la vie éternelle à partir d'une révélation historique donnée (46).

Mais dans le même temps, la franc-maçonnerie se propose de réunir ce qui est épars et selon le texte initial des Constitutions d'Anderson de 1723, d'établir ici-bas cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord et qui ferait d'elle le véritable centre d'union de l'Humanité toute entière...

Elle incarne en fait l'universalisme d'une religion (au sens étymologique) qui tend à unir tous les Frères de bonne volonté, comme l'écrivait le Frère Jean Corneloup, Grand Commandeur d'Honneur du Grand Collège des Rites dans son livre : Universalisme de la Franc-Maçonnerie (47).

En vérité, la franc-maçonnerie, dont c'est pour ainsi dire la raison d'être, a pour suprême ambition l'instauration, au-dessus du catholicisme et de toutes les religions particulières, de LA religion universelle. Qu'on en juge : Si la Franc-Maçonnerie n'est pas aujourd'hui une religion, au sens courant du mot, elle provient cependant d'une antique religion ayant son dieu, son culte, ses dogmes, ses cérémonies et, rivale non seulement du Christianisme mais aussi du judaïsme et peut-être du paganisme officiel de la Grèce et de Rome, expose la Revue Maçonnique de novembre-décembre 1897 (48).

Il appartient (a francs-maçons) d'assurer la direction spirituelle de la société moderne (...). Il s'agit (...) non plus de réfuter bruyamment des systèmes religieux, à juste titre discrédités, mais de mettre soi-même debout une religion viable adaptée aux progrès des lumières et susceptible de satisfaire les intelligences les plus émancipées (...). Nous n'avons sapé, renversé, abattu, démoli avec une fureur qui semblait parfois aveugle que pour rebâtir dans de meilleures conditions de goût et de solidité, écrivait en 1916 un certain Frère Hiram dans la revue du Grand Orient de France, L'acacia (49).

Un jour viendra où la Maçonnerie sera fatalement la direction spirituelle de tous, et ce jour-là sera l'aube de cette paix universelle qui jusqu'à présent était une utopie, mais qui sera bientôt une réalité, s'exclamait en 1924 le Frère Barcia, ancien grand maître du Grand Orient espagnol (50).Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, le Frère Charles Riandey prophétisait en 1946 qu'un jour, le monde futur créera du neuf après avoir assimilé le christianisme et d'autres formes actuelles de spiritualité et donnera peut-être naissance, par analogie avec le phénomène physique de collectivisation totale, à une sorte de panthéisme dans lequel se trouveront fondues, amalgamées toutes les pensées actuelles, redynamisées toutes ensemble vers des objectifs encore inconcevables (51), tandis qu'un membre du Suprême Conseil de France, le baron Yves Marsaudon, s'écriait au début des années 60 : Catholiques, Orthodoxes, Protestants, Musulmans, Hindouistes, Bouddhistes, Penseurs-Libres, Penseurs-Croyants, ne sont chez nous que des prénoms : c'est Francs-Maçons le nom de famille ! (52).

De fait, consciente de l'impossibilité de détruire l'Eglise catholique, son principal adversaire dans l'exercice du pouvoir spirituel auquel elle prétend sous couvert d'oecuménisme, la franc-maçonnerie ne désespère pas d'assimiler ou de dissoudre le christianisme au sein d'une Super-religion tolérante et syncrétiste. Mère et Maîtresse de vérité, l'Eglise catholique ne serait plus alors qu'une autorité morale et spirituelle parmi d'autres.

Au demeurant, n'est-ce pas l'impression qu'elle a donné lorsqu'en novembre 1985, le Conseil permanent de l'épiscopat français joignit sa signature à celles de la Licra, du Mrap, du Conseil supérieur rabbinique et du Recteur de la Mosquée de Paris, au bas d'un Appel commun contre le racisme, le tout sous l'égide... de la Grande Loge de France ?

N'est-ce pas également le piège dans lequel elle risque de tomber chaque fois qu'au sein du Comité national consultatif d'éthique, un représentant de l'Eglise catholique désigné par l'épiscopat rejoint d'autres personnalités appartenant aux principales familles philosophiques et spirituelles du pays et donne l'impression d'approuver tous les avis dudit comité ou de se rallier à un pseudo-consensus ?...

Lui ne voit que dans le cas de la franc-maçonnerie - fût-elle spiritualiste -, toute tentative de rapprochement ou de dialogue avec l'Eglise est non seulement une chimère, mais un redoutable piège ?

La correspondance échangée en 1905 et 1906 entre les deux grands maîtres du Grand Orient et de la Grande Loge de France, ne laisse d'ailleurs planer aucun doute sur le fait que, depuis le début du siècle, le spiritualisme est l'alibi grâce auquel une partie de la franc-maçonnerie s'efforce, sinon de séduire, du moins d'endormir la méfiance des catholiques à son égard.

C'est dans cet esprit qu'en 1908 fut organisé un convent des maçonneries spiritualistes à propos duquel frère Hiram écrivait dans L'acacia (revue du Grand Orient de France) : C'est à cette nouvelle forme de lutte contre l'Eglise que nous conduira la réaction ritualiste, symboliste, et pourquoi ne pas le dire, religieuse, au sens social du mot qui commence dans la maçonnerie française (53).

La vérité, c'est qu'il n'y a pas d'entente possible entre l'esprit de la franc-maçonnerie : le culte de l'Homme affranchi du dogme et de la morale, seule interprète du bien et du mal, du vrai et du faux sans intervention divine superflue (54), il n'y a pas le moindre compromis possible entre cette déification de l'Homme sans Dieu, et la religion du Dieu fait homme.

Olivier DRAPE
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CETTE ETUDE REMARQUABLE A « ATTERRI ' PAR HASARD SUR MON DISQUE DUR. JE NE CONNAIS PAS OLIVIER DRAPE. JE PRENDS LE RISQUE DE PUBLIER EN M'EXCUSANT FRATERNELLEMENT AUPRES DE LUI.

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BIBLIOGRAPHIE : 1 - Points de vue initiatiques - Cahiers de la Grande Loge de France, n° 89, 2ème trimestre 1993, p. 18.
2 - Le C.F.R.T., producteur de l'émission Le jour du Seigneur que dirige le père Marliangeas.
3 - Jacques Mitterrand, La politique des francs-maçons, Roblot (1984), pp. 42-43.
4 - L. de Poncins, in La Franc-maçonnerie d'après ses documents secrets Diffusion de la Pensée Française (DPF), 1972.
5 - Oswald Wirth, in L'idéal initiatique, cité par A. de Lassus in Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie, AFS .
6 - Jardin caché, livret du Conseil Fédéral de la Grande Loge de France (mars 1994).
7 - Luc Nefontaine, Eglise et franc-maçonnerie, éditions du Chalet (1990), p. 64.
8 - Albert Lantoine in La franc-maçonnerie chez elle, cité par J.Marquès-Rivière dans La trahison spirituelle de la franc-maçonnerie, Jean-Renard, 1941, p. 41.
9 - Yves Marsaudon, Souvenirs et réflexions, Editions Vitiano, p. 361.
10 - Les femmes sont traditionnellement écartées de la franc-maçonnerie régulière;
c'est le Duc de Kent qui exerce actuellement les fonctions de Grand Maître de la Grande Loge Unie d'Angleterre par procuration de la Reine Elisabeth.
11 - Alec Mellor, Nos frères séparés, les francs-maçons, Mame, 1961.
12 - J.A. Ferrer-Benimeli : Les archives secrètes du Vatican et de la Franc-Maçonnerie Dervy-Livres, 1989.
13 - Cf le texte complet de cette déclaration et le commentaire de l'Osservatore romano du 23 février 1985 en pages 14 et 15 de ce numéro.
14 - Le Monde du 16 novembre 1985.
15 - Jardin caché...., livret du Conseil fédéral de la GLF.
16 - Convent du GODF de 1925, compte-rendu (p. 431), cité par J. Marquès-Rivière, opus cit., p. 190.
17 - Cité par Jean Ousset dans Marxisme et Révolution, C.L.C., p. 182.
18 - Humanisme n° 213, décembre 1993.
19 - Au cours de la discussion qui suivit la projection du film Jardin caché, rue de Puteaux, au siège de la Grande Loge de France, en présence de Mgr Thomas, le 22 mars 1994.
20- Arnaud de Lassus, Connaissance élémentaire de la Franc-Maçonnerie, AFS, p. 73.
21 - Humanisme n° 181-182, septembre 1988.
22 - Alain Gérard, Franc-maçonnerie et catholicisme in Humanisme n° 181-182, septembre 1988.
23 - Cf. Catéchisme de l'Eglise Catholique, n° 150.
24 - Catéchisme de l'Eglise Catholique, n° 88.
25 - André Combes, Eglise de France et franc-maçonnerie, in Humanisme n° 208-209, mars 1993.
26 - Cité dans Humanisme n° 193, octobre 1990, p. 30.
27 - Cité dans Permanences n° 271, avril 1990, pp. 42-43.
28 - Une Fraternelle réunit des francs-maçons de toutes obédiences par affinités professionnelles, géographiques, politiques, etc... La Fraternelle des parlementaires, qui regroupe les députés et sénateurs francs-maçons de droite comme de gauche, toutes obédiences confondues (GODF, GLF,GLNF, etc), joua dans les années 60 et 70 un rôle tout à fait déterminant dans l'adoption des lois sur la contraception et surtout, l'avortement. C'est un fait, écrit Le Point du 11 septembre 1978, que les travaux maçonniques sont souvent à l'avant-garde du mouvement des idées. Le Planning Familial, la contraception, l'avortement, c'est eux.
29 - Compte-rendu du Convent de 1929, p. 260.
30 - Richard Dupuy, La foi d'un franc-maçon, Plon, 1975, p. 114.
31 - Pierre Simon, De la vie avant toutes choses, Ed. Mazarine 1979. Voir la brochure AFS : Les étapes maçonniques d'une politique de la mort.
32 - Richard Dupuy, opus cit, p. 109.
33 - Patrice Burnat et Christian de Villeneuve, Les francs-maçons des années Mitterrand, Grasset, 1994, p. 20.
34 - Lectures françaises n° 288, avril 1981.
35 - Daniel Jacob, Derrière les franc-maçonneries de papa, Permanences n° 32, août- septembre 1966.
36 - Arnaud de Lassus, opus cit. p. 58.
37 - Robert de Beauplan, in L'illustration du 12 octobre 1940.
38 - Cité par Daniel Jacob in Permanences n° 32, août-septembre 1966, p.34.
39 - J.C. Lozac 'hmeur et B. de Karer, De la Révolution - Essai sur la politique maçonnique, Editions Sainte Jeanne d'Arc,1992, p. 24.
40 - A noter que les hauts grades ne dépendent nullement du Grand Maître ou du président élu des différentes obédiences, mais sont administrés par un Conseil dont les dirigeants se recrutent par cooptation. Il s'agit : du Grand Collège des Rites pour les frères du Grand Orient de France qui pratiquent le rite français du Suprême Conseil de France pour les maçons de la Grande Loge de France qui pratiquent le rite écossais ancien et accepté du Suprême Conseil pour la France, en ce qui concerne les frères de la GLNF (seule obédience régulière) enfin, du Suprême Conseil Mixte de France pour les frères et soeurs de Droit Humain et du Suprême Conseil Féminin pour les soeurs de la Grande Loge Féminine de France.
41 - Dont la signification maçonnique n'est pas Jésus de Nazareth, roi des Juifs, mais Igne Natura Renovatur Integra (Par le feu - ou l'esprit - la nature est rénovée tout entière). NDLR
42 - J. Marquès-Rivière, opus cit. , pp. 231-232.
43 - Cf. Mgr de Ségur, Les francs-maçons, in L'anti-maçonnisme catholique, Emile Poulat et J.P Laurant, Berg International, 1994, pp. 50-55.
44 - Le Monde des 14-15 novembre 1992.
45 - Humanisme n° 208-209, mars 1993.
46 - Jardin caché , livret du Conseil fédéral de la GLF ( mars 1994).
47 - Editions Vitiano (1963).
48 - Cité par J.C Lozac 'hmeur et B. de Karer in De la Révolution - essai sur la politique maçonnique, éd Sainte Jeanne d'Arc, 1992.
49 - Cité par Daniel Jacob dans Permanences n° 33, octobre 1966 (Les courants maçonniques actuels).
50 - Cité par J. Marquès-Rivière, opus cit. pp. 126-127.
51 - Le Temple, septembre-octobre 1946.
52 - L'oecuménisme vu par un Franc-Maçon de Tradition, éditions Vitiano, p.126.
53 - L'Acacia, mars 1908.
54 - Humanisme, juillet 1975.
55 - Pas à nous, Seigneur, la gloire, mais à Toi seul ( Vg, 113 B, verset 1).

 L'EDITO du Frère Jean R:.
N.B. Cet édito, comme tous les autres, n'engage que son auteur.

« Liberté ! Egalité ! Fraternité ! »

N° 5 : Pourquoi les Francs-Maçons sont-ils excommuniés ?Toute personne qui entretient des rapports familiaux, sociaux ou professionnels avec un Franc-Maçon se trouve tôt ou tard confrontée avec la question: Pourquoi les Francs-Maçons sont-ils excommuniés? Et les réponses qu'elle peut obtenir à ses interrogations sont soit tendancieuses, soit évasives et, dans tous les cas, décevantes pour celui ou celle qui désire sincèrement savoir.

Dès le début de ce que nous pouvons considérer comme la manifestation d'une vie religieuse, les corporations de métiers ont sans doute été partout en contact étroit avec le clergé local. Elles réalisaient pour ce dernier, non seulement des édifices religieux, mais aussi des dispositifs destinés à impressionner les fidèles. Il est normal que ces réalisations aient été le fait de quelques individus choisis pour leurs capacités professionnelles et surtout pour leur discrétion. De ce fait, une certaine symbiose a conduit au statut de "prêtre-constructeur" ou au moins à celui de constructeur initié aux arcanes de la religion du lieu.

Dans l'antiquité romaine et médiévale, pour défendre leurs intérêts et aussi pour se soutenir et se défendre mutuellement, les constructeurs s’étaient organisés en guildes, en confréries, qui jouissaient de franchises étendues. Pour pouvoir construire ils devaient pouvoir se rendre sur le chantier, chercher des matériaux dans les carrières ou les forêts et, donc, circuler librement en troupes plus ou moins nombreuses. Avec les invasions barbares, tout l’édifice social et religieux romain s’est effondré. Ce n’est que vers l’an 600 que nous retrouvons des traces de " collégia ", de confréries de bâtisseurs.

Ce sont les congrégations religieuses, les pouvoirs civils et militaires, ont été les premiers à utiliser un nombre important d'ouvriers pour la construction de leurs chapelles, monastères, églises, châteaux ou palais.

Avec les croisades, de grands déplacements de constructeurs ont commencé car il n'y a pas de guerre sans troupe du génie. Sous l'égide des Templiers, les confréries de maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, etc. se sont structurées. C'est sans doute à ce moment que les maçons ont choisi Saint Jean comme patron. Leurs protecteurs, les Templiers, se disaient eux aussi de Saint Jean. Est-ce àce moment que les confréries de métiers sont devenues suspectes d'hérésie ?

Il est bien connu que l'Eglise de Jean, apôtre de la liberté, a toujours été opposée à l'Eglise de Pierre qui prônait l'esclavage et même l'amour de l'esclave pour le maître qui le bat, et en tous cas la soumission inconditionnelle à la hiérarchie établie.

Mais au début du 2e millénaire, nous ne notons pas d'hostilité de l'Eglise envers les constructeurs qui oeuvrent sur les grands chantiers des cathédrales et des ouvrages militaires destinés à la défense des lieux saints.

C'est dans ce ciel serein que la première bulle d'excommunication des Francs Maçons qui nous soit connue est tombée comme un coup de foudre. En 1189, le concile de Rouen excommunie les bâtisseurs libres et aussi les constructeurs s’acqueducs. Pourquoi? Les Francs-Maçons, se disant de Saint-Jean, abritaient peut-être dans leurs loges et leurs chantiers des hérétiques : des Cathares, des Bogomiles? Surtout ces Cathares qui prêchaient l'évangile de Jean et qui l'avaient même traduit en langue d'oc. Dans leurs loges, a l’abri des oreilles du cler, les constructeurs avaient-ils eu l’occasion de débattre des idées de Roger Bacon, le moine franciscain qui voulait soumettre la connaissance à l'expérimentation? Ou des théories du moine dominicain Eckhart sur la dualité de l'être, virtuel en Dieu et concret sur terre ? Ils ont certes été en contact avec des constructeurs musulmans et on peut craindre qu'ils en aient rapporté des idées peu orthodoxes.

Comme les protecteurs des Francs-Maçons, les Templiers étaient à ce moment très puissants, la bulle n'a pas eu de suites fâcheuses.

Mais la fin de l'Ordre du Temple, en 1312, a privé les confréries de protection. Les grands déplacements de main d'oeuvre ont cessé et déjà en 1326 le concile d'Avignon excommunie à nouveau les Francs-Maçons.

Cette condamnation comporte un détail important nous lisons: Dans certains cantons de nos régions, il y a des gens, le plus souvent des nobles, parfois des roturiers, qui organisent des ligues, des sociétés, des coalitions interdites... ils se rassemblent une fois l'an, en quelque lieu, pour y tenir leurs conciliabules et leurs réunions..... Parfois, après s'être revêtu d'un costume uniforme, et faisant usage de marques et de signes distinctifs, ils élisent l'un d'entre eux comme supérieur. Ce sont donc les prémisses de la démocratie et du libre choix des chefs, qui sont visés.

Cette bulle concerne donc bien les Francs-Maçons, et surtout ces nobles et parfois roturiers qui en font partie mais qui ne construisent pas. Il s’agit surtout de la Franc-Maçonnerie spéculative où des nobles, des savants ou des philosophes hérétiques ont trouvé refuge. L'église craignait sans doute une survivance de l'esprit du Temple?

Dès ce moment, à travers tout l'Europe, il n'y a plus une Franc-Maçonnerie, mais des loges localement actives. Elles ont peu de rapports entre elles. Les connaissances du métier se sont atomisées, plus personne n'a le loisir de se déplacer, et encore moins de "philosopher", car toute l'activité est utilisée à la survie dans un climat de guerre perpétuelle.

Dès le quinzième siècle, surtout dans les villes universitaires, un nouveau courant de pensée a vu le jour. On l'a nom'né "courant scientiste" ou esprit "rosicrucien". Parallèlement à la Réforme, des idées hérétiques ont germé. Ce qui se discutait peut-être dans le secret des loges est venu au grand jour. Mais l'inquisition veillait. Les savants "hérétiques" sont chassés des universités. Heidelberg est pris par les troupes catholiques. C'est la fuite en Angleterre, Hollande, Pays Nordiques.

Dans certaines loges anglaises et écossaises les penseurs entrent en force. La Loge de Warrington initie Elias Ashmole, le rosicrucien, qui formera très rapidement dans sa loge un groupe d'études scientifiques où l'on trouve les noms de Robert Boyle, William Lilly, Thomas Warton et d'autres chercheurs moins connus. En 1644, les trois quarts des membres de la Loge d’Edimbourg ne construisaient pas.

Les loges étaient en passe de devenir totalement spéculatives quand, en 1666, l'incendie de Londres donne une nouvelle impulsion aux confréries de bâtisseurs. Il faut reconstruire. Pour attirer les maçons, on renouvelle leurs franchises et, naturellement, de nouvelles loges voient le jour. A la fin du siècle, Londres est reconstruit. Le Grand-Maître des Francs-Maçons était Christopher Wrenn, le constructeur de la cathédrale de St-Paul. Jacobite notoire et catholique convaincu, il a 87 ans en 1717. Sa succession est ouverte. C'est ici qu'intervient Desagulier, huguenot et rochellois, grand pourfendeur de curés et ennemi juré de Rome et de la monarchie de droit divin des Bourbons.

Le grand mérite de Desagulier a été de comprendre qu'en noyautant les loges de Londres, et en y attirant des princes et des nobles, il pouvait faire pièce aux Bourbon et se venger des catholiques qui avaient persécuté sa famille lors de la révocation de l'Edit de Nantes.La Franc-Maçonnerie anglaise était donc fortement axée sur la lutte contre les Bourbon et contre la Papauté. Aussi le soutien de l'Eglise et du Gouvernement de Londres s'explique facilement. Le recrutement des loges était axé sur la position sociale des candidats. La noblesse y avait la prépondérance et la Grande Loge de Londres pouvait se permettre d'avoir comme Grand Maître, de 1720 à 1724, le duc de Warton, président et membre fondateur de cet Hell Fire Club où l'on se réunissait pour blasphémer. En 1747 on ne fit pas mieux en nommant à ce poste Lord Byron, dit Byron le débauché, et ce malgré qu'il eût tué l'un de ses parents lors d'une rixe d'ivrognes. Mais ces hommes étaient nobles et cela seul comptait.

En France, la situation était différente Au début du XVIIIe siècle, la monarchie y régnait d'une manière souveraine. En 1709, Bossuet, dans sa "politique tirée des propres évangiles de l'Ecriture Sainte" prouve que: le gouvernement de Louis XIV est issu directement de la Bible. Le roi règne de droit divin. Il a reçu le pouvoir de Dieu, de ses ancêtres et de la Vraie Eglise.

Nombre de nobles écossais avaient cependant suivi Henriette de France, veuve de Charles 1er, dans son exil. Sa garde était assurée par des régiments écossais, formés de catholiques fervents. Ce sont eux qui ont introduit la Maçonnerie écossaise sur le continent, recréant leurs loges militaires et y acceptant des nobles et officiers français.

Contrairement aux loges anglaises, les loges continentales et écossaises furent plus heureuses dans le choix de leurs dignitaires. Sans doute ceux-ci étaient-ils moins voyants que les nobles anglais, et aussi moins adroits que Desagulier. Ceci n'empêcha pas le bruit de courir, vers 1720, que les Francs-Maçons étaient des jésuites déguisés. Sans doute que la personnalité de Ramsey y fut pour quelque chose.

C'est dans ce contexte que le cardinal Corsini aurait guidé la main du Pape Clément XII, âgé à ce moment de 87 ans et aveugle, pour signer la première bulle contre la Franc-Maçonnerie de l'histoire moderne. Nous avons bien dit "aurait", car l'original de la bulle ne porte pas la signature de Clément, ni d'ailleurs celle de son camerlingue de neveu Corsini. On n'y trouve que le nom d'Fugénius sous forme calligraphiée. Selon le Bullarum Romanum, la bulle est signée de N. Antonellus et de I.B. Eugénius. Ces deux personnages sont cependant totalement inconnus et en tous les cas ne détenaient aucune fonction ecclésiastique d'importance.

Quelles sont les considérations à la base de cette première bulle? A l'origine il semble bien qu'elle aie été une réaction normale du Vatican contre les attaques lancées par les protestants anglais, soutenus par les Hannovre et les loges anglaises, contre la papauté. Et peut-être aussi contre les loges continentales qui s'opposaient à la royauté de droit divin. Sans parler des raisons politiques, la bulle reproche "le serment fait sur la bible de garder le secret sur ce qui se fait et se dit en loge."

Relevons que cette bulle se refère à une ancienne loi romaine destinée à lutter contre les Chrétiens. L’empereur Trejan avait stipulé: Lorsque plusieurs hommes intelligents se rassemblent, même si c’est pour lutter contre un incendie, il peut en résulter un danger bien plus grand que la destruction de quelques maisons ou même de la ville entière.

Quoi qu'il en soit, le parlement français, qui n'avait aucune raison d'aider le Pape que l'on voyait avec déplaisir prendre de plus en plus d'emprise sur le peuple, n'enregistra jamais cette bulle. De ce fait, si, en France, le clergé des paroisses était docile aux injonctions romaines, nombre de prélats cultivés continuaient à fréquenter les loges.

Dès ce moment, les bulles vont se succéder.En 1751 Benoit XIV se fera un peu plus explicite : Il cite seulement parmi les raisons très graves: dans cette société, il se réunit des hommes de toute religion, de toute secte, d'où l'on voit assez quel mal peut en résulter pour la pureté de la religion catholique.

Encore une bulle sans grand effet. Pendant les années qui précédèrent la révolution française, sur les 629 loges que comptait le Grand Orient de France, il n'y en avait aucune qui ne compta un ou plusieurs ecclésiastiques parmi ses membres. Vingt-sept d'entre elles avaient même un ecclésiastique comme Vénérable.

Mais changeons de siècle. En 1821, Pie VII s'en prend surtout aux Carbonari dont l'organisation était similaire à celle de la Franc-Maçonnerie. Il condamne surtout le fait qu'ils ont la coupable audace de nommer Jésus-Christ leur Grand Maître.

Y avait-il d'autres raisons ? Est-ce un hasard si cette bulle est promulguée juste une année après que Mgr. Affre, Archevêque de Paris, ait fulminé contre les savants et menacé d'excommunication quiconque oserait encore affirmer que la terre avait plus de 6820 ans. Les livres sacrés enseignent que Adam est né 4 000 ans avant Jésus, et que la terre a été formée mille ans avant Adam. Tous les interprètes du zodiaque de Denderra sont donc des ennemis de la religion.

Cinq ans plus tard, en 1826, Léon XII s'en prend aux "sectes dites universitaires, où les jeunes sont pervertis par quelques maîtres, initiés à des mystères d'iniquité et formés à tous les vices. Est-ce éventuellement l'école laïque qui est visée? Léon XII veut rappeler les brebis égarées au bercail et il stipule : Pour leur rendre plus facile le chemin de la pénitence, Nous suspendons pendant l'espace d'un an... l'obligation de dénoncer leurs frères... Ils n'ont plus besoin de dénoncer leurs complices.

Trois ans plus tard, Pie VIII renouvelle les accusations contre les sectes secrètes constituées récemment pour corrompre les âmes des jeunes gens.

Nous en arrivons à Pie IX qui mérite une attention très spéciale. Quoique les documents y relatifs ont pratiquement tous disparu, nous savons que, de son nom de baptême il se nommait Giovanni Ferreti Mastaï. Il aurait été initié le 15 août 1809 à la loge Eterna Catena à l'Orient de Naples. Alors qu'il était délégué apostolique en Uruguay, il y fréquentait assidûment les loges.

Devenu Pape sous le nom de Pie IX, il doit naturellement se défendre d'avoir été initié. Comme l'attaque est la meilleure des défenses, il fulmine et demande d'exterminer comme d'un glaive, cette secte qui respire le crime et s'attaque aux choses saintes.

Rien d'étonnant Si le roi d'Italie Victor Emmanuel, en sa qualité de Grand-Maître de la Franc-Maçonnerie italienne, demande le jugement du Frère Mastaï. Celui-ci sera trouvé coupable de violation répétée de son serment et exclu de la Franc-Maçonnerie. Le document y relatif sera diffusé dans tout le monde maçonnique.

Nous en arrivons à la bulle de Léon XIII, très explicite cette fois. Cette bulle, promulguée en 1884, est sans doute encore de nos jours le document le plus représentatif de la controverse et aussi celui qui est le plus souvent cité. Il a été réimprimé en 1961 et est disponible dans toutes les bonnes librairies. Nous ne pouvons qu'en conseiller une lecture attentive. Nous y trouvons naturellement, et c'est regrettable, des accusations de bonnes femmes qui prêtent à sourire.

Voyons cependant les vraies raisons, celles qui nous sont bien connues, même si ce ne sont pas nécessairement les mêmes que celles de Clément XII. Léon XIII ne les signale qu'en passant, sans insister. Il s'agit, bien sûr, de l'éternelle question du secret. Mais parmi les raisons bien réelles nous trouvons la séparation de l'Eglise et de l"Etat, qui est présentée comme l'oeuvre des Francs-Maçons, et une négation de la révélation divine et de la mission de l'Eglise. Le dépouillement de la puissance temporelle des Papes est stigmatisée comme étant aussi l'oeuvre des Francs-Maçons pour détruire la puissance sacrée des pontifes romains et détruire la papauté qui est d'inspiration divine.

Nous lisons ensuite : la grande erreur du temps présent... est de mettre sur pied d'égalité toutes les formes religieuses. Or, à lui seul ce principe suffit à ruiner toutes les religions, et particulièrement la religion catholique, car, étant la seule véritable, elle ne peut, sans subir la dernière des injures et injustices, tolérer que les autres religions lui soient égalées.

Plus loin, nous lisons Voici clairement définie l'erreur démocratique : les hommes sont égaux en droit, tous, à tous les points de vue, sont d'égale condition. Car Pierre enseigne en effet que les chrétiens doivent se soumettre, pour Dieu, à toute créature humaine qu'il a établie au-dessus d'eux.

En analysant soigneusement le contenu de toutes ces bulles sans nous laisser distraire par les accusations que nous savons infondées, que reste-t-il ? Il semble en ressortir une grande crainte. C'est celle de voir s'étendre la liberté de conscience, car c'est pour cette liberté, pour tous les hommes, que les Francs-Maçons ont toujours lutté. Cette liberté implique naturellement le refus de tout dogme imposé pour permettre à chaque homme une recherche personnelle de la Vérité, à chaque chercheur de trouver en lui-même ce qui le relie à la transcendance. Chacun peut ainsi trouver une compréhension personnelle de son Dieu.

Voyons notre vingtième siècle. En 1937, Pie XI promulgue la seule bulle contre la Franc-Maçonnerie que je vous prie fraternellement de considérer comme nulle et non avenue. En effet, à ce moment, il était prisonnier de Mussolini. Il ne se passait pas un dimanche sans qu’éclata une bagarre entre chemises noires et jocistes (Jeunesse ouvrière catholique). On se battait sur les parvis, dans les escaliers des clochers pour empêcher d’appeler les fidèles àla messe. Il fallait donner un gage de bienveillance au geôlier fasciste, et, en excommuniant les Francs-Maçons, les Rotari, les Compagnons et aussi les autres bêtes noires de Mussolini, les communistes, un terrain d'entente était trouvé. Les ennemis de nos ennemis étant nos amis, il n’y avait plus de problème pour sonner les cloches.

Où en sommes-nous aujourd'hui? Les avis sont partagés. D'un côté on tolère, de l'autre on fulmine. Est-ce pour ne pas trop se démarquer de Mgr. Lefèvre que le Pape Jean-Paul II a signé la déclaration de la congrégation pour la doctrine de la foi du 26 novembre 1983 qui condamne à nouveau la Franc-Maçonnerie ? En effet, nous lisons dans les périodiques fondamentalistes: La liberté de conscience, les droits de l'homme, l'ouverture aux autres religions ou confessions, l'esprit de dialogue, sont contraires à l'esprit catholique. Toute liberté est celle de l'erreur contre la vérité. Tout dialogue est celui de l'homme éclairé et du serpent. Le respect des consciences, quand on a la chance d'avoir les serviteurs de la vérité qui détiennent le pouvoir, devient scandale ou abdication.

A travers toutes ces bulles, nous pouvons suivre le devenir de la Franc-Maçonnerie actuelle et la lente maturation des idées. Pendant les derniers siècles du premier millénaire, nous ne pouvons que supposer les antagonismes entre la religion de Pierre et celle de Jean. Au début de ce millénaire, les maçons ont commencé à faire chanter les pierres pour transmettre à tous les hommes un message de liberté spirituelle. Ce message est inscrit dans les cathédrales, véritables livres d'images. L'église est devenue le centre de la cité. Elle est ouverte à tous et l'enseignement véhiculé se veut accessible à chacun.

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, la Franc-Maçonnerie a ouvert ses portes aux divers courants scientifiques. Elle a servi de refuge aux victimes de l'inquisition, à ceux qui représentaient l'élan vers la liberté de pensée. Dans le sein des loges, dans un climat exempt de confrontation haineuse, ou d'a priori dogmatique, comme le grain mis en terre les idées nouvelles pouvaient germer, croître.

Au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie est devenue franchement révolutionnaire. Non seulement en France, ou aux Etats-Unis qui trouvèrent leur indépendance grâce aux Francs-Maçons, mais aussi en Suisse, et spécialement dans le Pays de Vaud. Vers 1780, lors de la fondation de la Loge " les Amis Unis ", la moitié des membres fondateurs étaient officiers. Et tous ces officiers se trouvaient à Morges, à pied, privés de commandement par LL. EE. de Berne pour avoir signé la pétition "dite de von Ernst" qui demandait les mêmes privilèges pour ancienneté de servir pour les officiers Vaudois que pour les Bernois.

Au célèbre banquet des Jordils, nous retrouvons six membres de la Loge de Morges :les deux Frères Régis, Pierre Muret, François Mandrot, Jacob et Félix Blanchenay. Sans doute y avait-il aussi des frères des Loges lausannoises, mais je n'ai pas retrouvé leurs noms.

Au siècle passé, c'est une Franc-Maçonnerie évolutionnaire qui a pris la relève. Eprises de justice sociale, les Loges ont fortement marqué la Constitution Fédérale de 1848. Nous retrouvons dans certaines archives les titres des conférences suivantes : La réduction des heures de travail, la suppression du travail des enfants, l'extension de l'enseignement gratuit, la participation des ouvriers aux bénéfices de l'entreprise, l'admission d'hommes de toute religion dans la Franc-Maçonnerie (donc aussi les juifs et les musulmans).

Qu'en est-il de la Franc-Maçonnerie actuelle ? Une constante est apparue tout au long de ce cheminement. C'est la volonté de promouvoir la liberté de conscience pour tous les hommes et de permettre à tous, et surtout aux membres des loges, de chercher à se situer librement dans leur relation avec le tout. En cherchant l'harmonie entre tous les hommes, la Franc-Maçonnerie cherche à promouvoir l'épanouissement de l'humanité.

Améliorer les rapports entre les hommes, rendre l'humanité plus consciente de ses imperfections à travers une introspection libre de préjugé ou de dogme; cela n'est possible que par l'amélioration de l'individu, de chaque individu, et en premier lieu de chaque Maçon.

Pour essayer d'atteindre ce but, la Franc-Maçonnerie actuelle utilise un moyen qui nous vient des anciens constructeurs et qui était déjà utilisé en Grèce ancienne et en Egypte pharaonique : L'initiation.

L'initiation est sans aucun doute le moment le plus important dans la vie d’un maçon. Aussi devons-nous préciser ce que nous entendons par Initiation, ce que celle-ci représente pour nous, ce qu'elle permet d'obtenir, comment elle agit, et ce qu'elle peut, de nos jours encore, signifier pour les hommes et les femmes de notre temps.

Mircéa Eliade a écrit: On entend en général par initiation un ensemble de rites et d'enseignements oraux qui poursuit la modification radicale du statut social et religieux de l'homme à initier. Philosophiquement, l'initiation équivaut à une modification ontologique du régime existentiel.

Et René Guénon précise: L'initiation est essentiellement une transmission et ceci peut s'entendre en deux sens différents. D'une part transmission d'une influence spirituelle et d'autre part transmission d'un enseignement traditionnel. C'est la transmission de l'influence spirituelle qui doit être envisagée en premier lieu, car c'est elle qui constitue essentiellement l'initiation au sens strict.

Ainsi l'initiation a pour objet, avant tout, de provoquer une modification radicale de notre mode de penser, de notre manière de vivre, de tout notre être. Il s'agit réellement, comme le précisent nos anciens rituels, de passer des ténèbres à la lumière.

Il convient de changer réellement l'homme. Mais pour atteindre ce but, l'initiation nécessite plusieurs conditions. Tout d'abord le candidat doit être "libre et de bonnes moeurs". Il doit, dans une première épreuve, se dépouiller de tous les préjugés reçus dans la vie profane, il doit "dépouiller le vieil homme".Mais cette mort symbolique, déjà pratiquée dans les initiations égyptiennes et dans la Grèce antique, ne saurait avoir lieu n'importe comment et n'importe où. Les épreuves de l'initiation, les "voyages" symboliques (au Rite Ecossais Ancien et Accepté, ils comportent les épreuves de la Terre, de l'Eau, de l'Air et du Feu.) doivent avoir lieu dans un espace-temps séparé du monde, dans un "Temple", sacralisé par le Rite lui-même.

En vivant ce psychodrame initiateur, le candidat le perçoit à la première personne ; lui seul est le Rite, l'acteur et le but de la cérémonie. Tous les Maçons présents ne sont que des canaux cherchant à insuffler au candidat l'esprit qui anime la "chaîne initiatique".

C'est ici que débute ce que René Guénon nomme l'initiation virtuelle qu'il appartiendra au néophyte de rendre effective par son travail, son assiduité, sa persévérance. On ne saurait devenir Compagnon, puis Maître, en un jour, sans travail et sans patience.

De plus en plus d’hommes, et de femmes, cherchent une réponse aux questions fondamentales. Quelle est la raison de notre existence, d'où venons nous, où allons nous ? Pour chacun de nous, la réponse à ces questions ne peut nous parvenir de l'extérieur. L'homme du 3e millénaire ne peut se contenter d'un dogme, d'une affirmation. Il veut, et il peut, trouver en lui-même les réponses à ses angoisses métaphysiques.

Comme par le passé, la Franc-Maçonnerie actuelle soumet des symboles collectifs à la méditation individuelle de ses membres. Héritiers spirituels des bâtisseurs de Cathédrales du Moyen-Age, les Francs-Maçons entendent élever ce qu'ils nomment le Temple idéal de l'humanité. Chaque Franc-Maçon se considère comme étant une pierre de l'édifice qu'il contribue à élever. Une telle entreprise présuppose un effort constant dans la quête de la Vérité qu'il est appelé à chercher d'abord en lui-même. Chaque membre de cette société discrète entreprend cette démarche spirituelle en toute liberté, à l'écart des dogmes politiques, religieux ou philosophiques.

L'initiation maçonnique donne les moyens de chercher à concrétiser cet idéal qui doit se faire dans la LIBERTE de conscience, en FRATERNITE avec tous les êtres et dans l’EGALITE des chances d’évolution de chacun.

Frère Jean R:.
23 février 1997