Le judaïsme et la Genèse

"Sois béni, Seigneur notre Dieu, Roi de l'Univers, qui ne m'as pas fait femme", une des prières que tout bon juif doit prononcer chaque matin.

Pure invention de quelques mâles qui auraient détourné le message biblique ? Pas vraiment car dans la Bible, qui s'ouvre par le livre de la Genèse, il ne faut pas attendre longtemps pour apprendre que l'homme n'a effectivement fauté que parce que la femme l'y a entraîné. La pomme dégustée dans le Jardin d'Eden par la gourmandise féminine propulse l'humanité dans le Mal. Ce dieu, qui paraît-il n'est qu'amour, condamne alors la femme a enfanter dans la souffrance et l'assigne à l'obéissance perpétuelle à son mari (Genèse 3, 16) : "Le Seigneur dit ensuite à la femme: « Je rendrai tes grossesses pénibles, tu souffriras pour mettre au monde tes enfants. Tu te sentiras attirée par ton mari, mais il dominera sur toi »". La version biblique de "Qui aime bien châtie bien"...

Après l'épisode de Caïn et Abel, fils d'Adam et Eve dans cette fable multimillénaire, suit la longue énumération de la descendance d'Adam jusqu'à Noé où seuls les enfants mâles se voient nommés; une dynastie n'a que faire des filles dans sa transmission. Idem pour la liste de la filiation de Sem, fils de Noé, jusqu'à Abraham. Avec ce dernier patriarche, les femmes commencent à faire parler d'elles, ou plus exactement c'est leur ventre qui entre en scène. Mais toutes n'ont pas un rôle de premier plan. Sara, épouse d'Abraham, est stérile. La cause n'est pas précisée mais aucun croyant n'osera exiger de son dieu qu'il lui en donne une justification. Abraham en serait-il alors réduit à un amour uniquement charnel avec son épouse légitime? La perpétuation d'une race soumise à son dieu oppresseur exige au contraire son tribut de nouveaux nés afin de mieux le célébrer et le servir. Il est donc permis à Abraham de s'acoquiner avec Agar, l'esclave de Sara, et Ismaël viendra au monde peu de temps après. Abraham, père d'un enfant hors mariage... Sara, retrouvant sa fécondité, put alors accoucher d'un fils, Isaac. Enfin, après le décès de Sara et parce qu'il ne sert à rien de se morfondre dans le veuvage, Abraham prit une troisième femme qui porta à huit le nombre de ses enfants, tous des garçons naturellement. Aurait-on idée d'assurer une lignée par le sexe fautif?

Si Abraham a montré une réelle virtuosité dans la reproduction divinement assistée, Jacob, son petit fils, en suivit les préceptes avec encore plus de succès. Jacob sut exploiter toutes les ressources de la polygamie que son grand père n'aurait certainement pas dénigrées. Et le bilan est éloquent: un père, Jacob, quatre femme dont deux légitimes, treize enfants. Les esprits mauvais imagineront immédiatement que ces treize rejetons furent exclusivement des fils mais la mansuétude divine prendra en défaut ces blasphémateurs: le treizième enfant est une fille, résidu inutile d'une procréation abondante dont la finalité était uniquement la création d'Israël. Les douze garçons seront les chefs des douze tribus d'Israël. Objets de consommation épisodique, les quatre femmes de Jacob ne sont que des utérus dont les souhaits, les angoisses, les personnalités n'intéressent pas les rédacteurs multiples de la Genèse. Il est à noter qu'une femme est mentionnée d'autant plus longtemps qu'elle est fertile; le sort des épouses stériles étant expédié en quelques lignes (jamais il n'est question de stérilité masculine ce qui participe précisément de la culpabilisation systématique de la femme). 

Pourtant, certaines d'entre elles ont droit à quelque apparition sans rôle reproductif. La condamnation n'en est que plus ferme où les seuls traits féminins se résument au commerce de leur sexualité (Genèse 19, 6) et à la séduction perfide comme compagne du mensonge (Genèse 39, 7-20).

Mais la perversité féminine éclate aussi dans la seule fonction reproductrice que lui reconnaît la Bible, preuve que la nocivité intrinsèque de la femme s'insinue même dans ce qui devrait la grandir. Loth, neveu d'Abraham, a deux filles célibataires. Soucieuses de procréer, elles enivrent leur père et, par l'inceste, parviennent à leurs fins.

La Bible n'est donc qu'un ouvrage abject et répugnant, incarnation d'un machisme religieux pour lequel une femme ne reçoit de statut que dans la maternité