"Du Couvent des Frères GUILLEMINS au T.G.V. "
par
 
Monsieur Emile DEGEY, Président d'Honneur de la Commission Historique et
   Culturelle des Quartiers de Cointe, Sclessin, Fragnée et du Boulevard  d'Avroy
 
et
 
Monsieur Francis CLOTUCHE, Directeur du District Sud-Est de la S.N.C.B.
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DU CHATEAU DE LA MOTTE, DES FRERES WILHELMITES A
LA GARE T. G. V. DES GUILLEMINS
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Gare des Guillemins,
Place des Guillemins,
Rue des Guillemins,
Passerelle des Guillemins,
Station des Guillemins,
Impasse des Guillemins,
Clos des Guillemins,
Couvent des Guillemins, ...
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    Autant de toponymes couramment utilisés par les Liégeois mais dont bon nombre d'entre eux ignorent l'origine.
 
     C'est en 1157 que mourut près de Sienne, Guillaume, appelé aussi le SOLITAIRE DE MALAVAL, après avoir mené une vie exemplaire d'ermite.
 
    Deux fidèles compagnons vont perpétuer son oeuvre...

"... Attirant dans la solitude, à l'abri des sollicitations du monde, de nombreux disciples... "

 
    Ils fondent l'Ordre de Saint Guillaume, les FRERES WILHELMITES ou GUILHELMITES...  les FRERES GUILLEMINS.
 
    En 1256, le Pape Alexandre IV reconnaît leur ordre et les soumet à la REGLE de Saint­Augustin.
 
    Au départ de l'Italie, cette congrégation va se développer et gagner la France, l'Allemagne puis les Pays-Bas.
 
    A Paris, ils sont appelés BLANCS MANTEAUX bien que vêtus de noir, car ils occupent le Couvent des Servites, hommes et femmes vêtus de blanc, car voués au culte de Marie, (rue des Blancs Manteaux).
 
    En Principauté de LIEGE, ils s'installent dans deux couvents, Saint-Roch, à Bernardfagne…  et Liège en Avroy.
    Le Château de la Motte était un bel édifice dressé superbement au centre d'un large étang, environné lui-même de prés luxuriants, de terres cultivées, de plusieurs petites constructions et de fossés…
 
    Il appartenait au Grand Chantre de Saint-Lambert, Gérard GRISEAL de BIERZET. Ce riche tréfoncier y fonda entre 1246 et 1280, un asile de retraite pour ecclésiastiques.
 
    "Huit prêtres impotents et pauvres devaient y recevoir un abri sûr et une honnête subsistance".
 
    En 1287, le Prince Jean de FLANDRES y introduit neuf membres, de l'Ordre des Guilhelmites, venus de Bernardfagne.
 
    Ce nouveau couvent, jusqu'au XVème siècle, sera dénommé "Maison de la Motte" puis Maison de la Motte de l'Ordre de Saint Guillaume et enfin "GUILLEMINS".
 
    Hélas, ..." Abondance de Biens, nuit!"... chez les moines aussi!
 
    Ils sont 23 religieux et 8 frères en 1716. La pléthore des revenus va bientôt engendrer l'indiscipline et une totale déchéance, si bien que 36 ans plus tard, en 1750, ils ne sont plus que 7 et ... peu zélés et pleins de dettes"... A un point tel que les bâtiments tombent en ruine.
 
    Aussi, en 1770, le Prince-Evêque Charles d'OULTREMONT décrète-t-il, après une inspection du Vicaire Général, de placer ces religieux dans d'autres maisons jusqu'à total apurement des dettes.
 
    Personne n'en veut! ...
 
    Finalement, en 1781, le Général de l'Ordre des Guillemins y crée un pensionnat pour l'instruction de jeunes gens.
 
    Publicité pour la nouvelle institution est faite dans la Gazette de Liège du 4 mai 1781, en ces termes:
 
...... "Sous la protection de Son Altesse Celtissime, MM. Les Prieurs du Monastère des Guillemins, sur Avroy, viennent d'établir dans leur maison, un pensionnat allemand, dans lequel les élèves sont instruits dans les langues allemande, française et latine, etc... ainsi que dans tout ce qui a rapport à la meilleure éducation comme la musique, les armes, la danse, l'équitation, le dessin, etc...
 
Le local de la maison, la salubrité de l'air, la propreté et les soins avec lesquels les élèves seront entretenus font espérer à MM. les instituteurs, la confiance du public.
    *
    Le 31 décembre, donc moins de trois ans plus tard, un premier convoi arrive à Ans... Il met deux heures pour venir de Tirlemont, car il faut être prudent et "tester" la voie.
 
    ... Mais au retour, rapporte le journal de Liège, "on était sûr du chemin et 27 minutes ont suffit pour voler de la station d'Ans à celle de Waremme... Voilà certes la preuve la plus éclatante du FINI DE LA ROUTE! ... (sic).
 
    Quant au Vicaire d'Ans, émerveillé, il mit quelques chevaux-vapeur dans son sermon et y alla d'une envolée ferroviaire:
 
    ..." A la mort du Juste mes frères, la locomotive de son âme, poussée par le charbon de la Foi et la vapeur de l'Espérance, s'élance sur les rails de la Charité vers cette gare immuable où se trouve l'éternel symbole de Dieu...".
 
    Pendant cinq ans, c'est à la station d'Ans que les Liégeois devront aller "prendre le train" ! ... Un service hippomobile les y conduira, nous annonce le "Courrier de la Meuse" du 28 avril 1838…
 
    ... "Le Sieur GILLARD prévient le public qu'il part de chez lui, en Hors-Château, n° 393, deux omnibus et deux dames blanches à 5 heures du matin et 2 heures de relevée pour la route du fer"...
 
    A cette époque, deux trains assurent quotidiennement le transport des voyageurs vers la capitale, le premier à 6 heures 35 du matin, le second à 4 heures 35 de relevé.
 
    En ce qui concerne la suite des travaux, c'est à partir d'Ans que les vraies difficultés vont commencer! ... Il faut descendre dans la vallée, établir une grande gare, franchir la Meuse... et gagner la Prusse en creusant sept tunnels et en franchissant 17 fois la rivière.
 
    Que de polémiques sur le futur tracé du franchissement de la vallée el: le choix d'un site pour la grande gare! ... Après moultes tergiversations et discussions si chères aux Liégeois, c'est le tracé du  Haut-Pré, Fragnée, Angleur, Chaudfontaine qui est adopté.
 
    Première gageure, Le Plan Incliné.
 
    Pour atteindre Fragnée, une dénivellation de 110 mètres doit être effacée en 5 kilomètres, soit une pente de 28 %".
 
    A cet effet, l'ingénieur Henri MAUS 'la créer une merveille pour l'époque, une prouesse technique où tout, jusqu'au moindre système d'attache, devra être inventé notre célèbre Plan Incliné.
    Notre gare sera bientôt un noeud ferroviaire important vers lequel convergent huit lignes :
 
1
Ostende-Gand- Bruxelles- Louvain- Liège;
2
Liège-Verviers-Aix-la-Chapelle (Ligne de la Vesdre);
3
Liège- Visé-Maestricht;
4
Liège-plateau de Herve;
5
Ligne de l'Amblève;
6
Ligne de l'Ourthe;
7
Ligne Liège-Hasselt;
8
Ligne Liège-Namur.
 
    Cette dernière ligne sera inaugurée le 28 novembre 1850. Créée par une Compagnie anglaise, elle relie Beez (Namur) au Val-Benoit (Liège).
 
    Une malle-poste assurait le transport du terminal de la rue des Marets à la rue Cathédrale.
 
    Ce n'est que deux ans plus tard, en mai 1852, que la ligne sera prolongée jusqu'à "La NeuviIle"
 
    Le faisceau à marchandises, en amont de la Neuville, va se développer et s'étendre le long de la rue Varin. Bientôt, un "raccordement va traverser Fragnée pour gagner le "Petit Paradis" où un quai de déchargement, avec plaque tournante, permet de charger les péniches.
 
    Ce raccordement desservira quelques entreprises comme l'entrepôt des douanes, la distillerie "MEEUS" ou encore la houillère du Paradis, qui exploita de 1845 à 1875 la Couche Saint-Lambert au niveau - 249.
 
    Sur la rive droite, une station terminale de la ligne de Namur via Seraing et Ougrée est inaugurée en septembre 1851 tandis que la belle gare de Longdoz, elle ne sera inaugurée qu'en 1877...
 
    Quant à nos Autorités Communales, elles espèrent... et attendent toujours une importante gare centrale!
 
    Celle-ci serait établie sur l'île de Commerce et reliée aux stations de Longdoz et des Guillemins par deux magnifiques courbes.
 
    Hélas, trois fois hélas pour nos Autorités, mais tant mieux pour la beauté de notre Cité.
 
    Le 18 février 1862, le Ministre des Travaux publics informe "enfin" l'Administration Communale que les Guillemins seront maintenus comme station intérieure.
 
    Cinq mois plus tard, le 12 juillet, une dépêche ministérielle annonce la construction ci d'une station définitive aux Guillemins.
    Certes, elle sortira éclopée des bombardements de 1944 puis des "robots" mais sera toujours active.
 
    Bientôt, la traction "vapeur" fera place à la traction "diesel" en attendent  l'électrification!
 
    Celle-ci est activement préparée en 1954 :
 
    On relève la passerelle de Mandeville afin de permettre l'installation des caténaires.
 
    On aménage un tunnel pour que la ligne de Namur, n' 36, ne coupe plus la ligne 125 qui va vers le pont d' Angleur.
 
    On prolonge les souterrains pour que les trains internationaux venant de Bruxelles ou de Cologne puissent s'arrêter le long de la colline.
 
    Le 28 septembre 1955, le premier train électrique complet entre en gare, à 20 km/ho Il est formé d'une motrice, de quatre voitures et d'un fourgon postal...
 
    "Pas de panache de fumée, pas de sifflement des rails frictionnés, pas de chuintement de vapeur... Le décor sonore change lui aussi, la poésie des départs abandonne un peu de son romantisme"...
 
    Et l'électrification va condamner notre belle gare, "sans appel" comme demain, le T.G.V. va condamner celle que nous connaissons aujourd'hui et qui fut inaugurée en 1958.
 
    Cette gare moderne a été réalisée à quatre niveaux par le groupe EGAU et forme avec les bâtiments de la Poste et de la Régie des Téléphones un ensemble horizontal bien rythmé...
 
    Conclusion optimiste (?)
 
    10 ans pour établir un chemin de fer de 400 km, à bras d'homme, sans excavatrices ni bulldozers, avec des brouettes et des charrettes...
 
    25 ans pour réaliser avec les moyens les plus modernes 5 km d'autoroute entre Ans et... Angleur.
 
    Quant au "TROU" de la Place Saint-Lambert, quelque 500 mètres, les travaux ont commencé en 1975 ! ... Avant qu'il ne soit "comblé", gageons que la gare T.G.V. sera opérationnelle ! ...
 
Emile DEGEY (mai 1998)