- PREMIÈRE PARTIE -
JÉSUS EST-IL HISTORIQUE ?
Introduction  |  Deuxième partie : Jésus-Christ est-il Dieu ?

  I - JESUS ET LES EVANGILES

1. - Qu’est-ce que les Evangiles ?

      On ne peut pas étudier la question de Jésus sans avoir affaire aux « Evangiles ». Ce sont les principales sources écrites qui parlent de lui. Avant d’aller plus loin, qu’est-ce que l’on appelle Evangile ?

      Les Evangiles ce sont quatre petits livres écrits par des disciples de Jésus pour faire connaître sa vie et ses paroles.

      « Evangile » vient d’une expression reçue qui veut dire « bonne nouvelle »

      A ces quatre Evangiles (de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean) il faut ajouter les Actes des Apôtres. Vingt trois autres petits livres très courts qui sont des « Epîtres », c’est-à-dire des lettres destinées à l’enseignement de la doctrine chrétienne, et un récit imagé de la fin des temps, l’Apocalypse. Le tout s’appelle le Nouveau Testament.

      En lien avec ce nouveau Testament, les fidèles du Christ lisent l’Ancien Testament, un ensemble de livres plus anciens, tous antérieurs au Christ, et qui l’annoncent. Cet Ancien Testament est en gros le même que les livres des Juifs d’Israël. En effet, pour les Chrétiens, Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, attendu par Israël.

      L’Ancien et le Nouveau Testament ensemble constituent la Bible ou l’Ecriture Sainte.

  2. - Jésus est-il historique ? Qui peut répondre à la question ?

Certains adversaires des chrétiens estiment que seuls des non-chrétiens peuvent étudier sérieusement l’histoire de Jésus(par exemple les auteurs d’une émission de télévision, 1) . Une telle position doit être considérée comme sectaire : nier toute capacité pour un chrétien d’être historien ou simplement intelligent et honnête, n’est-ce pas se ranger dans un fanatisme a priori? Cela rappelle Voltaire, cet écrivain brillant du 18e siècle qui d’un côté se présentait comme le champion de la tolérance et de l’autre déclarait : “Écrasons l’infâme”, “l’infâme” étant tout chrétien convaincu.(1)

L’histoire est une recherche de vérité où les passions des uns et des autres doivent rendre justice aux faits. Les chrétiens n’ont pas d’autres méthodes pour chercher l’historicité de Jésus que les méthodes de l’histoire. Et pourquoi n’auraient-ils pas le droit d’employer ces méthodes ? Les Chrétiens ont au moins un avantage : c’est de mieux comprendre la personnalité du Christ que ceux qui lui en veulent, ouvertement ou secrètement. Il est bien connu que c’est plutôt un élément favorable en histoire que de s’intéresser à l’objet de sa recherche, et d’être capable de le comprendre...

Les adversaires du Christ, en histoire, ont eux aussi leur utilité, ils posent souvent de vraies question qui stimulent la recherche. Il n’est pas assuré d’avance que ce soit eux qui donnent la bonne réponse.

  3. - Le Jésus de l’Evangile peut-il être opposé au Jésus de l’Eglise ?

Une question agitée périodiquement, c’est que le vrai Jésus, celui de l’Evangile, ne serait pas celui que l’Eglise nous présente aujourd’hui.

C’est l’objection classique de certains savants qui ont des problèmes avec la foi, ou de journalistes, comme récemment Jacques Duquesne, (2) qui aimeraient présenter au public un Jésus plus commode. En tout cas un Jésus qui leur convient à eux, débarrassé de tout ce qui leur paraît exigeant à vivre, difficile à croire. Ils proposent de choisir entre un Jésus qu’ils disent arrangé par l’Eglise, et un vrai Jésus, le leur, celui qu’ils veulent bien accepter ; et que pour cela ils croient plus acceptable pour les autres. C’est celui-là qu’ils déclarent historique et qu’ils disent trouver dans les Evangiles. Mais ils découpent dans l’Evangile les passages qui dérangent leur thèse, et ils accusent l’Eglise de les avoir rajouté ; (3) il y a un bout de chemise et un bout de cravate qui dépassent quand il ferme la valise. Il prend des ciseaux et coupe ce qui dépasse.

Donc, pour ces critiques, universitaires ou journalistes, Jésus aurait été un personnage politique, un agitateur social, un philosophe, un prophète d’une religion différente... tout passe à l’oral mais non à l’écrit, sauf celui que nous présente l’Eglise.

L’argument qui leur est commun, et nécessaire pour mettre leur imagination à l’aise, c’est de dissocier Jésus de l’Eglise. « Jésus n’a pas voulu l’Eglise », « il a échoué dans son projet socio-politique » mais ses disciples après sa mort, ont transformé l’affaire en une doctrine religieuse, qui s’est continuée par une association, l’Eglise...

Qu’en est-il ?

Cela ne résiste pas à la lecture de l’Evangile, des Evangiles comme nous allons le voir :

« Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui, et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, avec pouvoir de chasser les démons. Il institua donc les douze, et il donna à Simon le nom de Pierre, puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c’est-à-dire fils du tonnerre, puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Zélé, et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra. »

Evangile de St Marc, ch.3 versets 13 à 19.

- On trouve la même liste dans l’évangile de st Matthieu au chapitre 10, versets 1 à 4.

- On trouve encore cette liste des douze apôtres dans l’Evangile de St Luc, chapitre 6, versets 12 à 16. Mais ici il y a une différence : à la place de Thaddée, on trouve « Judas fils de Jacques ».

Pourquoi ? Erreurs de copistes, incertitudes dans la transmission, surnoms différents. Oscar Cullmann, exégète protestant, en a fait une étude très intéressante, voir notamment «Historia » déc.1984

Mais cette différence est très importante, comme nous le verrons plus loin. Si c’était l’Eglise qui avait inventé tout ce qu’il y a dans l’Evangile et les apôtres en particulier elle aurait donné exactement la même liste dans tous les évangiles, alors qu’au contraire elle a pieusement conservé les différences.

Résumons les faits :

  1. Jésus choisit douze disciples privilégiés, “les apôtres” (voir l’encadré ci-contre). Il en choisit encore, d’un niveau différent, soixante-douze. Il les envoie deux par deux prêcher l’Évangile en avant de lui, préparer en quelque sorte par du porte à porte les grandes réunions. C’est ce qu’on appelle former des cadres pour perpétuer un message. C’est vouloir fonder une Église.

  2. Jésus dit expressément à Pierre : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne tiendront pas contre elle. » (Evangile de St Matthieu ch.16, verset 18)

    Ce passage gêne tellement les critiques indiqués ci-dessus, qu’ils proposent de supprimer ce passage de l’Evangile, de dire qu’il a été rajouté (méthode Charlot).

  3. Il y a plus encore, Jésus, à la suite des paroles précédentes dit à Pierre : « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux, ce que tu lies sur la terre sera tenu dans les Cieux pour lié, et ce que tu délies sur la terre sera tenu dans les Cieux pour délié » (Ev. de saint Matthieu, ch.16 V.18 à 19).

    Ceci veut dire que Pierre aura autorité pour dire ce qu’il faut croire et ce qu’il ne faut pas croire pour connaître Dieu, et pour aller au ciel avec lui vivre dans son amour.

    Ainsi il est clair que s’il y a un Pape, une Eglise, une autorité de l’Eglise pour définir les choses essentielles de la foi par l’Eglise, c’est bien une mission donnée par Jésus dans l’Evangile.

  4. Enfin, en lien avec les choses précédentes, on peut lire dans l’Evangile de Saint Jean, dans les dernières recommandations que Jésus fait avant sa mort à ses Apôtres, à son Eglise en formation :

    « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand Il viendra, lui, l’Esprit de Vérité, Il vous conduira vers la vérité tout entière. »

    Jésus indique donc son intention de continuer de cette façon à animer l’équipe de disciples qu’il a formée.

Ces quatre observations sont suffisantes pour démontrer clairement que le Jésus des Evangiles est bien le Jésus qui a voulu fonder et a fondé l’Eglise.

Et si l’on prend ces Evangiles au sérieux, on ne peut pas aboutir aux différents Jésus « révisionnés » par les commentateurs révisionnistes qui veulent trouver un Jésus agitateur social, philanthrope ou politicien écolo (4). Certes, Jésus réunit sans doute ce qu’il peut y avoir de meilleur dans tout cela, mais le Jésus de l’Evangile, c’est bien le Jésus de l’Eglise. Et c’est aussi le vrai Jésus historique, voilà ce que nous allons vérifier maintenant.

  II - LES EVANGILES CONFRONTES A L’HISTOIRE

Les Evangiles sont-ils une invention de l’Eglise ?

S’il est démontré que le Jésus des Evangiles est le même que le Jésus de l’Eglise, il faut prouver alors que les Evangiles correspondent à une réalité historique, et que ces textes n’ont pas été inventés.

A cette question légitime on répond d’abord par la confirmation de l’historicité de Jésus et de ses premiers disciples par les écrivains de l’époque :

1. - Le témoignage des anciens historiens romains.

Il s’agit de Pline le jeune (en 112) de Tacite (vers 116) de Suétone (vers 120).

Historiquement, Jésus est assez bien situé par les historiens et écrivains extérieurs à l’Eglise, dans les tous premiers siècles, que ce soit les historiens romains, juifs, ou autres écrivains de l’époque :

1 - En l’an 112, PLINE LE JEUNE écrit dans une lettre à l’Empereur romain TRAJAN, en parlant des Chrétiens :

« Toute leur faute ou toute leur erreur, ont-ils confessé, s’était bornée à se réunir habituellement à date fixe, avant le lever du jour, et à chanter entre-eux un hymne à Christ comme à un Dieu. »

2 - Vers l’an 116, le fameux historien romain TACITE rapporte dans ses Annales que Néron, Empereur romain, accusé d’avoir lui-même incendié Rome en 64, accusa les Chrétiens : « Néron supposa des coupables et infligea des tourments raffinés à ceux que leurs abominations faisaient détester et que la foule appelait Chrétiens. »

3 - SUETONE, un autre historien romain, vers l’an 12O, dans la Vie des douze Césars, fait d’un certain Chrestus l’instigateur de troubles chez les Juifs à Rome en 49, sous CLAUDE qui les expulsa.

Or justement, le livre des Actes des Apôtres - livre qui complète l’Evangile de Saint Luc dans le Nouveau Testament - fait une allusion directe à cette expulsion lors de l’arrivée de Saint Paul à Corinthe (Actes 18,2) (Aquila et Priscille).

Le témoignage de Flavius Josèphe (5) est le plus étonnant. Tellement étonnant que l’on a pensé que le texte avait été arrangé par des copistes chrétiens plus tard dans la transmission du manuscrit.

Ceci méritait d’être discuté très sérieusement, et l’a été. Flavius Josèphe avait participé à « la guerre des Juifs », entre l’année 66 et l’année 7O. Il s’agit de la grande révolte des Juifs, réprimée par Vespasien, puis celui-ci ayant été proclamé empereur, par son fils Titus. Flavius Josèphe s’était d’abord battu dans les rangs des insurgés, puis s’était rendu aux Romains et avait pris leur parti. Il a écrit en grec vers 93 une histoire très précise de ces événements. Dans cette histoire il rapporte la mise à mort de l’apôtre Jacques. Et puis il parle du Christ. Un certain nombre de critiques donc ont estimé que le passage de Flavius Josèphe était trop favorable à Jésus. Un Juif romanisé aurait-il été jusque là ? Un copiste chrétien, en recopiant le manuscrit, aurait arrangé le texte.

Cette objection est sérieuse, mais nous avons plusieurs manuscrits avec des origines différentes. Un savant Israélien, Shlomo Pères, a étudié ces différents manuscrits et il estima avoir atteint la version « minimum » de Flavius Josèphe. La voici :

« En ce temps là, vivait un sage nommé Jésus. Il se conduisait bien et était estimé pour sa vertu. Nombreux furent ceux tant Juifs que gens d’autres nations qui devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples ne cessèrent de suivre son enseignement. Ils racontèrent qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant. Sans doute était-il le Messie sur qui les prophètes ont racontés tant de merveilles. »

Il est possible que cette version ait elle même “ été améliorée ” par un copiste. Mais il paraît difficile d’évacuer complètement le fait que Josèphe ait situé Jésus dans l’histoire, car il fait de même pour Jean Baptiste et pour Jacques, premier “ Evêque ” de Jérusalem, dit “ le frère de Jésus ” : “ Ananus rassembla le Sanhédrin des juges et fit comparaître Jacques le frère de Jésus ainsi que quelques autres ; il les accusa d’avoir violé la loi et les livra à la lapidation ” (Antiquités Juives, XX, 9,1).

Tous ensemble, ces témoignages écrits par des gens proches des événements sont suffisants pour attester l’existence historique de Jésus, son influence et sa notoriété. Bien sûr ils sont peu explicites sur les détails. Mais que savons-nous nous de plus de tant de personnages importants de l’époque dont l’histoire a retenu les noms ? Le plus souvent, pratiquement rien.

2. - La réalité historique des Evangiles confirmée par l’archéologie.

Les Évangiles nous disent énormément de choses concrètes sur Jésus. Même s’ils n’ont pas pour but, à proprement parler, de raconter l’histoire au jour le jour et la description journalistique comme on aimerait le faire aujourd’hui. Ils sont cependant beaucoup plus précis qu’on ne l’a cru longtemps. Il se trouve qu’ils sont pleins de détails sur les villes et villages du temps, sur les façons de vivre, de parler, sur les personnages officiels. L’histoire et l’archéologie confirment que tous ces éléments sont exacts, véridiques. De plus, certains détails n’ont pas pu être inventés ou écrits tardivement parce que certaines institutions, certaines pratiques avaient changé peu de temps après la mort de Jésus, en l’an 70 notamment, l’année de la destruction de Jérusalem. 1 900 ans après les faits, on découvre que ce sont les Évangiles qui avaient raison contre ce que longtemps des historiens ont cru erroné dans certains passages de l’Évangile : ainsi, dans l’Évangile de saint Jean, réputé plus spirituel et moins précis, plus détaché des temps et des lieux, on a trouvé vingt noms de localités précises de plus que dans les trois autres évangélistes. Un certain nombre de ces localités ont pu être identifiées, alors qu’elles avaient disparu. Les historiens n’en ont retrouvé l’existence que récemment.

De même certains se sont demandé un moment si la localité de Nazareth n’avait pas été inventée par les Évangiles. Pourquoi? parce que l’Ancien Testament et les anciens commentaires hébraïques ne parlent pas de Nazareth. Des journalistes en on fait tout un roman, en ont fait tout un roman. Mais à la vérité, en 1962 déjà, une équipe d’archéologues israéliens dirigés par le professeur Avi Jonah a trouvé dans les ruines de Césarée Maritime une plaque gravée en hébreu datant du 3e siècle après Jésus-Christ portant le nom du village de Nazareth. Il s’agit d’une liste de familles rabbiniques réfugiées dans des villes de tradition juive après la seconde destruction de Jérusalem. Quant aux fouilles opérées à Nazareth elles montrent une occupation très ancienne du site (7e siècle av. J C) mais aussi de nombreuses habitations creusées dans le roc, des silos et des tombeaux datant d’avant l’occupation romaine (1er siècle av. J C) à un niveau inférieur à une voie romaine. Nazareth était alors un petit village agricole.Toutes les théories échafaudées affirmant que les évangélistes auraient inventé la cité de Nazareth, parce que ce mot aurait une portée symbolique, tombent à l’eau.

Autre exemple. On a retrouvé à Jérusalem la « piscine aux cinq portiques », la piscine de Bethesda(7), près de la porte des Brebis, alors que les critiques pensaient que c’était une description mythique.

Quant à Pilate lui-même, le Préfet Romain qui a condamné Jésus à mort et dont on n’avait pas retrouvé trace, pendant dix huit siècles (8) des archéologues Italiens ont retrouvé, en 1961 également dans les ruines de Césarée maritime, son nom gravé sur une pierre avec sa fonction précise : « prefectus. » Ce titre du gouverneur devait changer dans la seconde moitié du 1ers. Ap. J C et devenir “ Procurateur ”, titre que Tacite donne par erreur à Pilate.

Cette vérification d’après les données archéologiques, géographiques et politiques pourrait être beaucoup développée. Nous n’avons pas la place de le faire ici, mais chacun pourra comprendre d’après les faits que nous avons exposés combien ce travail est solide. La description des lieux, des monuments, des responsables politiques et religieux, est très importante : en effet après l’année 7O et l’écrasement de la révolte juive par Titus beaucoup de ces choses disparaissent ou sont définitivement modifiées. Ceux qui ont été capables de les décrire telles qu’elles étaient auparavant sont de bons témoins : ils nous disent la vie en Palestine telle qu’ils l’ont vécue avant l’année soixante-dix.

III - LA TRANSMISSION DES EVANGILES

Quelle garantie d’authenticité ?

On peut se demander comment ces récits d’avant l’année 70 ont pu se conserver sans déformations. En effet l’imprimerie n’existe que depuis 1450. Comment les Évangiles se sont-ils transmis du 1er au 15e siècle? D’abord ce furent des récits oraux, puis ils ont été rassemblés et mis par écrit à la main sur des “ papyrus ”, copiés recopiés, parfois avec des fautes ou de légères différences.

De nombreux savants ont étudié cette question.

C’est même devenu une science à part, la « textographie.» Les Evangiles ont été écrits à la main, avec de l’encre, sur des « papyrus » et des « parchemins. » Le papyrus est l’ancêtre du papier. Il s’agissait de feuilles de roseaux collées ensemble pour faire des pages. C’était bon marché, mais fragile. Les parchemins étaient des peaux, en général de mouton, apprêtées pour l’écriture et que l’on reliait en cahiers, comme des livres. On appelle ceux-ci des « codex. »

Il existe aujourd’hui environ cinq mille manuscrits du Nouveau Testament (morceaux ou textes entiers). Pour certaines œuvres d’écrivains de l’Antiquité, il n’y a parfois qu’une seule copie manuscrite. Le plus ancien manuscrit que nous connaissions pour les Evangiles est un morceau de papyrus de neuf centimètres sur dix qui donne de l’Evangile de Saint Jean les versets 31 à 33 et 37 à 38 du chapitre 18. On a réussi à le dater des environs de l’an 12O (c’est le début du deuxième siècle, quarante ans seulement après la rédaction du texte) - (9).

Il y a aussi un fragment de papyrus trouvé à Qumrân, près de la mer Morte, et dont les quelques lettres semblent pouvoir être attribuées à l’Évangile de saint Marc. Ce fragment serait antérieur à l’année 70. De la fin du 2e siècle, et du 3e, nous avons beaucoup de fragments, et certains très importants. À partir du 4e [ supprimer], on a des codex contenant l’ensemble des Évangiles et tous les autres livres du Nouveau Testament (Actes des Apôtres, Épîtres, Apocalypse).

Il y a donc entre 40 ans pour les premiers fragments et 230 ans pour le texte complet entre le moment où ils ont été écrits et la plus ancienne copie qui nous est parvenue.

Pour des écrivains grecs comme Sophocle, Aristophane, Euripide, il y a quatorze à seize siècles entre la mort de l’auteur et le premier manuscrit que nous ayons! Et neuf siècles pour Jules César (la guerre des Gaules)!

Les méthodes de copie sont aussi très intéressantes parce que, bien qu’il y ait de temps en temps des fautes, des erreurs, des variantes, dans l’ensemble le texte est très sûr.

En effet il n’y a pas seulement des généalogies de copies avec chacune un ancêtre différent, mais ces lignées ont été recoupées entre elles : celui qui dictait à des copistes avait en main parfois deux ou plusieurs manuscrits et ainsi les lignées verticales de copies se sont croisées de nombreuses fois.

Cette transmission en « réseaux interconnectés » est absolument unique dans l’histoire des manuscrits et procure une assurance de fidélité très grande. Les petites variantes ou omissions ont peu d’effet sur l’ensemble des transmissions.

Le réseau multiple par lequel les Evangiles ont été transmis à travers différentes langues (Grec, Syriaque, Arabe, Copte, Latin) et les multiples générations croisées de copies peut-être comparé à la structure du cerveau où d’innombrables lignes nerveuses sont parallèles et peuvent s’inter connecter de façon multiple.

Nous pouvons maintenant faire un résumé des questions déjà discutées.

RESUME

Le Jésus dont parlent les Evangiles a bien voulu fonder l’Eglise.

Le Jésus de l’Evangile, c’est le Jésus de l’Eglise.

Quant on compare les Evangiles à l’histoire, ils acquièrent une grande force : les historiens antiques confirment l’existence, la vie de Jésus, les preuves historiques et archéologiques confirment la vérité des lieux, du mode de vie, de la vie religieuse et politique de l’époque.

Les Evangiles de plus, n’ont pas pu être écrits après coup, parce que tout le paysage historique va être bouleversé en l’an soixante dix avec la destruction de Jérusalem et les transformations politiques.

La transmission des Evangiles à travers un système de copies en réseau multiple est exceptionnelle et de très loin la plus fiable de toute l’antiquité.

  Et voici les nouvelles questions qui vont être étudiées maintenant, étant démontré que les Evangiles sont authentique et nous ont été fidèlement transmis.

1° Qu’est-ce qu’on peut savoir exactement de l’histoire de Jésus, de sa vie et de son enseignement ?

2° Il y a plusieurs livres, plusieurs auteurs : est-ce qu’ils disent la même chose pour l’essentiel ? La figure de Jésus est-elle cohérente à travers les différents témoins ?

IV - QUE SAIT-ON DE JESUS ?

De Jésus on sait à la fois peu et beaucoup :

- peu, si l’on voulait faire du journalisme. Les apôtres et les évangélistes ont recueilli les actions de Jésus dans la mesure où elles avaient parmi eux une signification. En revanches ils n’ont pas cherché à nous dire jour après jour soigneusement, où il était, ce qu’il faisait. C’est pour cela que vouloir reconstituer la vie de Jésus selon une formule journalistique d’aujourd’hui, comme s’y est essayé avec talent Jacques Duquesne, c’est un peu du roman historique, beaucoup de couleurs mais peu de vérité. Le roman, même « historique », ce n’est pas de l’histoire.

- Pourtant, on sait beaucoup plus de choses sur Jésus que bien des hommes célèbres de son époque, et de toute l’antiquité.

Sa naissance est située dans un espace de six ans entre -6 et -1. Nous comptons aujourd’hui les années théoriquement depuis la naissance de Jésus. Mais Denis le Petit, le moine qui, en 525, a fait la concordance entre le calendrier romain et l’ère de Jésus-Christ, s’est trompé probablement de six ans.

La naissance à Béthléem est certaine, de même la vie à Nazareth jusqu’à la vie publique. Hérode le Grand qui règne à la naissance de Jésus, l’autre Hérode qui a fait mettre Jean Baptiste à mort, le procès et la crucifixion de Jésus sous Ponce Pilate, les prédications de Jésus au bord du lac de Tibériade, sur les collines de Galilée, en Samarie, tout cela est sûr. La crucifixion eux lieu le 7 avril 30, probablement. (10)

Mais plus intéressant est l’enseignement de Jésus, ses actes et leur signification : on ne sait pas quel jour il a dit telle phrase, mais on est sûr qu’il l’a dite. Sur ces points, les Evangiles et le Nouveau Testament sont extraordinairement fiables. Nous allons voir comment et pourquoi.

V - LES PREUVES DE L’AUTHENTICITE DE L’ENSEIGNEMENT DE JESUS.

Si une personne écrit un livre, il faut prouver que c’est bien elle qui a écrit le livre imprimé : on a le texte, mais il n’est pas toujours facile de prouver que l’auteur officiel est l’auteur réel. Quand la question se pose, on va avoir recours à la cohérence entre ce qui est écrit dans ce livre, ce que l’auteur peut avoir écrit dans d’autres livres et ce que ses amis ou tous autres témoins de sa vie peuvent rapporter.

Pour Jésus, il n’a pas écrit de livre. Mais nous avons vingt-sept témoignages écrits. Les vingt-sept livres du Nouveau Testament.

D’abord ces quatre Evangiles : ce sont eux qui directement racontent la vie et les enseignements de Jésus. Mais aussi les autres écrits qui explicitent, commentent la doctrine de Jésus et permettent d’en vérifier la cohérence.

Cette cohérence est exceptionnelle, et défie les siècles. Ce que Jésus a voulu que nous sachions de sa vie, de son enseignement, nous pouvons le connaître parfaitement. Cela c’est un fait historique incontournable : Jésus a vécu, a témoigné, a guéri des malades, a enseigné, a donné sa vie : nous avons accès avec sûreté à ces faits et à cet enseignement !

Comment ?

Certains adversaires du christianisme font grand état de divergences dans les Evangiles : par exemple la date de sa mort, quatorze ou quinze du mois de Nizan (la différence est grande !) Le nom ou le surnom de ses apôtres, le nombre de ses voyages à Jérusalem. Et le récit des enseignements peut différer dans le mot à mot.

Que répondre ?

1. Tous les historiens véritables, et tous les juges et avocats expérimentés vous diront que ces divergences sur les détails sont, non pas un obstacle, mais une confirmation de la véracité des enseignements : on est sûr d’avoir à faire à plusieurs témoins véritables, et non pas à un seul témoin qui a fait apprendre la leçon aux autres.

2. Et ce qui est plus extraordinaire, c’est que, au delà des divergences c’est la même doctrine de fond qui est exprimée. Et cela, c’est impossible à inventer.

Des gens simples, sans beaucoup d’instruction, dispersés dans le monde romain de l’époque qui était déjà oriental (langue grecque) et occidental (langue latine), en butte aux persécutions, comment auraient-ils pu donner des récits différents d’une même doctrine si cette doctrine n’existait pas à la base ? Et comment auraient-ils pu, soudain, donner des noms de villages, des détails de monuments (la piscine de Bethesda) et décrire des façons de vivre, des rôles sociaux et politiques qui disparaissent dans la tourmente des années 66-7O ? Parfois il faudra 19OO ans pour redécouvrir ces éléments, par exemple l’inscription du préfet Pilate, le nom de Nazareth gravé au 3e siècle pour des familles de rabbins…

3. L’un des éléments qui pèse d’un grand poids pour l’authenticité est le fait qu’à travers les Evangiles, les témoins ne cachent pas les erreurs et les faiblesses des apôtres : par exemple le reniement de Pierre, ce Pierre dont Jésus a annoncé qu’il serait la pierre angulaire de son Eglise; autre exemple, la sévérité de Jésus à l’égard de Pierre lorsqu’il lui dit : « Passe derrière moi Satan », parce que Pierre le suppliait de ne pas accepter la Passion et la mise à mort.

Les Evangiles ne cachent pas non plus ce qui va être difficile pour la prédication : annoncer un « messie » - un Christ mort sur la croix était selon la parole de Saint Paul, « un scandale pour les Juifs et une folie pour les Romains » et autres non croyants de l’époque.

Il y a donc une évidence contre laquelle toutes les attaques butent : le souci de vérité dans les Evangiles a dépassé toutes les autres considérations.

Et ce souci de vérité traverse tous les écrits (27) du Nouveau Testament. Ainsi nous avons souci de vérité et cohérence des témoins, dispersés géographiquement, qui donnent la certitude de l’historicité de la vie et de l’enseignement de Jésus.

CONCLUSION SUR L’HISTORICITE DE JESUS.

Il est certain que Jésus a véritablement vécu il y a 2000 ans, les Evangiles permettent d’approcher de très près son histoire. L’Eglise a raison de croire qu’elle connaît ses enseignements à travers les Evangiles. Avec toutes les preuves, présomptions et vraisemblances rassemblées, en dernier lieu il y a en dernier lieu l’intime conviction, comme dans les procès en Cour d’Assise.

En ce qui concerne l’historicité de la vie de Jésus, de sa mort, de son enseignement les preuves ne peuvent contraindre. Elles sont là, mais qui veut y échapper y échappe. Comme si Jésus nous laissait finalement la décision de lui accorder une place dans l’histoire, dans notre histoire. Ne dit-il pas à ses apôtres : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » car il y a renversement de la question. Ce n’est plus à l’histoire de prouver. Elle prouve suffisamment. Mais c’est à chacun de se prononcer en liberté et en vérité.

Alors apparaît la seconde question : Jésus-Christ est-il Dieu ? Est-ce lui qui dit qu’il est Dieu ? Est-ce possible philosophiquement ? Si oui, quel serait alors le visage de Dieu ?

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(4) avec Borg, Funk, Duquesne.

(6) sur Arte, télévision franco-allemande.

(7) « Or il existe à Jérusalem, près de la Probatique, une piscine qui s’appelle en hébreu Bethesda et qui a cinq portiques... » (Evangile de St Jean, ch.5,verset 2.)

(8) Bien que Pilate soit cité plusieurs fois par Flavius Josèphe.

(9) Il s’agit du « Papyrus Rylands n°457 », trouvé en Egypte par le savant britanique Grenfell en 192O, et déchiffré en 1935 par C.H.Roberts.

(10) Veille de la Pâques, 14 du mois de Nisan. La Pâques de l’an 3O était le 15 nisan, 8 avril. Ponce Pilate a été préfet-procurateur de Judée de 26 à 36.


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- DEUXIÈME PARTIE -
JÉSUS EST-IL DIEU ?
Introduction  |  Première partie : Jésus-Christ est-il historique ?

  Le défi incroyable de l’historicité de Jésus, c’est que cet homme a son nom associé à l’éventualité d’être Dieu. C’est peut être l’une des raisons pour lesquelles tant d’hommes intelligents ont des difficultés énormes à reconnaître l’historicité de Jésus : ils ont peur en disant “oui” de se trouver entraînés à reconnaître sa divinité. Jésus, parmi toutes les personnes de l’histoire, est celle qui entraîne le plus de réactions. Sa question : “Et vous, qui dites-vous que je suis?” dépasse l’histoire et l’existence. Ce n’est plus seulement Jésus, c’est nous qui sommes en question.

Nous n’avons pas l’intention de répondre en quelques pages, et pour chacun, à ce problème. Nous proposons seulement d’ouvrir une porte sur le mystère. Voici les points que nous soulèverons :

  1. Jésus prétend-il être Dieu ? Renonce-t-il à être homme ?
  2. Jésus et l’idée de Dieu des philosophes.
  3. Le paradoxe de Jésus-homme et Jésus-Dieu.
  4. Pourquoi ce Dieu là et pas un autre ?
  5. Quelle image de Dieu donne-t-il ? Jésus-Christ ?

I - JESUS-CHRIST A-T-Il PRETENDU ETRE DIEU ?

Lorsque l’on prend au sérieux l’existence historique de Jésus-Christ on peut se demander, tellement on le voit comme un homme véritable, s’il a vraiment prétendu être Dieu.

Un certain nombre de penseurs actuels prétendent que Jésus-Christ ne se disait pas Dieu : ce sont ses disciples qui auraient enjolivé l’histoire après sa mort.

Il est exact que dans les débuts de sa vie publique Jésus évite soigneusement d’être appelé le « Messie » un terme mystérieux, mais très important pour les Juifs de son époque. Il cache et essaie de cacher qu’il est « le Saint d’Israël », « le Messie », « le Fils de Dieu. »

Ceci s’explique très bien. En effet, les Juifs, au 1er siècle, espéraient un Messie dont on ne savait pas bien qui il serait, et “Christ” est un mot grec pour dire “Messie”, celui qui a reçu un signe avec de l’huile bénie par Dieu comme le Roi David. Mais cette “espérance d’Israël” était bien différente selon les personnes : pour les nationalistes-religieux (chez eux il n’y avait pas de différence), le Messie devait être un libérateur politique pour redonner l’indépendance à Israël par rapport aux Romains. Pour certains autres comme la Vierge Marie, Élisabeth, Siméon, Anne, etc., c’est beaucoup plus profond. C’est l’attente de la Promesse de Dieu, promesse de salut, promesse de résurrection (les Pharisiens aussi, dont on parle beaucoup dans les Évangiles et les Actes des Apôtres, croient en la résurrection des morts).

Mais cette promesse de Dieu, personne ne connaît encore ce qu’elle sera : Jésus va la révéler peu à peu, en évitant de donner du poids aux fausses images du Messie.

« LE FILS DE L’HOMME »

A plusieurs reprises dans l’Evangile, Jésus va parler du « Fils de l’homme », en s’appliquant à lui-même progressivement cette expression. Que voulait-elle dire ?

Il y a dans un livre de l’Ancien Testament, le livre du prophète Daniel, l’expression et l’image de ce Fils de l’homme. (Daniel, ch.7 verset 9 à 14 et 15 à 28). Cette expression désigne à la fois un homme fils d’homme, de la condition humaine, et en même temps, un homme dépassant mystérieusement la condition humaine, « son Empire est un Empire éternel qui ne passera point » : et « voici venant sur les nuées du ciel comme un Fils d’Homme »...

Déjà le prophète Ezéchiel (ch.1 verset 26) avait parlé d’un être assis sur le fameux « char d’Ezéchiel », cet être a « une apparence humaine » et en même temps, il a « la gloire de Dieu. »

Donc, toute mystérieuse que soit cette figure du Fils de l’homme au temps de Jésus, c’est ce titre là qu’il va revendiquer devant ses Juges du Grand Tribunal Juif, le Sanhédrin : « Désormais le Fils de l’homme siégera à la droite de la Puissance de Dieu » (Luc, ch.22 verset 69).

Et alors, continue le récit « tous dirent « Tu es donc le Fils de Dieu ! « Et il leur déclara : « Vous le dites, je le suis. » (Luc ch.22 verset 70).

Résumons, Jésus a bien revendiqué, à son heure, le fait d’être Dieu. Et au même moment il revendique aussi le fait d’être véritablement un homme : « en moi, dit-il en substance, Dieu s’est fait homme pour vous rencontrer ». (11) Il fait solennellement cette déclaration au moment où il sait que cela va le condamner à mort.

II - LE DIEU DE JESUS-CHRIST EST LE DIEU DES PHILOSOPHES ?

Certains pourraient penser que lorsque Jésus-Christ revendique d’être Dieu, c’est seulement selon la pensée théologique des Juifs. Quels rapports aurait ce Dieu avec le Dieu des philosophes ? Le Dieu sur lequel les gens de tous les temps se sont accordés pour des qualités minimum, s’il existe.

Jésus-Christ semble bien avoir prévu cette question. Il a revendiqué d’être à la fois le Dieu d’Israël et le Dieu universel selon la raison. Il y a un passage dans l’Evangile significatif à ce sujet (Saint Jean, ch.8 versets 56 à 58). Les Juifs discutent avec lui, voici le passage essentiel :

« Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon jour. Il l’a vu, et fut dans la joie. »

Les Juifs lui dirent alors : « Tu n’as pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! »

Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, Je vous le dit : avant qu’Abraham existât, Je suis ! »

En entendant cela, les Juifs prennent des pierres pour lapider Jésus, parce qu’il prétend à la divinité, il se déclare Dieu. Comme ils ne l’acceptent pas comme Dieu, ils ne leur reste qu’à juger qu’il blasphème, c’est-à-dire qu’il insulte très gravement Dieu.

Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas le refus des Juifs et ses conséquences, mais la déclaration de Jésus.

Et cette déclaration-affirmation de divinité est très étonnante. Elle fait à la fois référence aux textes anciens spécifiques d’Israël, et en même temps renvoie au Dieu que tout homme peut exiger. Le renvoi au contexte biblique spécifique d’Israël, c’est que Dieu dans l’Ancien Testament s’est présenté à Moïse sous le nom de « Je suis celui qui est » (Exode, ch.3 verset 14), et comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (Ex.ch.3, verset 6).

En affirmant « Je suis » au delà du temps, Jésus revendique la divinité selon les exigences des philosophes, c’est-à-dire l’éternité ou l’éternel présent. Dieu n’a ni naissance ni fin. Il est celui dont l’existence ne dépend de personne. Il est à la fois le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Le Dieu des Israélites, et le Dieu de la création.

III - COMMENT JESUS-CHRIST ASSUME T-IL LE PARADOXE : DIEU ET HOMME ?

Pour aider à comprendre, choisissons une image dans l’Ancien Testament, précisément au moment où Dieu s’est révélé à Moïse comme « Celui qui est » : l’histoire du buisson ardent.

C’est une très belle manifestation de Dieu, et qui annonce environ 1500 ans à l’avance, le mystère de Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme.

Moïse, qui garde les troupeaux de son beau-père Jethro, voit dans la campagne du Sinaï un buisson qui brûle sans se consumer. (Livre de l’Exode, ch.3) Il s’approche pour voir cette merveille, et du buisson une voix lui parle :

« Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. »

Moïse peu après lui demande son nom, et c’est là qu’il répond : « Je suis celui qui est. » C’est bien à cette parole que Jésus faisait référence dans la discussion avec les Juifs citée ci-dessus « Je suis. » Mais cette image fantastique du buisson qui brûle sans se consumer est aussi l’image du Dieu créateur. Le Dieu tout-puissant qui vient dans la création, dans ce buisson. Et qui, au lieu de tout brûler, de tout faire exploser tellement il est puissant, est capable de montrer sa présence symbolisée par le feu, sans qu’aucune feuille ni tige du buisson ne soit détruite.

Donc, de même, quand Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ, sa toute-puissance n’a rien fait exploser de la nature humaine. C’est ce que l’Eglise reconnaît lorsqu’elle dit que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme.

« Vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père »

« Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel, par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme »

Credo de « Nicée - Constantinople », qui résume la foi chrétienne.

IV - POURQUOI LE DIEU DE JESUS-CHRIST ET PAS UN AUTRE ?

Par Jésus-Christ nous avons connu le Dieu-Trinité, Celui qui est un en trois personnes, le Père, le Fils (Jésus-Christ) et l’Esprit Saint. Mais sommes-nous obligés de croire en Jésus-Christ, ou pouvons-nous trouver d’autres Dieux ?

Il ne peut y avoir qu’un seul Dieu, donc si c’est Jésus-Christ, c’est lui (en trois personnes qui ont le même amour, la même volonté). Il ne peut pas y en avoir un autre en même temps, sinon le premier ne serait pas Dieu, l’Absolu.

Alors ? Suis-je libre de croire à un autre Dieu que Jésus-Christ ? Si vous trouvez un meilleur Dieu que Jésus-Christ, prenez-le. Quand à trouver une autre religion, voici ce qu’en disait Talleyrand. Un de ces « hommes des lumières » proposait pendant la Révolution une nouvelle religion de la raison, pour remplacer le christianisme. Et il voulait recueillir à son sujet les suffrages des députés. Au bout de cinq minutes Talleyrand l’interrompit en disant : « Nous vous croirons volontiers, monsieur, quand vous serez mort pour votre religion, et qu’après trois jours vous ressuscitiez. »

V - QUELLE IMAGE DE DIEU DONNE JESUS-CHRIST ?

C’est la continuation de la réponse à la question précédente. Beaucoup de gens ont peur de Dieu. Un jour en Sibérie, peu de temps après la fin du communisme (1992), des étudiants nous posèrent cette question : « Maintenant que nous sommes libérés des communistes, allons-nous devenir les esclaves de Dieu ? »

Lorsqu’on pose cette question à Jésus-Christ, il répond non par des paroles mais par des actes, à peu près ceci :

Le Dieu que nous sommes, mon Père et Moi, je vous le montre à Noël, quand je viens naître parmi vous. Je viens dans le monde vous rencontrer comme un enfant, et non comme un dictateur tout puissant.

Alors comprenez-vous que ce que je cherche, c’est non pas à faire pression par la force ou la crainte sur votre liberté, mais à obtenir que vous m’aimiez. Et l’on n’aime pas si ce n’est librement.

Parmi beaucoup d’autres, l’image de Dieu que nous donne Jésus-Christ, c’est celle du pardon.

Sur la croix, alors qu’il meurt, mis à mort par nous les hommes Jésus dit à son Père : « Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Et puis, sur la croix encore, au brigand, « le bon larron », qui lui dit : « Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton Royaume », Jésus répond :

« En vérité, en vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. »

Luc ch.23 versets 39-43

Le Dieu qui pardonne et donne le ciel, y a-t-il un meilleur Dieu que Lui ?

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(11) Bien sûr, tout au long de sa vie publique, Jésus va employer différentes expressions et paraboles pour dire ce fait inouï : l’époux et l’épouse, le Royaume de Dieu, le Fils du Maître de la vigne, la Perle précieuse. Mais « Fils de l’homme » suffit ici à ouvrir la question.